Etats-Unis : les limites de Bernie Sanders

Banc Public n° 246 , mars 2016 , Frank FURET



Prix Pulitzer 2002, Chris Hedges a été correspondant de guerre pour le New York Times pendant 15 ans. Reconnu pour ses articles d’analyse sociale et politique de la situation américaine, ses écrits paraissent maintenant dans la presse indépendante, dont Harper’s, The New York Review of Books, Mother Jones et The Nation.

 

 

Il analyse le phénomène Bernie Sanders, qui s’est attiré la sympathie de nombreux jeunes dans sa candidature à la présidence, prétendant créer un mouvement et une révolution politique. Pour Hedges, cette rhétorique n’est qu’une version mise à jour du « changement » promis en 2008 par la campagne de Barack Obama, et avant cela par la Coalition National Rainbow de Jesse Jackson. De telles campagnes électorales démocratiques, au mieux, élèvent la conscience politique. Mais elles n’engendrent ni mouvements ni révolutions. Et pour Hedges, la campagne de Sanders ne sera pas différente.

 

Pour lui, aucun mouvement ni aucune révolution politique ne se construiront au sein du Parti démocrate. L’échec répété de la gauche états-unienne à comprendre la fourberie du jeu des élites politiques fait d’elle une force politique stérile.

 

Les Démocrates, comme les Républicains, n’ont pas intérêt à mettre en place de véritables réformes. Ils sont liés au pouvoir corporatiste. Ils sont dans l’apparence, mais n’ont pas de substance. Ils parlent le langage de la démocratie, et même du réformisme libéral et du populisme, mais empêchent obstinément la réforme sur le financement des campagnes et font la promotion d’un ensemble de politiques, dont les nouveaux accords commerciaux, qui dépossèdent et affaiblissent les ouvriers. Ils truquent les élections, poursuit Hedges, non seulement avec de l’argent, mais aussi avec des soit-disant  superdélégués  (plus de 700 délégués sur 4.700 au congrès démocrate n’ont aucun compte à rendre). Sanders a peut-être remporté 60% des voix au New Hampshire, mais il a fini avec moins de délégués d’état que Clinton.

 

Sanders, bien que critique vis-à-vis des honoraires de conférences exorbitants d’Hillary Clinton auprès de firmes comme Goldman Sachs, refuse de dénoncer le parti et les Clinton pour leur rôle de majordomes de Wall Street. C’est un mensonge par omission de la part de Sanders qui, pour Hedges,  le  rend complice du jeu de dupe orchestré par l’establishment du Parti démocrate, et dont l’électorat états-unien est victime.

 

Les forces sur lesquelles repose le véritable pouvoir — le complexe militaro-industriel, Wall Street, les corporations, l’état sécuritaire et de surveillance — ne seront pas  renversées par la campagne de Bernie Sanders.  Le Parti démocrate n'autorisera pas que sa direction soit dirigée par des procédures démocratiques.

 

« Les élites utilisent l’argent, ainsi que le contrôle qu’ils ont sur les médias, les tribunaux et le corps législatif, leurs armées de lobbyistes et de  ‘think tanks’, pour invalider le vote. Les Etats-Unis ont subi,  un coup d’état corporatiste. Il ne reste aucune institution, au sein de la société civile, qui puisse être qualifiée de démocratique. Les Américains ne vivent pas  dans une démocratie capitaliste, mais  dans ce que le philosophe politique Sheldon Wolin appelle un système de  ‘totalitarisme inversé’.

Tant que la gauche se soumet à un Parti démocrate qui se targue de valeurs libérales tout en obéissant aux intérêts corporatistes, elle se détruira elle-même ainsi que les valeurs qu’elle prétend représenter.  Le système politique, comme nombre de supporters de Sanders vont le découvrir, est immunisé contre les réformes. La seule résistance efficace sera le fait d’actes massifs de désobéissance civile soutenue. Les Démocrates comme les Républicains ont l’intention de continuer l’assaut contre nos libertés civiles, l’expansion des guerres impérialistes, le pouponnage de Wall Street, la destruction de l’écosystème par l’industrie des combustibles fossiles et la paupérisation des ouvriers.  La réponse de l’establishment démocrate contre toute insurrection interne, c’est de l’écraser, de la coopter et de réécrire les règles afin d’empêcher une nouvelle insurrection.

