La mafia Russe dans le monde

Banc Public n° 134 , Novembre 2004 , Frank FURET



En 10 ans la Mafia russe s' est étendue à travers le monde comme une traînée de poudre,s'établissant en concurrent ou en partenaire solide des autres groupes criminels. Elle a pris ces quartiers à New York dans le quartier de Brooklyn et de Little Odessa mais aussi à Los Angeles qui abrite la deuxième plus importante colonie russe aux Etats-Unis, elle s' est installée en Israël et implantée sur la côte d'azur, à Londres à Berlin à Prague et à Anvers sans oublier Amsterdam , l'Espagne et l'Amérique du Sud.
Les activités mondiales de blanchissage de l'argent, de Chypre aux Iles Caïman et des Vanuatu dans le Pacifique au Venezuela, ne sont que quelques-uns des tentacules étendus par les réseaux russes de crime organisé dans le monde entier. 200 grandes organisations travailleraient au niveau mondial et formeraient des alliances avec leurs homologues criminels dans 50 pays (dont 26 villes des U.S.A.)" (1) Les mafias russes maîtriseraient des équipements électroniques du même niveau que ceux du KGB. (2)

Amérique Latine

Des alliances entre organisations criminelles locales et Russes, l'accès aux marchés illicites internationaux, aux réseaux de blanchiment d'argent et aux sources de trafic d'armes aux organisations locales et/ou aux groupes de guérilla, pourraient constituer des obstacles sérieux à la croissance économique, à la consolidation démocratique et la stabilité domestique à long terme.

Les faiblesses institutionnelles de longue date de la plupart des états d'Amérique latine et des Caraïbes, combinées avec l'existence d'un commerce souterrain de la drogue extrêmement lucratif dans l'hémisphère occidental, ont fait de cette région une cible très attrayante pour les entreprises criminelles transnationales russes. Manque de transparence et de contrôle efficace, de la part de l'Etat, institutions judiciaires et policières corrompues et inefficaces, systèmes bancaires, tout ceci favorise la pénétration par les blanchisseurs d'argent russes. De plus un certain nombre de petits pays dans la région (République Dominicaine, Panama, Uruguay et Paraguay, par exemple) « vendent » littéralement la citoyenneté invitant littéralement les groupes criminels à s'établir dans l'hémisphère.

Des succursales de banques russes, sises à Antigua et à Aruba, se chargeaient aussi du financement généreux d'une chaîne de boîtes de nuit de Floride et assuraient la liaison avec le cartel colombien de Cali, dans l'exportation vers le port de Turbo (nord-ouest de la Colombie) de plusieurs chargements d'armes automatiques et de missiles sol-air russes, fort adaptés au canardage des hélicoptères de l'armée, spécialisés dans le repérage des labos de cocaïne dans la jungle. Cette équipe livrera aussi deux hélicoptères de combat de l'armée russe, dûment fournis par d'anciens officiers du KGB et un sous-marin diesel de l'armée russe, servi par 20 anciens matelots de Kronchtadt, destiné à transporter la cocaïne par la côte Pacifique jusqu'en Californie, afin d'éviter le péage des cartels mexicains.
USA

Outre les cas cités dans nos articles précédents, bornons nous ici à signaler l'assassinat de Paul Tatum à Moscou un homme d'affaires américain en conflit d'intérêts avec la mairie de Loujkov, ainsi que les escroqueries financières à New York, les réseaux de vol de voitures en Europe, le trafic de stupéfiants et le blanchiment de l'argent en alliance avec et les seigneurs de la drogue colombiens et nigérians ou la mafia italienne . Vladimir Kozlovsky, ancien correspondant de la BBC à Moscou ne croit guère, pour sa part, à la persistance sur le sol américain d'une famille structurée de parrains à la sicilienne. «On ne trouve désormais qu'une nébuleuse éparse, mouvante, de truands classiques dispersés de New York à Miami, de Chicago à Los Angeles, assure-t-il. La plupart font aujourd'hui cavalier seul. Ce qui ne les rend pas moins dangereux.» Mais en 1997, lors d'une session du Congrès, Louis Freeh, patron du FBI, avertissait: «La mafia russe a déjà largement dépassé la Mafia italienne... 30 des quelque 8 000 groupes du crime organisé russe opèrent actuellement chez nous. Plus inquiétant encore, la plupart de ces mafieux sont des anciens du KGB.» (3)
Israël

