Femmes au Grand Moyen-Orient (*)

Banc Public n° 177 , Février 2009 , Catherine VAN NYPELSEER



Deux ouvrages écrits à plusieurs mains donnent un éclairage positif sur l’évolution de la condition des femmes dans quatre pays de culture islamique, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et le Yémen: «Moi Nojoud, 10 ans, divorcée» (1), et «L’image de la femme au Maghreb» (2)

Divorcée à… 10 ans !

Le premier est l’extraordinaire histoire de Nojoud Ali, une petite fille mariée de force à 9 ans à un homme de trois fois son âge qui la violait et la battait, qui se rendit toute seule au tribunal un matin, contre l’avis de ses parents, pour demander son divorce, et qui l’obtint.

Le livre rédigé par la journaliste française Delphine Minoui sur la base de ses entretiens avec la jeune fille rend très bien compte de son aventure digne des contes des mille-et-une nuits.

Issue d’une famille paysanne nombreuse très pauvre d’un tout petit village perdu du Yémen, installée récemment dans la capitale Sanaa, la petite Nojoud adore aller à l’école, où elle vient d’apprendre à écrire son prénom, quand un soir son père lui apprend qu’elle va se marier.

D’après une conversation surprise entre ses parents, le futur époux âgé d’une trentaine d’années aurait promis de ne pas la toucher avant qu’elle ait eu ses règles depuis un an.
Arrivée dans le village retiré où il lui impose de vivre dans la maison de sa mère, il la viole une première fois puis tous les soirs, malgré la farouche résistance de la fillette qui n’y comprend rien.

La journée, elle doit travailler malgré qu’elle demande à sa belle-mère, qui la traite avec dureté, de pouvoir jouer comme les autres enfants de son âge. Furieux de sa résistance, son mari la bat systématiquement.

Ce qui est extraordinaire dans cette histoire – malheureusement très ordinaire dans ce pays dont les parties non-urbanisées sont fortement en retard de développement, de culture patriarcale avec une valorisation des qualités guerrières des hommes et de leur «honneur», plus une certaine lecture de l’Islam qui met en exergue un des mariages du prophète Mahomet avec une femme âgée de neuf ans, où 50% des filles seraient mariées avant l’âge de dix-huit ans – c’est que la petite fille n’accepte pas du tout la situation, à laquelle elle n’avait pas été préparée.

En effet, on apprendra au fil du récit que la décision prise par le père et acceptée avec résignation par la mère, mais combattue avec force par une des s½urs aînées de la petite, résulte des mésaventures survenues aux deux filles aînées de la famille.

Ayant obtenu de son époux, après deux mois de mariage, le droit de passer quelques temps chez ses parents dans la capitale, Nojoud tente d’abord de les convaincre de l’aider à divorcer vu la situation catastrophique dans laquelle elle se trouve. Devant leur refus catégorique, elle cherche désespérément de l’aide auprès de différentes personnes, jusqu’à ce que la deuxième épouse de son père lui donne le conseil de s’adresser au tribunal, ainsi que ses quelques économies de la journée.

Un jour, la fillette, chargée très tôt le matin d’aller seule acheter les couques du petit déjeuner à la boulangerie du quartier, prend discrètement le bus vers le centre de la ville, puis un taxi auquel elle demande de la conduire au tribunal. Perdue dans la foule des grandes personnes pendant quelques heures, elle finit par se faire indiquer une salle d’audience où elle pourra s’adresser à un juge.

Endormie pendant les nombreuses affaires d’adultes traitées au cours de la séance, elle est réveillée en sursaut en fin d’audience, quand toutes les autres personnes sont parties, par le magistrat qui lui demande ce qu’elle veut. Sans la moindre hésitation, elle répond avec force : «Divorcer !»

Après que celui-ci ait fait mettre son père et son mari en prison, lui ait trouvé un hébergement provisoire chez un collègue dont la famille se trouve en ville, et qu’une avocate spécialisée

Catherine VAN NYPELSEER

     
 

Biblio, sources...

(*) L’expression «Grand Moyen Orient» recouvre l’ensemble des pays majoritairement musulmans connectés géographiquement avec le Moyen Orient. D’après Wikipédia, elle aurait été introduite par le calamiteux ex-Président des Etats-Unis, Georges Bush.

(1) «Moi Nojoud, 10 ans, divorcée», par Nojoud Ali et Delphine Minoui, Editeur Michel Lafon, Janvier 2009, 218 pages, 20,35 euros

(2) «L’image de la femme au Maghreb», articles de quatre auteurs, Actes Sud, Novembre 2008, 121 pages, 20,78 euros

(3)10 ans, divorcée

 
     

     
   
   


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