DILBEEK, LA PREVENTION DES DECHETS

Banc Public n° 54 , Novembre 1996 , Catherine VAN NYPELSEER



La commune de Dilbeek, en périphérie bruxelloise, n’était connue jusqu’à présent des francophones que pour un certain flamingantisme. Elle est pourtant en train de se faire connaître en Flandre à cause d’une réussite stupéfiante dans un domaine nettement plus constructif: l’expérience pilote de gestion des déchets qui s’y déroule. Le succès éclatant de ce projet paraît déranger pas mal de monde, puisque le gouvernement flamand, qui avait pourtant subsidié l’expérience, refuse d’en publier le rapport final. Très curieux: un subside de 3,5 millions permet à une commune de faire une économie de 40 millions par an (sur un poste budgétaire de 100 millions) et le ministre de l’environnement (Théo Kelchtermans), au lieu de se faire mousser comme on en a l’habitude, tente d’en restreindre l’impact au maximum (officiellement, il estime nécessaire de faire des études complémentaires pour vérifier les résultats, et en a chargé l’OVAM1 qui fournira un rapport pour ... mars 1997) !

Banc public a rencontré un des experts qui ont réalisé ce projet exemplaire, Johan Janssens.

L’origine de ce projet vient d’une proposition d’habitants de la commune de Dilbeek animés d’idéaux écologiques, mais indépendants des structures politiques, ce que l’on appelle des “activistes” en néerlandais. Ils sont parvenus à décider le collège communal CVP-VLD de cette commune de 37.000 habitants de s’engager à fond dans un projet pilote de réduction de la quantité de déchets qui a fonctionné depuis 1994 avec 7 millions de francs, dont la moitié provient du budget communal et l’autre est un subside de l’OVAM attribué par le ministre de l’environnement de la région flamande, qui était à ce moment Norbert De Batselier.
Le projet pilote a débuté en 1993 par une étude de la problématique particulière à cette commune, qui a débouché, au printemps 1994, sur une enquête à domicile à laquelle 250 personnes ont répondu, et qui visait a déterminer ce qu’ils consommaient le plus comme emballages. Ensuite, 85 sacs-poubelle de déchets ménagers provenant de quartiers différents (centre, résidentiel, appartements, campagne) ont été analysés.
Il est apparu que les emballages majoritaires étaient les emballages de boissons: tetra pak, canettes, bouteilles. Une enquête dans les écoles a également été menée pour étudier ce qu’elles produisaient comme déchets.
Les deux grands axes de la prévention des déchets telle qu’elle a été réalisée à Dilbeek sont la réduction de la quantité d’emballages et le compostage des déchets organiques.
Une des caractéristiques essentielles du projet est la qualité de la préparation et de l’animation qui a été organisée dans la commune, ce qui n’aurait pas été possible sans l’engagement politique du collège ainsi que par un investissement en temps très important de tous les responsables, en particulier celui de l’échevin chargé de la gestion des déchets, qui était également le bourgmestre au début du projet, et actuellement premier échevin. Une éco-conseillère a été engagée.
Chaque étape du projet a reçu le maximum de publicité: des sujets dans le journal communal, des conférences de presse donnant lieu à des articles dans les pages locales des grands quotidiens. Enfin, un effort particulier a été dirigé vers les écoles (les 18 écoles de la commune ont participé).

Les écoles

Chaque école primaire a désigné une “maîtresse verte” qui a participé a toutes les réunions inter-écoles avec les directeurs. Les écoles ont cessé d’acheter des boissons dans des bouteilles non-consignées. Lors de chaque réunion de parents, un stand de prévention des déchets était installé.
Des systèmes de réduction de la consommation de papier (réutilisation des verso comme papier brouillon, photocopies recto-verso) et la collecte du vieux papier non-réutilisable.
Les emballages de pique-nique ou de boissons ont été proscrits:
On a demandé aux parents de ne plus donner à leurs enfants des boissons en canettes ou tetra pak, mais dans des gourdes ou des gobelets à couvercle (les institutrices ont testé avec les enfants les meilleurs modèles). Les tartines emballées dans du papier aluminium ont été remplacées par les bonnes vieilles boîtes à tartines. Après quelques mois de pratique, ces contraintes ont été inscrites dans le règlement de l’école.
De nombreuses animations ont eu lieu: par exemple, un concours de design de drapeaux a été organisé sur le thème de la prévention des déchets.