. «Avec leur fortune colossale, ils peuvent acheter n'importe qui; on a démantelé au sein même du ministère de l'Intérieur Israélien un réseau de complicités leur permettant d'obtenir de faux papiers» déclare le général Mizrahi, qui estime « ne pas pouvoir être sûr qu'Israël empêcher puisse empêcher qu'ils n'étendent un jour leurs filets sur la politique israélienne.» Ainsi , le sommet de Jerusalem, ouvert le 11 octobre 2003, dont le repas d'inauguration était présidé par Avigdor Lieberman, ministre des transports du gouvernement Sharon et président du Yisrael Beiteinu réunissait les principaux leaders de l'extrême droite israélienne et des extrêmes droites religieuse et militaire états-uniennes. «  Israël est l'alternative morale au totalitarisme oriental et au relativisme moral occidental. Israël est le "Ground Zero" de la bataille centrale de notre civilisation pour sa survie. Israël peut être sauvé, et le reste de l'Occident avec lui. Il est temps de nous unir à Jérusalem.  Tel est le crédo des trois groupes participants au sommet, à savoir :

* les « Guerriers froids » de Washington, qui ont appartenu au plus haut niveau à l'appareil d'État pendant la Guerre froide (CIA, état-major interarmes, Conseil national de sécurité). Ayant progressivement rejoint le Parti républicain et s'étant identifiés au lobby militaro-industriel, ils sont regroupés au sein du Center for Security Policy
* Les membres de « La Famille », un groupe de chrétiens fondamentalistes qui, pendant la Guerre froide, a fourni l'argumentaire idéologique contre le communisme athée, et dont les pasteurs Bill et Franklin Graham sont les porte-parole. Leur siège est situé dans la propriété des Cèdres à côté du Pentagone.
* Le parti israélien d'Union nationale, composé du Ichud Leumi et du Yisrael Beiteinu, qui milite pour l'annexion des territoires occupés et la création du Grand Israël, financé par des « hommes d'affaires » d'origine russe.

Techniquement le sommet a été organisé par Dmitry Radyshevsky au nom de la Fondation Michael Cherney, une des figures les plus controversées du monde des affaires. Parti de rien, il a fait fortune en Russie sous l'ère Eltsine, « achetant » pour pas grand-chose les principaux combinats producteurs d'aluminium et créant le TransWorld Group. Rapidement considéré, à tort ou à raison, comme le « parrain des parrains de la mafia russe », Michael Cherney a déplacé une partie de ses activités vers la Bulgarie où il deviendra le principal investisseur, développant la compagnie de téléphones cellulaires Mobiltel et sponsorisant la principale équipe de football bulgare. Mais en août 2000, il sera accusé de complot contre la sécurité de l'État et interdit de séjour en Bulgarie. Il se réfugiera alors en Israël, où il avait déjà transféré une partie de sa subite fortune. Après avoir été poursuivi en justice pour son rôle supposé à la tête de la mafia russe, il sera brusquement réhabilité, devenant le principal fournisseur de l'industrie d'armement israélienne. (4)

Gregori Lerner, alias Zvi Ben Ari, israélien d'origine russe, arrêté avec 1 milliard de dollars d'actions au porteur dans sa valise, serait peut-être devenu député à la Knesset si on ne l'avait pas mis sous les verrous. Lerner, après avoir miraculeusement fait fortune en quelques années dans l'Etat juif, aurait versé 100 000 dollars au profit d'une association liée au parti Yissrael B'Aliya (des nouveaux immigrants), dirigé par l'ancien dissident Nathan Chtcharanski, continue de recevoir en prison la visite de députés israéliens originaires de l'ex-URSS...

Les gangsters russes assassinent beaucoup plus froidement et se seraient assurés le quasi- monopole de la prostitution en Israël. La majorité des hommes d'affaires de la ville israélienne de Netanya sont priés de payer la protection de la mafia Russe (5): plusieurs commerces ont été plastiqués, leurs propriétaires se montrant peu coopératifs... La loi du silence protège les plus influents au point qu'il est presque impossible de réunir contre eux des preuves et témoignages accablants.
Europe

Sous le règne de Jean-Pierre Chevènement au ministère de l'intérieur (avant 2002), les investissements en France directement liés à la mafia étaient de l'ordre de 40 milliards d'Euros, principalement concentrés dans l'immobilier de luxe, notamment sur la Côte d'Azur. