Profil gauche

Banc Public n° 203 , Octobre 2011 , Catherine VAN NYPELSEER



Selon la tendance actuelle des sondages, François Hollande pourrait devenir le prochain président de la République française en mai 2012, puisqu’il est crédité du meilleur pourcentage pour les «primaires» visant à désigner le candidat du parti socialiste, et que la gauche paraît en position de remporter les prochaines élections. L’ouvrage de Serge Raffy tente de brosser le portrait de cet homme peu expansif, politique jusqu’au bout des ongles, longtemps identifié avec sa fonction de premier secrétaire du parti socialiste qu’il exerça de 1997 à 2008, ou avec sa situation familiale de partenaire de la candidate socialiste de 2007 Ségolène Royal.

 

Le livre commence par un paradoxe assez étonnant: le père de François Hollande, un médecin de province, fut par deux fois candidat (malheureux) aux élections municipales sur des listes d’extrême droite! Viscéralement anti-communiste, profondément hostile au général De Gaulle, il soutenait Jean-Louis Tixier-Vigancour qui fut candidat aux élections présidentielles contre De Gaulle et Mitterrand et dont le chef de cabinet s’appellait Jean-Marie Le Pen…

Ce père devait être relativement autoritaire si l’on se base sur l’anecdote suivante que rapporte Serge Raffy: lors de leur déménagement de Rouen à Paris, en 1968, après qu’il ait renoncé à son cabinet médical et vendu sa clinique propère sur un coup de tête pour devenir médecin de la Sécurité sociale, il a débarrassé les chambres de ses deux fils en envoyant à la décharge leurs objets personnels: collection de Dinky Toys et de soldats de plomb pour l’un, de disques pour l’autre (qui deviendra musicien).

Par contre, la mère a un caractère enjoué et une sensibilité de gauche. Cette fan de François Mitterrand a toujours imaginé une carrière politique prestigieuse pour son plus jeune fils. Les deux parents sont tellement différents que les enfants se seraient souvent demandé comment il se faisait qu’ils soient ensemble.

Face à l’autorité, que ce soit au cours de ses études dans l’enseignement catholique ou par rapport à son père, François Hollande s’est constitué un masque souriant qu’il arbore en toutes circonstances, agrémenté d’un humour caustique et sarcastique.

Son activité politique débute pendant sa scolarité: il exerce avec aisance les fonctions de délégué de classe, et prend facilement la parole en public.

C’est également un passionné de football, comme supporter et comme joueur, qui profite de son «centre de gravité très bas», ce qui le rend difficile à faire tomber. Il se montre «teigneux, opportuniste, se bat sur le terrain jusqu’à la dernière minute», mais cet élève studieux «n’est pas assez disponible pour jouer dans un club» (p. 40).

De façon cohérente avec son goût pour la politique, il choisit d’étudier à Sciences Po puis à l’Ecole Nationale d’Administration (ENA), où il est dans la même année que la future mère de ses quatre enfants, Ségolène Royal; ils se lieront lors d’un stage qu’ils ont par hasard choisi tous les deux de faire dans une cité de banlieue difficile, à Chanteloup-les-Vignes. Leur diplôme obtenu, François Hollande, classé 8e de sa promotion, choisit la Cour des comptes tandis que Ségolène Royal, 60e, devient magistrat au tribunal adminisatratif de Paris, deux postes qui leur laissent du temps pour militer.

C’est à deux qu’ils proposeront ensuite leurs services à l’automne 1980 au futur candidat de la gauche François Mitterrand, pour lequel son conseiller Jacques Attali constitue dans le secret une petite cellule d’experts dans les soupentes du siège du parti socialiste à la rue de Solférino. Leurs camarades de promotion ont plutôt choisi de rallier les équipes de Giscard ou de Rocard. Lorsque François Mitterrand est élu président de la République,le 10 mai 1981, les deux jeunes énarques se retrouvent à l’Elysée, partageant le même bureau, dans la cellule du conseiller spécial Jacques Attali, dont le bureau jouxte celui du président.

A 26 ans, François Hollande se présente aux élections législatives de 1982 dans une circonscription de Corrèze, contre Jacques Chirac. Il n’est pas élu mais réussit à se faire connaître notamment par une répartie qui frappe les esprits lors d’un échange avec son adversaire, où il retourne à son avantage la comparaison avec le «labrador de Mitterrand» dont Chirac l’avait affublé dans la presse. Il y sera pour la première fois élu député aux élections de 1988.

