?> Le torchon brule entre l’AES et l’Algérie
Le torchon brule entre l’AES et l’Algérie

Banc Public n° 313 , Avril 2025 , Michel Legrand



Entre le Mali et l’Algérie, les relations se sont brutalement tendues en ce début d’avril quand un drone malien d’observation armé de fabrication turque a été abattu fin mars par un missile algérien. Les Algériens affirment que ce drone a été abattu au-dessus du territoire algérien tandis que les Maliens affirment au contraire qu’il a été détruit au-dessus du territoire malien.


 

  Apparemment, c’est la thèse malienne qui prévaut puisque les débris du drone ont été retrouvés 9,5 km à l’intérieur du territoire malien et que, vu sa destruction brutale, il n’a pu que tomber quasiment à la verticale, donc au-dessus du territoire malien.

Aussitôt, les trois pays de l’AES (Alliance des états du Sahel), soit le Mali, le Niger et le Burkina, ont réagi de concert et ont rappelé leur ambassadeur en poste à Alger qui a répliqué en rappelant ses ambassadeurs en poste à Bamako et à Niamey (l’ambassadeur d’Algérie à Ouagadougou n’étant pas désigné). Dans la foulée, le Mali a interdit le survol de son territoire par les avions algériens et l’Algérie a fait de même pour les avions à destination ou provenant du Mali. L’Algérie a cependant considéré que les réactions du Mali étaient excessives.

 

A première vue, les réactions épidermiques des trois pays du Sahel paraissent de fait disproportionnées et ne peuvent s’expliquer que par leur incapacité à rétablir la sécurité intérieure et par le refus des trois juntes de mettre fin à la période de transition qui a suivi les coups d’état. En effet, les trois juntes s’engageaient à remettre le pouvoir aux civils après une période de transition limitée.

 

La fuite en avant des trois pays se poursuit puisqu’ils ont confirmé leur départ de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), trop inféodée à la France, mais aussi de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), pour la même raison. D’ailleurs, dans ces trois pays, le français a été rétrogradé de son statut de langue officielle à un statut de langue de travail.

Leur conflit avec l’Algérie, allié historique de Moscou, tombe d’autant plus mal que les moyens militaires des trois pays sont particulièrement indigents devant la puissante armée algérienne, la deuxième d’Afrique. Cela étant, une guerre locale parait improbable puisque les trois pays sont également des alliés de Moscou et que leurs dirigeants ont été reçus avec empressement dans la capitale russe. Or Moscou, empêtré en Ukraine et éjecté de Syrie, ne peut se permettre de perdre ses amis du Sahel, qu’il a décrochés de leurs alliances occidentales et dont les ressources minières sont stratégiques. 

 

Il n’en reste pas moins que la toile de fond du conflit concerne la zone touarègue, au nord du Mali, et la volonté des Touaregs de constituer une zone autonome s’affranchissant du pouvoir lointain de Bamako. Or, si l’Algérie soutient cette revendication, le Mali la réfute et a dénoncé en 2024 les accords d’Alger qui allaient dans ce sens.

Michel Legrand

     
 

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