Brèves

Banc Public n° 52 , Septembre 1996 , Isa LAFLEAU



Pédagogie avant-gardiste

Vu au journal télévisé de la Brtn (lundi 2/9) : Rentrée «pas comme les autres» pour les enfants d’une école de Flandre (une école maternelle,notez bien !) : en effet, tous les bambins y portent un bandeau blanc en signe de -deuil ? solidarité ?- avec les enfants kidnappés et assassinés par Dutroux.

L’accent est mis tout particulièrement sur An et Eefje, sans doute parce qu’un certain suspense règne encore alors quand à leur sort, ce qui permettra de garder éveillé l’intérêt des enfants pour d’ultérieures leçons d’actualités. Gros plan sur l’institutrice et un groupe d’enfants décorant avec de l’ouate et de la ficelle une planchette où des clous dorés sont plantés, écrivant les noms «An & Eefje» . « Et pour qui est-ce qu’on fait ça ?» demande l’instit. «Pour An et Eefje» répondent en choeur les petites victimes potentielles de prédateurs pédophiles. «Oui, dit l’institutrice de son ton le plus sucré, pour An et Eefje et pour tous les petits enfants qui ont disparu.» Au même moment, et depuis plusieurs jours déjà, les pelleteuses retournent la terre près d’une certaine maison de Jumet. Le lendemain, on retrouvera les cadavres d’An et Eefje. Les gosses vont sûrement bien dormir les nuits qui viennent. Bienvenue dans le monde des serial-killers, de l’hystérie de masse et des bons sentiments puant l’hypocrisie - il n’y a pas que Julie et Mélissa à qui on aura volé l’innocence...

Le suicide, principale cause de mortalité chez les jeunes

A quelque chose malheur est bon, et cette regretteable tendance de notre jeunesse (qui a pourtant tout pour être heureuse...) permet du moins à la justice de faire l’économie de certaines enquêtes. Voyez vous-même :

* Début des années 90, une jeune étudiante jobiste à Walibi y disparaît (elle est vue pour la dernière fois sur le parking ) ; on retrouve son corps plusieurs mois après dans un bois de la région, dissimulé sous des branchages. L’autopsie révèle qu’elle est morte par overdose de tranquillisants. Le juge rend un verdict de suicide suivi de transport du corps par un tiers. Après tout, quoi de plus banal, si vous trouvez quelqu’un qui vient de se suicider, que d’aller cacher son corps dans les bois.Le père de la jeune fille, persuadé qu’il s’agit d’un meurtre, fera appel. En vain. Incidemment, les tranquillisants en question étaient de la même marque que ceux retrouvés en grande quantité dans la maison de Marc Dutroux, et avec lesquels il droguait massivement ses victimes.
* En 1995, Silvy Carlin, jeune fille de 19 ans habitant à Sars- la-Buissière (célèbre village hennuyer, renommé pour ses bistrots bien sympathiques, son église au milieu du village et son atmosphère conviviale typiquement wallonne) disparaît; les enquêteurs se sont dits persuadés qu’il s’agissait d’un suicide, hypothèse sinistre et plutôt gratuite dès lors que la mère a toujours affirmé qu’il s’agissait d’un enlèvement, et que, à ce jour, on n’a pas retrouvé de corps.

(Soit dit en passant, ce qui effraie dans ces deux affaires, comme dans d’autres, ce n’est pas tant la monstruosité de Dutroux, ni même peut-être les protections dont il a pu bénéficier, que l’indifférence de tout un système judiciaire face à des jugements aussi absurdes, face à la souffrance des parents et des victimes, face à ce que dicte le simple bon sens...)

A question idiote réponse idiote...


Voici la question que pose une lectrice du Soir (30-8-96) : pourquoi ne pas publier et afficher dans tous les lieux publics, rapidement, les photos des bourreaux d’enfants apparaissant sur les centaines de cassettes vidéos saisies chez Marc Dutroux, ce qui rendrait possible une identification efficace de ces gens, d’autant qu’il s’agit clairement d’un type de criminels qui, pour la plupart, ne se trouvent pas dans les fichiers de la justice ? Y a-t-il aucune raison valable de protéger la vie privée de ces monstres, alors qu’on n’hésite pas à publier des vidéos prises lors de braquages de banques, des photos de suspects ou de personnes recherchées pour des délits de droit commun ? Alors que d’autres enfants sont peut-être encore en danger ? Réponse : non, il n’y a pas de raisons valables, mais il y a sûrement des raisons obscures, des raisons d’Etat, des raisons du plus fort, parce que ces photos ne seront vraisemblablement jamais publiées. Et le lecteur de Banc Public s’en doute aussi bien que moi.

Isa LAFLEAU

     
 

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