Les Triades Chinoises : stupéfiants (suite), trafic d’êtres humains etc...

Banc Public n° 144 , Novembre 2005 , Frank FURET



Dans plusieurs régions de Chine, les triades sont inhérentes au système social. Elles sont infiltrées dans différents ministères et à plusieurs niveaux dans l’armée et la marine. Elles jouent également un rôle important dans la vie économique.

Les triades chinoises d’Asie du Sud-Est semblent profiter de l’anarchie économique et administrative qui règne sur le continent pour faire venir de la drogue, principalement de l’héroïne, du Triangle d’or.   Nombre de membres de l’ex-Parti Communiste Birman  sont exilés en Chine. Certains, aidés par des militaires véreux, participent au trafic. Le rôle de policiers et militaires gardes-frontières chinois au Yunnan, qui ont longtemps entretenu des contacts avec les seigneurs de la guerre issus de l’ex- Parti Communiste Birman pourrait aussi être un facteur facilitant le trafic. Officiellement, la Chine n’entretient plus de contacts avec les membres de l’ex-PCB, disparu en 1989, et qui ont été les alliés du SLORC (1) contre Khun Sa jusqu’à sa reddition en janvier 1996. Ce dernier a conservé son vaste réseau de "relations commerciales" qui opèrent au Yunnan ainsi qu’au Laos et Thaïlande. Pékin traite avec le SLORC (1) et arme la junte militaire birmane. L’Armée populaire de libération (APL) a encore des contrats de coopération militaire avec la Birmanie Des militaires de l’APL (Armée Populaire de Chine), qui détient 10 % de l’industrie pharmaceutique, ont aussi plusieurs fois été mis en cause dans le trafic d’amphétamines.

En décembre 1996,  le Quotidien du Peuple affirmait que les autorités douanières du Yunnan établissent des permis de séjours de longue durée aux commerçants birmans, vietnamiens et laotiens voulant faire des affaires dans la province. Lors de la campagne annuelle anti-corruption lancée par les autorités de Pékin, le chef local du Parti communiste de la ville de Tai an au Shandong, Hu Jianxue, ainsi qu’un cadre supérieur d’une usine d’Etat de pétrochimie, ont été condamnés à de lourdes peines. Hu Jianxue  était en possession d’un kilo d’héroïne lors de son arrestation en 1996 et il avait versé des sommes sur des comptes appartenant à des officiels à Pékin. Le chef du parti de la région du Shandong qui était aussi le chef de la police, a été  condamné à mort. Enfin, en janvier 1997 le magazine Zhengming de Hong Kong, estimait les cas de toxicomanie dans la région militaire de Canton alarmants. Trois militaires (dont un commandant adjoint) qui protégeaient des trafiquants avaient été arrêtés. D’après les autorités de Pékin et les agences de presses étrangères, l’héroïne envahirait le nord de la Chine. Le district musulman de Guanhe, dans la région autonome du Ningxia, serait même considéré comme la deuxième plaque tournante de l’héroïne en Chine après le Yunnan. Les villes de Tongxin et Weizhou seraient deux  hauts-lieux du trafic d’héroïne qui se trouverait facilement dans les bars, karaokes et autres dancings, tant prisés par les petits entrepreneurs.  C’est que les autorités chinoises, soucieuses de contrôler ces populations turcophones turbulentes, fermeraient en partie les yeux .

Trafic d’êtres humains

Le transport illégal des pauvres du Tiers Monde et de l'Europe de l'Est vers l'Occident est une excellente affaire. Moins risqué que les stupéfiants il présente actuellement un très bon rapport gain-risque pour les trafiquants. Ils seraient  400 000 par an à franchir les frontières de l'Union Européenne, selon l'ICMPD (International Centre for Migration Policy Development. ) et l'Organisation internationale des migrations (IOM). Un nombre de plus en plus important d'entre eux font appel à des passeurs, dont le revenu atteindrait aujourd'hui de 3 à 4 milliards de dollars, selon Interpol. L'IOM estime que 3 millions de clandestins sont actuellement installés dans les quinze pays de l'Union, surtout dans le Sud (Italie, Grèce, Espagne, Portugal) et en Allemagne (800 000 personnes).