Les supporters de Sanders peuvent s’attendre à un accueil similaire. Qu’Hillary Clinton puisse mettre en place une campagne capable de faire oublier sa longue et sordide histoire politique est l’un des miracles de la propagande de masse moderne, et une preuve de l’efficacité du théâtre politique US. »

 

Sanders a dit que s’il n’était pas nominé, il soutiendrait le candidat du parti; pour Hedges, il ne fera pas opposition ; il deviendra  alors un obstacle contre le changement, il récitera le mantra du « moins mauvais » et fera  partie de la campagne de l’establishment démocrate visant à neutraliser la gauche américaine.

Frank FURET

     
 

Biblio, sources...

Le mouvement illusoire de Bernie Sanders (par Chris Hedges), truthdig.com,  14 février 2016, traduit par Lepartage, 22 février 2016

 
     

     
 
International

La Syrie et l’axe des «droits-de-l’hommistes»
Pillage généralisé au Congo
Sans l’anglais, svp !
Trumperie sur la marchandise
Etats-Unis : les limites de Bernie Sanders
LES SITES DE RESEAUX SOCIAUX, LEURS CONDITIONS ET LA VIE PRIVÉE
ETUDIER LE TERRORISME
Optimisme
Doubles jeux
UNE AUTRE CULTURE ARABE
COMPRENDRE LE TERRORISME
FMI, inégalités et croissance
Démographie aux Etats-Unis
SANS MA FILLE
LUTTE DES PLACES
Michel Rocard et les crises de l'Occident
Ukraine
La chanson des Pussy Riot
Florence Cassez, innocente
L'Inde nouvelle s'impatiente
Pétrole, Europe et Etat islamique
L’INDE DEVANT SON AVENIR
Ukraine : les gentils Européens à la rescousse...
L’HISTOIRE RECENTE DE L’UKRAINE
LA DECONFITURE DU PARTI QUEBECOIS
Syrie : principes élémentaires de la propagande de guerre
Egypte
Bizarre, bizarre...
TUNISIE  de l'apolitisme au politisme ou de l'enthousiasme à la violence
Mort étrange
CAP CARTHAGE: Un pays sous perfusion
Quand identité et honnêteté s'étiolent
Sabres et goupillons, un peu d'histoire
QUEL FUTUR POUR DJERBA ?
QUEL FUTUR POUR DJERBA ?(II)
Les banquiers sont sympas…
L’Equateur et sa dette
Profil gauche
LE MONDE A GOUVERNER
AMENAGEMENT DU TERRITOIRE : « le pire des scandales de Ben Ali »
MENACE SUR L’ETAT DE DROIT
TUNISIE (3e partie): L’IMPOPULARITE DE BEN ALI
TUNISIE (2e partie): AUX SOURCES DE LA COLERE
JASMINS DE LA MONDIALISATION
Communication et festivités d'entreprise en Chine….
ISRAEL PALESTINE: Aux sources de la paix… la révolution laïque
Move your money
Energie et économie
Les Indiens d’Amérique latine
Par ici, les terres agricoles...
Etat du monde
Palestine
Pays des ïles
Le siècle de l’Inde ?
Benazir Bhutto, l’exceptionnelle * (2)
Benazir Bhutto , l’exceptionnelle * (1)
Le monde dans tous ses états: DJERBA: LES DERNIERS REMPARTS DE l’ILE
SOUDAN: «L’isolement salvateur»
Devinette Libanaise, acte 2: Le temps des doutes
Lula
Gestion politico-administrative d'un village chez les luba-lulua au Kasaï
Rafic Hariri: A qui profite le crime ?
La Honte
Stratégie mondiale
Edito février 2004
En français dans le Monde
DEMOCRATIE PARTICIPATIVE A PORTO ALEGRE
Relativité de l'économie
La cour pénale internationale
La loi de compétence universelle
ONU SOIT QUI MAL Y PENSE
OCALAN
FLIPPER PLANETAIRE
SHAKE HAND
Brèves
MEXIQUE, LA STRATEGIE DE LA TENSION
 
   


haut de page

Banc Public - Mensuel indépendant - Politique-Société-environnement - etc...
137 Av. du Pont de Luttre 1190 Bruxelles - Editeur Responsable: Catherine Van Nypelseer

Home Page - Banc Public? - Articles - Dossiers - Maximes - Liens - Contact