Le lecteur découvre pas à pas l'écrivain qui initia les grandes tendances du cinéma français dès le muet: le réalisme poétique avec Le Grand Jeu pour Feyder et La Bandera pour Duvivier, le réalisme fantastique avec L'Assassinat du Père Noël pour Christian-Jaque, le mythe de la jeunesse avec Les Tricheurs pour Carné qui deviendrait le thème principal de la Nouvelle Vague. Enfin, son cycle judiciaire avec Cayatte (Nous sommes tous des assassins) fut à l'origine d'un genre nouveau à mi-chemin entre documentaire et fiction - la dramatique" - qui ferait les beaux jours de la télévision pendant les trente années suivantes et influencerait le cinéma de Costa Gavras. Très impliqué dans les problèmes de son temps qui déboucheraient sur la deuxième guerre mondiale, on doit aussi à Spaak le prototype du prolétaire au grand coeur capable de tenir tête aux importuns et qui, mis en scène par Duvivier et personnifié par Gabin, deviendrait le héros incontesté de cette époque.
L'écrivain derrière la toile décrit le contexte dans lequel Spaak écrivit ses scénarios et nous fait découvrir un humaniste intègre et têtu confronté à une censure omniprésente et à la grande Histoire: le Krach de 1929, la dépression et ses faillites, le Front populaire, la montée des droites - qui reflètent de façon inquiétante la situation actuelle de l'Europe - , la guerre, l'Occupation, le retour de Dachau. Mais aussi la créaiion du Bénélux et de l'Europe - ce qui rappelle qu'il était le frère du politicien Paul-Henri Spaak, un des artisans de la Communauté européenne.
Enfin, l'analyse thématique des scénarios en tant que texte souligne une continuité d'inspiration qu'on attribue généralement au seul réalisateur. Cet essai inscrit résolument le scénario dans les études littéraires aussi bien que filmiques.
Jacqueline Van Nypelseer-Wolfowicz, docteur en littérature anglaise et chercheur au FNRS, s'est attachée à intégrer le scénario dans le cadre de la littérature comparée. Elle met ses théories en pratique en créant Les Cahiers du Scénario et d'écriture créative (1986) dont ce volume complète la collection, puis écrit le premier Programme d'enseignement de Littérature de cinéma et de télévision, projet pilote de MEDIA de la Communauté européenne, qu'elle exploite d'abord au sein de l'Université libre de Bruxelles (ULB) sous le nom d'ELICIT (Certificat-Licence Européenne de Littérature de Cinéma et de Télévision) en 1988. Elle fonde ensuite l'Université européenne d'Ecriture (UEE) labellisée EUREKA de l'Audiovisuel. Elle a également organisé le premier Colloque européen de littérature de scénario avec le soutien de MEDIA en 1989 et le premier Festival belge de séries télévisées en 1993. La création de la Fondation Charles Spaak confirme le succès de cette démarche novatrice.