A l'immigration « familiale » du début de la décennie - quand les clandestins cherchaient à rejoindre un frère ou un cousin à l'Ouest, selon une logique individuelle - a succédé un trafic organisé par de puissants réseaux. « Leur but est de faire de la quantité en entassant le maximum de personnes dans un conteneur ou un bateau », explique-t-on à la police aux frontières.

Les triades chinoises auraient permis l'arrivée en France des nombreux clandestins travaillant dans la confection ou la restauration. Ils seraient environ 80 000 à être installés dans la région parisienne, selon Interpol.  Mais la destination la plus prisée demeure la Grande-Bretagne - loin devant l'Allemagne, l'Irlande, l'Espagne ou la France - en raison de sa législation favorable aux demandeurs d'asile et de l'absence de contrôles d'identité.  Pour y arriver, la première partie du voyage peut être effectuée dans la légalité. Les ressortissants de certains pays (Chine, Vietnam) n'ont toujours pas besoin de visa pour se rendre en République tchèque, en Yougoslavie ou dans certains Etats de la CEI en vertu de vieux accords signés « sous le communisme ». Ce n’est qu’une fois dans l’espace Schengen qu’ils se trouvent dans l’illégalité.
Flexibilité des réseaux

Une des caractéristiques des réseaux de trafic chinois est la flexibilité des réseaux qui ne sont pas organisés selon une pyramide hiérarchique mais se composent de plusieurs petits réseaux horizontaux avec une structure de coordination internationale. Ces petits réseaux ne
doivent pas nécessairement avoir une orientation ethnique et travaillent ensemble sur la base de sous-traitances mutuelles. Ils  peuvent exercer plusieurs activités : transport de drogue, fourniture de faux documents. Les réseaux de trafic sont contrôlés par des syndicats du crime mais ce ne sont pas des cartels à hiérarchie pyramidale comme les cartels de la drogue. Ce  sont souvent de petits réseaux dépendant de sous-contrats en ce qui concerne les différents services et l’itinéraire sélectionné pour le trafic. Selon l’IOM, ce sont  des organisations autonomes et structurées qui reposent sur des rapports de collaboration flexibles entre différentes triades dans la région d’origine et des organisations et des bandes criminelles dans le pays de destination dans lesquelles des fonctionnaires corrompus du gouvernement et des entreprises légitimes peuvent être impliqués.
De nombreux immigrants Chinois sont prêts à payer très cher et à prendre des risques.  Dans un premier temps, ils considèrent souvent les trafiquants comme des personnes pouvant les aider socialement et qui, en l’absence de toute alternative, sont leur seule planche de salut pour atteindre le riche Occident. Néanmoins, les Chinois il est nettement plus souvent fait état de menaces à l’égard d’eux-mêmes et de leurs familles restées au pays que dans d’autres groupes de victimes.
En Belgique

La commission sur la traite des êtres humains du Sénat a constaté que dans la pratique 85 % des visas Chinois sont destinés à des hommes d’affaires et que seuls quelques-uns sont des faux. Mais étant donné la corruption en Chine au plus bas niveau de l’administration, il est très facile d’obtenir un document officiel légitime contre paiement. La demande de visas d’étudiants est également très utilisée dans le cadre de la migration clandestine.
Selon les données de l’ambassade à Shanghai, la plupart des fraudes sont commises avec des visas
d’étudiants. Ainsi, on voit  des groupes entiers de jeunes filles d’un même village qui se présentent pour aller dans la même école en Belgique, alors qu’elles ne savent même pas ce qui y est
enseigné. Par le biais de cette fraude, les trafiquants essaient de rassembler des employés en masse
afin de les faire travailler illégalement.
80 % des dossiers chinois sur les organisations criminelles sont liées à la traite et au trafic des êtres humains. Dans ce cadre, des procédures légales sont utilisées abusivement comme les visas Schengen à court terme, les visas d’affaires, le statut d’étudiant, l’adoption formelle ou les mariages blancs ayant un rapport avec des rassemblements familiaux. Des faux documents sont également utilisés. De faux actes notariés et attestations de consulats sont utilisés pour prouver des liens de parenté. Il est souvent difficile de vérifier l’authenticité de ces documents.

