?> MALI Un divorce attendu
MALI Un divorce attendu

Banc Public n° 315 , Juin 2025 , Michel Legrand



La milice russe Wagner plie bagage et quitte le Mali. On pouvait s’y attendre après l’annulation en octobre, à la dernière minute, de l’opération de revanche après la défaite cinglante de Tin Zaoutine.

 


 

Pour rappel, la milice Wagner et les forces armées maliennes (FAMA), qui avaient été sèchement battues fin juillet ’24, avaient préparé une opération de reprise en main du territoire touareg en mobilisant des moyens importants. Il paraissait peu probable que les Touregs et leurs alliés djihadistes puissent résister à cette force importante.

 

L’Algérie s’en etait émue et avait alerté Moscou qui avait vraisemblablement donné l’ordre d’arrêter l’opération (voir BP n°308 , NOV 24). Sans la milice russe, les FAMA ne faisaient pas le poids pour affronter à la fois les Touaregs et les djihadistes.

 

Il paraissait clair qu’à partir de ce moment, Bamako ne pouvait plus compter sur son allié pour reprendre des positions dans le nord. Or, pour le gouvernement malien, c’est un objectif politique essentiel qui lui permet par ailleurs de faire oublier ses échecs contre les djihadistes.

 

Dans ces circonstances, la milice Wagner perdait son utilité.

 

Plus fondamentalement, Moscou a choisi et a préféré écouter son allié de longue date plutôt que ses nouveaux amis.

 

Dans notre article de novembre, nous écrivions « Cette affaire pourrait également remettre en question la collaboration de la milice russe avec le gouvernement malien, qui s’est rendu compte que son allié russe n’est guère prêt à sacrifier sa relation privilégiée avec son voisin ».

 

C’est donc bien le cas.

 

Pour lutter contre les djihadistes, le Mali se retrouve seul et ne dispose pas de moyens crédibles pour obtenir des résultats tangibles. Pour lutter contre les Touaregs, le blocage est complet car l’Algérie ne permetta pas d’offensive de grande ampleur à sa frontière, que le Mali est d’ailleurs incapable de monter.

 

En fait, la Russie ne part pas tout à fait puisque la milice Wagner est remplacée par un corps dénommé Africa corps, soumis directement aux ordes de Moscou. Plus rigide, plus bureaucratique, elle n’effectuera pas les mêmes missions que la milice Wagner. Pas sûr qu’elle convienne à la junte de Bamako ! 

 

Même si la cause principale du retrait de la milice russe est à trouver dans les relations russo-algériennes, il n’empêche que la Russie voit ses moyens de projection et de soutien se réduire à la suite de la perte de ses bases en Syrie et des moyens toujours plus importants consacrés à la guerre en Ukraine.

 

Le Mali va devoir se trouver d’autres alliés s’il veut lutter contre les djihadistes. Si l’option de l’Europe et de la France n’est pas envisageable à court terme, par contre le Maroc a surement une carte à jouer qui lui permettrait de prendre son ennemi traditionnel en revers.

 

Par ailleurs, le Maroc dipose de forces substantielles et expérimentées qui seraient capables d’assurer un soutien aux FAMA dans leur lutte contre les différents groupes islamistes armés.

 

Dans ce cas de figure, il devra se positionner par rapport aux Touaregs et veiller à ne pas se tromper d’ennemi, voire à encourager le processus d’autonomie qui avait été engagé par les accords d’Alger de 2014.

 

D’un autre côté, les trois pays de l’AES (Alliance des états du Sahel) commencent à se rendre compte que le soutien russe est limité et peut à tout moment être remis en question. Ils pourraient également se rendre compte que leur retrait de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) et de l’OIF ne leur apportent guère de bénéfice, d’autant que la situation sécuritaire au Burkina ne cesse de se détériorer. Evidemment, tant que les trois gouvernements issus de coups d’état restent en fonction, il y peu de chance que cette politique suicidaire soit remise en question, sauf sursaut populaire.      

Michel Legrand

     
 

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