Les marchands d’OGM attaquent

Banc Public n° 181 , Juin 2009 , Frank FURET



Pas moins de 109 plantes transgéniques font l’objet d’une demande d’autorisation à l’importation auprès de la Commission européenne. Plus de la moitié de ces demandes concernent du maïs, comme le « BT11 » de Syngenta ou le « TC 1507 » de Pioneer. On trouve aussi du coton, du colza, du soja, des betteraves sucrières, des tournesols ainsi qu’une pomme de terre de BASF ou un riz, le « LL62 » de Bayer. Ces deux dernières cultures risquent d’être directement destinées à l’alimentation humaine.

Les multinationales biotech veulent à tout prix déverrouiller le marché européen.. Monsanto a  multiplié par deux ses profits, passant de 933 millions de dollars en 2007 à deux milliards en 2008. 40% de son chiffre d’affaires dépend de la vente de ses semences génétiquement modifiées. Les bénéfices de ses concurrents, venus du secteur de l’industrie chimique, pharmaceutique ou électronique pour investir l’agriculture, comme la multinationale Suisse Syngenta, l’Allemande BASF ou la japonaise Pioneer, suivent la même courbe, grâce à leurs nouvelles activités agroalimentaires. Mais la crise freine la progression de leurs bénéfices par action. Elles doivent donc, d’une manière ou d’une autre, produire et écouler leurs produits en Europe, un marché d’un demi milliard de personnes.
Le commissaire européen grec a publiquement considéré en novembre dernier que les maïs OGM de Syngenta et de Pioneer constituaient, au vu de certaines études scientifiques, un « risque trop élevé pour l’environnement ».Le rapport de force est pour l’instant favorable aux anti-OGM, ces multiples demandes d’autorisation montrent que les multinationales de biotechnologies n’ont pas renoncé à s’ouvrir de force le marché européen. La défiance des « opinions publiques » et la détermination des associations écologistes ont permis de limiter les cultures OGM à 0,2% de la surface agricole européenne. Face à cette résistance, le lobbying industriel de Monsanto et consorts est qualifié de « très agressif » par les associations environnementales. Pioneer a ainsi intenté une action en justice contre la Commission européenne, au prétexte qu’elle n’étudierait pas assez vite les nouvelles demandes d’autorisation (le délai est de deux ans et demi en moyenne en Europe, de plus de trois ans en Amérique latine). Paradoxe : le maïs que souhaite commercialiser la firme japonaise est un OGM « pesticide », résistant à l’herbicide glufosinate. Qui fait partie d’une liste d’une vingtaine d’herbicides qui seront progressivement supprimés du marché européen à cause de leurs graves effets toxiques. L’OGM de Pioneer n’a donc plus aucune raison d’être… Parallèlement, Monsanto ne lâche pas l’affaire. La multinationale états-unienne a renouvelé sa demande de mise en culture pour son MON 810, interdit dans six pays.

Frank FURET

     
 

Biblio, sources...

109 nouveaux OGM à l’assaut de l’Europe, Ivan du Roy , Bastamag, 4 juin 2009

 
     

     
 
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