Selon des données récentes de la police, les trafiquants ne parachutent pas uniquement les victimes
dans le secteur de l’Horeca  chinois mais également, au sein du milieu chinois, dans le secteur de la
construction pour rembourser leur voyage. Dans ce cadre, ils font appel à des personnes et à des
entreprises établies légalement en Belgique.

Ces organisations criminelles chinoises ne s’occupent pas uniquement de traite et de trafic d’êtres
humains, qui sont cependant souvent leurs principales activités, mais elles sont impliquées dans de
nombreuses autres affaires criminelles. Ainsi, dans un dossier concret, il s’est avéré qu’une triade
chinoise avait des contacts avec une centaine de restaurants chinois et était active en Belgique, aux
Pays-Bas, en France et en Allemagne. L’activité principale de cette triade chinoise était la traite des
êtres humains mais il existait des liens évidents avec des enquêtes liées à la drogue, à des faits de chantage, à des mariages blancs, à des jeux de hasard et à des fraudes à la carte de crédit et sur le blanchiment.

Activités des triades chinoises en Europe.

Elles ont plusieurs activités dans chaque pays. En Italie, elles sont principalement actives dans la branche du trafic des êtres humains, en Autriche dans le secteur de la prostitution, en Allemagne et aux Pays-Bas principalement dans le trafic de cigarettes et en Tchéquie dans le commerce illégal d’armes. Il ressort de précédents documents judiciaires que la
multinationale de cigarettes britannique BAT a utilisé les triades afin d’organiser un trafic de
cigarettes gigantesque en Chine et à Taiwan. Pour ce faire, la triade disposait d’entreprises de
couverture et elle surveillait manu militari les principaux itinéraires du trafic. En 2000, la Commission européenne a d’ailleurs déposé une plainte auprès d’un tribunal de New York
contre plusieurs multinationales de cigarettes pour trafic international organisé de cigarettes, dont
Philip Morris Entre-temps, la Commission européenne et Philip Morris ont conclu un accord
international en juillet 2004 pour 12 ans de lutte contre le trafic et la contrefaçon de cigarettes, qui
mettait également fin aux procédures juridiques engagées.

Frank FURET

     
 

Biblio, sources...

(1) la suite du coup d'état militaire de 1988, le conseil d'État pour le rétablissement de la loi et l'ordre (le SLORC, the State Law and Order Restoration Council) se met en place et rebaptise le pays sous le nom de Myanmar (le «pays merveilleux»). En 1989, le pays prend le nom d'Union de Myanmar. Depuis 1998,  le SLORC a été renommé the State Peace and Development Council (SPDC). Les militaires du SLORC répriment dans le sang (10 000 morts en 1988, des milliers depuis) les manifestations en faveur de la démocratie. Pour la presse internationale, la Birmanie est maintenant dirigée par une véritable narcodictature.

Etat des luttes contre le crime organisé mafieux

Entretien exclusif avec le Professeur Umberto Santino, "Giuseppe Impastato", Palerme, réalisé par Chistian Pose, Tokyo/Palerme, 12 avril 2006

ZONES DE PRODUCTION d'"Opium, dossier opium de psydoc
psydoc-

2003 European Union Organised Crime Report, Europol.

Rapport annuel justice 2001, Le crime organisé en Belgique.

Rapport belge sur le crime organisé de 2002,

Rapport annuel sur la traite des êtres humains, Images du phénomène de la traite des êtres humains etanalyse de la jurisprudence, CECLR, mai 2001.

Observatoire Geopolitique des Drogues, rapport annuel, 1999.

The Center for Public Integrity, 2001, Tobacco Companies Linked to Criminal Organizations in Cigarette Smuggling: China.

Migration chinoise vers la Belgique/l’Europe, CECLR, 2004

 
     

     
 
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