La Hongrie défie le FMI

Banc Public n° 192 , Septembre 2010 , Frank FURET



La Hongrie subit très fortement les conséquences de la crise financière. Pourtant pas si éloignée des objectifs de Maastricht en matière de déficit (3,8 % en 2008), la Hongrie a été le premier pays de l'Union européenne à obtenir un soutien financier de la Sainte trinité (FMI,  Union Européenne et Banque mondiale).

En octobre 2008, un plan de 20 milliards d'euros a été décidé pour la Hongrie: le stock de la dette s'accroit mécaniquement. Outre la perte sèche en paiement des intérêts qui alourdit le déficit, les conditions sont sévères pour la population: hausse de 5 points de la TVA, aujourd'hui à 25%, âge légal de départ à la retraite porté à 65 ans, gel des salaires des fonctionnaires pour deux ans, suppression du treizième mois des retraités, baisses des aides publiques à l'agriculture et aux transports publics etc…
L'application, sur injonction du FMI, de ces mesures d'austérité a mécontenté la population et bénéficié à la droite conservatrice qui a remporté les élections législatives d'avril 2010, au détriment des sociaux-démocrates, qui avaient pourtant réussi à sauvegarder un système social relativement protecteur.

A peine arrivé à la tête de l'Etat, le gouvernement a lancé des déclarations alarmistes sur la situation financière du pays, évoquant une sous-estimation des comptes par l'exécutif précédent amenant le déficit à 7,5 % du PIB, bien plus que les 3,8 % escomptés par le FMI, ce qui a créé un certain vent de panique sur les places boursières. Pour réduire son déficit à 3,8% du PIB en 2010 comme le réclament le FMI et l'Union Européenne, le gouvernement a préparé l'instauration d'une taxe temporaire sur l'ensemble du secteur financier, qui permettrait de prélever 0,45% de l'actif net des banques (calculée non pas sur les bénéfices, mais sur le chiffre d'affaires), de taxer à hauteur de 5,2% les revenus des compagnies d'assurance et de 5,6 % les autres entités financières (bourse, agents financiers, gérants de fonds d'investissement…).

Cette mesure devrait rapporter environ 650 millions d'euros de recettes annuelles pendant deux ans (en 2010 et 2011), soit environ 0,8 % du PIB selon le gouvernement, mais elle ne plait pas aux banques, qui font pression et menacent de retirer leurs investissements en Hongrie.
Quand au FMI, il stoppe toute négociation et menace de fermer le robinet du crédit accordé en 2008.
Le FMI estime que le pays doit prendre des mesures radicales: les pauvres ont peu d'argent mais il y a beaucoup de pauvres... Le projet de plafonnement des rémunérations dans la fonction publique, est tout à fait aux antipodes de ses recommandations qui préfèrerait un nivellement par le bas en réduisant ou gelant les salaires comme en Grèce ou en Roumanie par exemple. Le FMI estime que le pays va devoir prendre «des mesures supplémentaires» d'austérité pour parvenir aux objectifs de déficit qu'il a lui-même fixé. Le ministre de l'Economie Gyorgy Matolcsy a lui déclaré: «Nous avons dit que nous ne pouvions pas mettre en place de nouvelles mesures de rigueur [...]. Cela fait cinq ans que nous appliquons des mesures d'austérité, c'est pourquoi nous en sommes là. Nous allons imposer la taxe bancaire».

Mi-juillet le FMI a suspendu la négociation et par voie de conséquence, le versement de nouvelles tranches; la sanction des marchés ne s'est pas fait attendre et la monnaie nationale, le Forint, reculait d'environ 2,4% à l'ouverture, tandis que la Bourse perdait plus de 4%. Le premier ministre a réussi à calmer les spéculations en remerciant le FMI pour son «aide de trois ans» tout en indiquant que «l'accord sur le prêt expirait en octobre, et qu'il n'y avait donc rien à suspendre. Les banques étaient à l'origine de la crise mondiale, il est normal qu'elles contribuent au rétablissement  de la situation…»

Les agences de notation financière Moody's et Standard and Poor's ont alors sanctionné la Hongrie en plaçant la note de la dette souveraine hongroise sous surveillance avec un possible abaissement à la clé. Dès lors, il semble difficile de ne pas s'interroger sur  rôle politique de ces agences, juges et parties du système spéculatif: n'est-il pas entre autres d'améliorer la note si une politique d'austérit  est choisie par le gouvernement et de l'abaisser si les mesures politiques prennent un autre chemin ?

Frank FURET

     
 

Biblio, sources...

La Hongrie défie le FMI, Jérome Duval, CADTM, 29 juillet 2010

La Hongrie dit non au FMI  Laurent Pinsolle – marianne2.fr

 
     

     
 
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