Compostage


Onze habitants de la commune ont été formés à Aix-la-Chapelle aux principe du compostage des déchets organiques; ils y ont obtenu le titre de “maître-composteur”. Ils conseillent les habitants qui font leur compostage à domicile (2.600 fûts à compost à 600 F ont été vendus) ou se chargent bénévolement de la gestion des pavillons de compostage destinés aux ménages qui n’ont pas de jardin, installés dans les quartiers d’appartements.
Il y a actuellement un pavillon de compostage, et un deuxième va être installé cette année (prix: 450.000 F, en dehors du budget du projet) et il en faudrait quatre (un pour 250 à 300 ménages) . Le pavillon est géré par deux maîtres- composteurs qui se chargent de tourner le compost toutes les six semaines ainsi que d’accueillir les dépôts pendant les heures d’ouverture (12h/semaine).
Le compost obtenu est redistribué à ceux qui le demandent et sert pour les plantes d’appartement ou dans les jardins. Il vient d’être contrôlé par un organisme officiel, VLACO, qui l’a trouvé d’excellente qualité et dépourvu de produits chimiques. Autre point positif: toute une vie de quartier s’est créée autour de ce pavillon, impliquant des gens qui n’avaient pas toujours des relations sociales très développées dans la commune.
Animations
Des réunions d’information ont été organisées pour les organisations socio-culturelles, avec un stand ambulant qui a été utilisé également pour les marchés, les fêtes, les évènements sportifs.
Un logo a été créé (une poubelle souriante dont s’échappe une fleur). Il a été présenté lors d’une conférence de presse en août 94, à laquelle assistaient les maîtres composteurs, les écoles, et tous les bénévoles des groupes de travail.
L’idée de base que l’on voulait faire passer est celle de prévention des déchets, ce qui est différent du tri ou du recyclage. Le but est de modifier les comportements, notamment dans les décisions d’achat.
Pour y parvenir, une dynamique est installée qui pousse chacun à rechercher des solutions pour prévenir la création de déchets, à les tester, à en faire part autour de soi. Comme ces idées ont été réalisées dans la commune, cela prouve qu’elles sont réalisables et incite d’autres personnes à les appliquer. Une sensibilisation des commerçants a aussi eu lieu. On trouve maintenant facilement toutes sortes de boissons en emballages consignés à Dilbeek, et les brasseurs qui livrent à domicile ou le laitier font de très bonnes affaires.
La démarche de l’équipe d’experts est en trois temps:
1° Attirer l’attention sur la prévention et expliquer l’engagement de la commune
2° Montrer comment faire concrètement
3° Donner des avis sur d’autres idées proposées


Changement de tarification


Le premier janvier 1996, la tarification du ramassage des immondices a été modifiée dans le cadre du projet. La taxe annuelle par ménage qui était de 3.600 F est passée à 1.200 F par an, mais les sacs sont devenus payants: 45 F pour un grand et 30 F pour un petit. C’est à partir de ce moment que le projet a commencé à réussir: si le tonnage de déchets avait légèrement diminué en 1995, à partir de 1996 la baisse a été spectaculaire:
Résultats
Janvier 96: 323 T pour 934 T en janvier 95
Février 96: 315 T pour 832T en février 95
Mars 96: 319 T pour 1006 T en mars 95
Avril 96: 361 T pour 982 T en avril 95
Mai 96: 355T pour 1296T en mai 95
et depuis la tendance a été totalement confirmée,
soit une diminution de plus de 65 %. Le tonnage total prévu pour 1996 est de 4.800 tonnes, au lieu de 14.099 tonnes en 1995.
Parallèlement, des collectes de verre à domicile ont été instaurées en remplacement des anciennes bulles à verre qui étaient depuis longtemps des mini-décharges sauvages, et les collectes de papier à domicile couvrent maintenant toutes la commune (2/3 sont réalisés par des mouvements de jeunesse et 1/3 par une firme privée), ce qui a permis d’augmenter le recyclage de ces matériaux.
40 millions d’économies
Le bilan de l’économie en poids de déchets doit donc être estimé de la façon suivante:
- baisse de 65% des déchets restants
- augmentation de 10% du recyclage
soit une baisse nette de 55%.
Le budget déchets de la commune de Dilbeek pour 1996 est estimé à 60 millions en 1996, au lieu de 100 millions en 1995.


Pour les incrédules, ajoutons que la surveillance des décharges sauvages et des incinérations clandestines par la police communale a été intensifiée. La moitié des sacs pirates analysés ne provenaient d’ailleurs pas de la commune.


Conclusion et perspectives


Trois autres communes flamandes ont entamé un projet similaire avec le même équipe d’experts: Malle (13.500 habitants), Merelbeke (22.000 habitants) et Diepenbeek (17.000 habitants); deux communes wallonnes envisagent de conclure un contrat: Ciney et Oupeye (14.000 et 24.000 habitants).
Par ailleurs, le parti AGALEV a conclu un contrat avec l’équipe d’experts pour la rédaction d’un manuel à l’usage de ceux qui préparent une gestion de prévention des déchets.
Pour Johan Janssens, la gestion des déchets de chaque commune doit être adaptée à sa situation; il n’est pas possible de transposer simplement l’expérience de Dilbeek. Dans les villes, ce ne sera pas évident, par exemple en ce qui concerne le compostage, mais aussi en ce qui concerne l’implication politique qu’un tel projet demande: il y a peut-être d’autres priorités. Néanmoins, le succès de l’expérience de Dilbeek, qui a dépassé toutes les espérances de ses promoteurs, introduit certainement un ...souffle d’air frais dans le débat sur la gestion des déchets ménagers.

Catherine VAN NYPELSEER

     
 

Biblio, sources...

(1) Openbare afval stoffen maatschappij voor het Vlaams gewest

 
     

     
 
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