Au sein du parti socialiste, François Hollande tente de se positionner comme «transcourant», en se voulant critique sans faire allégeance à l’un ou l’autre «éléphant», comme on qualifie les hommes forts de ce parti. Ceux-ci n’acceptent pas qu’il dépose avec ses amis une note au congrès de Toulouse en 1985 et le soupçonnent de vouloir se constituer son propre courant. Il fait marche arrière mais a réussi à se faire connaître, ce qui, pour Serge Raffy, est caractéristique de sa manière de fonctionner «en zigzag»: «Pour atteindre un point donné, il ne prend jamais la ligne droite. Il ne passe jamais en force. Il attend que le courant lui soit favorable» (p.112).

C’est en 1996, lorsque Lionel Jospin, devient Premier ministre de Jacques Chirac, que François Hollande devient à sa place premier secrétaire du parti socialiste. Ses amis lui ont conseillé d’accepter ce poste qui lui permet de se singulariser par rapport à un poste de ministre, dont il avait pourtant fort envie (le fait qu’il n’ait jamais exercé de responsabilité ministérielle lui est reproché pendant la campagne actuelle aux primaires socialistes). Lionel Jospin le voit deux fois par semaine et l’associe à toutes les décisions, à tel point qu’on le surnomme «le vice-Premier ministre» (p. 178).

Le nouveau premier secrétaire, chargé par Jospin de porter la critique contre Chirac – action dont il est lui-même empêché en raison de sa fonction - marque des points dans l’opinion. Pour Serge Raffy, par rapport aux médias, François Hollande est le «client idéal»: «il fait court, percutant, et il est drôle» (p. 180).

Pendant deux ans, les relations avec Lionel Jospin sont au beau fixe. François Hollande maintient le PS «en catatonie» pour lui permettre de «gouverner tranquille» (p.187). Ensuite la situation se dégrade et la méfiance s’installe petit à petit. Confronté à des affaires comme celle de la MNEF qui touche notamment son ami Dominique Strauss-Kahn mais également plusieurs dirigeants du parti socialiste, tous jospinistes, et qui a été initiée par une enquête de la Cour des comptes - le corps d’origine de François Hollande - Lionel Jospin se replie sur lui-même. A cette époque, François Hollande compare son rôle de Premier secrétaire à «une sorte de motocrotte»: «les conflits des uns, les engueulades des autres; toute la semaine, je règle des problèmes, je ramasse des merdes.» (p. 193).

Pourtant, aux élections européennes de 1999 où il se présente comme tête de liste du PS après que Jacques Delors ait refusé cette place, il remporte une belle victoire renforcée par le faible score obtenu par les listes d’extrême droite, ce qui lui vaut la qualité d’avoir «endigué la vague lepéniste» (p.194). Il s’attend par conséquent à être nommé au poste de ministre de Finances rendu libre par la démission forcée de Dominique Strauss-Kahn, mais Jospin y nomme Laurent Fabius, ce qui provoquera pour une fois une explication orageuse entre les deux hommes.

Un temps affecté, François Hollande paraît oublier l’incident et passer rapidement à autre chose. Certains le comparent à un «Culbuto», ce petit bonhomme qui ne tombe jamais tout à fait et a l’art de se relever instantanément !.

Dans son dernier chapitre, Serge Raffy s’en prend à la qualification de «candidat normal» que l’on attribue maintenant à François Hollande. Pour lui, un individu normal «ne sillonne pas la France depuis trente ans, bardé d’une foi inébranlable, supportant défaites, quolibets, trahisons et vilenies, avec la flegme d’un bon Samaritain» (p.373). Selon lui, il n’aurait pas résisté non plus au mépris des amis de Laurent Fabius qui le qualifient de «livreur de pizzas».

Celui que ses ennemis surnomment également «Le Grand Méchant Mou» s’est préparé physiquement à l’élection présidentielle: régime amaigrissant, nouvelles lunettes, nouveau tailleur…

Dans la course à l’élection présidentielle, François Hollande a bénéficié d’un soutien médiatique inattendu: celui de l’ancien président Jacques Chirac, qui a déclaré- au grand dam de Nicolas Sarkozy qui a tenté de faire passer son attitude pour une preuve de sénilité – «Je voterai Hollande». C’est de ce moment que date l’essor de Hollande dans les sondages, et sa position de «meilleur des présidentiables».

Le coup de pouce de Chirac renforce en effet son image de candidat consensuel capable de rassembler tous les Français. Cet appui inespéré et paradoxal s’explique par la ranc½ur de Chirac vis-à-vis de son successeur Sarkozy, qui n’a cessé de le critiquer depuis son accession à l’Elysée, le traitant notamment de «roi fainéant», mais aussi par une manière commune de faire de la politique puisque les deux élus corréziens pratiquent, pour Serge Raffy, «le même clientélisme, la même politique des services rendus» (p.381).

 

Catherine VAN NYPELSEER

     
 

Biblio, sources...

François Hollande
Itinéraire secret
par Serge Raffy

Editions Fayard
Septembre 2011
394 p., 22,45 ¤

 

 
     

     
 
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