Quand les Chinois se réveillent…

Banc Public n° 204 , Novembre 2011 , Frank FURET



La made-in-China mania (croissance économique à deux chiffres) occulte quelque peu la réalité des ouvriers et paysans broyés par la machine économique.
De plus en plus fréquemment, des émeutes et manifestations expriment la colère populaire que le Parti lui-même ne parvient plus à dissimuler, et encore moins à endiguer. Le seul chiffre officiel, celui du ministère de l’Intérieur chinois, faisait par exemple état en 2005 de 87.000 cas d’atteintes à l’ordre public ayant donné lieu à une instruction judiciaire.


Sun Liping, un chercheur universitaire chinois, a même recensé entre 120 et 250 manifestations par jour dans les zones urbaines, chiffre qui s’échelonne entre 90 et 160 dans les zones rurales. Les contestations sociales naissent la plupart du temps des expropriations, qui laissent la place à des usines polluantes érigées sans permis mais avec la complicité fréquente des têtes dirigeantes locales du Parti, dans un climat de corruption généralisé. Ces expropriations sont aussi monnaie courante dans les villes où sévit une spéculation immobilière féroce.
Après les grèves massives de mai à juillet 2010, qui se sont principalement soldées par des augmentations de salaire allant de 20 à 70 % selon l’endroit, des mouvements sporadiques de moindre ampleur continuent à toucher la moitié Est du pays, là où la classe ouvrière est la plus concentrée, et concernent un grand nombre de secteurs: usines de batteries (Huizhou), d’électronique (Longhua, Foshan, Shenzhen), de textiles (Wuhan), chantiers de construction (Shanghai, Zunhua, Wuzhou, Canton), transports en commun (Shenzhen), éducation (Shenzhen), assainissement (Canton), chômeurs (Emeishan).
Leurs principales revendications sont la hausse des salaires, paiement des heures supplémentaires et des arriérés de salaire, paiement des indemnités de licenciement et de maladie professionnelle, meilleures conditions de travail, lutte contre les licenciements et le chômage, protestation contre la répression patronale et étatique…

Outre  la répression de l’État chinois  (matraquages, arrestations, tirs à balles réelles sur des manifestants), il y a la répression patronale: menaces de licenciement envers les grévistes,  nervis issus des couches déclassées transportés par dizaines voire par centaines au devant des ouvriers, parfois armés de couteaux et de tubes métalliques,  se vantant d’ailleurs parfois d’être payés 50 dollars par jour pour casser du gréviste.
Pour Geoffrey Crothal, de China Labour Bulletin, une ONG qui suit de près ces mouvements sociaux en Chine, «Le détonateur aura été la hausse des prix. Les hausses de salaires concédées après les premières grèves dans la région du Guangdong et l’affaire Foxconn compensent à peine l’inflation galopante en Chine». Les prix de l’alimentation sont en forte hausse.  Dans ce contexte, les hausses de salaires de 20% ne changent rien».
A Shenzhen, «les représentants politiques chinois ont bien proposé une réglementation pour favoriser les négociations collectives, mais les organisations patronales de Hong Kong ont jusqu’à présent appauvri et fait reculer le projet… ».  Et de grandes marques ont préféré partir au Vietnam, «où d’ailleurs elles se plaignent également de la hausse des salaires et menacent de partir!».

Frank FURET

     
 

Biblio, sources...

«Chine: la révolte des travailleurs migrants», Novethic, 19 juillet 2011

 
     

     
 
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