Histoire : le commerce des indulgences

Banc Public n° 236 , Mars 2015 , Frank FURET



Le commerce des indulgences vient de la possibilité dans l'Église catholique romaine d'acheter des indulgences (du latin indulgere, « accorder »), c'est-à-dire la rémission totale ou partielle devant Dieu de la peine temporelle encourue en raison d'un péché pardonné. L'indulgence obtenue en contrepartie d'un acte de piété (pèlerinage, prière, mortification, don) va au cours du temps se transformer en un commerce lucratif.

Le moine Martin Luther rédigea contre les indulgences 95 thèses affirmant avec force que nous sommes sauvés, non par des dons en argent ou des messes dites en notre nom, mais par la seule grâce de Dieu, dont personne ne connaît les choix, contestant ainsi la prétention des prêtres à pouvoir monnayer l'accès au Paradis.

Au XVIe siècle, dans une société encore dominée par la violence, les épidémies, la peur de la mort et de l'enfer, alors que la Renaissance apparaît progressivement, des bandes de mercenaires (guerres de Cent Ans et d'Italie) massacrent les plus faibles avant d'acheter leur entrée au purgatoire ou au paradis. Les protestants l'appellent commerce des indulgences et y voient un cercle vicieux violence-pardon.

 

Des millions de messes sont dites chaque année par les prêtres, contre rétribution, pour des particuliers. Seuls les plus riches peuvent se payer l'espoir d'accéder au Paradis quoi qu'il arrive. Certains prêtres vivent dans le luxe, revendent à d'autres leur droit à dire des messes, et ne mettent même plus les pieds dans leurs paroisses.

 

À la même époque, en Suisse, le Pape afferma le commerce des indulgences à un moine franciscain, Bernardin Samson. Par ce trafic, beaucoup d'argent sort de Suisse, ce qui déplaît aux autorités civiles. Les Suisses se sentent dès lors disposés à comprendre la colère de Luther contre les indulgences. Dès 1524, seulement sept ans après les 95 thèses de Luther, Zurich devient la première ville prise par la Réforme. L'indulgence détourne les pécheurs de leur véritable devoir, la charité et la pénitence, et la «querelle des Indulgences» sera une des causes principales du schisme du XVIe siècle entre catholiques et protestants.

 

 

Plus de deux cents ans plus tard, aux Lumières, Voltaire revient sur le commerce des indulgences pour consacrer l'article Expiation de son Dictionnaire philosophique (1764) à l'histoire et à la critique de la pratique des indulgences, en accusant le pape Jean XII qui, selon lui, «faisait argent de tout».

Frank FURET

     
 

Biblio, sources...

 
     

     
 
Philosophie

Le miroir aux alouettes
Piqûre de rappel
Histoire : le commerce des indulgences
DE L’IDEOLOGIE… QUEL BUT?
DILEMME D’ADAM
Réflexions sur la mort, douleurs de privilégiés
LE CHÂTAIGNIER Pas très loin du Centre du monde
Petites proses sans poésie (2)
Joutes printanières
MOI AUSSI, QUAND J’ETAIS JEUNE, J’AI ETE UN HEROS MODERNE
Canard au cent
AUGUSTE BLANQUI ET L'ETERNITE A la mémoire de Jerry David
Lettres à un avocat
INTERVIEW DE FRANCOIS GLANSDORFF
LE VERTIGE DU TEMPS DANS LES SCIENCES HUMAINES
TRISTAN CORBIERE, ARTHUR RIMBAUD, L'ETERNITE, LA MER ET LE SOLEIL
STATION SAINT-GUIDON
KERBELEN, CARNET DE VOYAGE
LE QUARTIER OU LE NEGATIF TENAIT SA COUR
LE SAC DE MEMPHIS
NOSTALGIE
LA TÂCHE
GINETTE PATATE: Solitude e condition sociale
CONTES de NOËL: LES MAUVAISES FREQUENTATIONS
LIBERTE ET SOLITUDE A BERLIN (...Très petits jardins...)
LADY DI ET MOI
A LA RECHERCHE DES CROYANTS
 
   


haut de page

Banc Public - Mensuel indépendant - Politique-Société-environnement - etc...
137 Av. du Pont de Luttre 1190 Bruxelles - Editeur Responsable: Catherine Van Nypelseer

Home Page - Banc Public? - Articles - Dossiers - Maximes - Liens - Contact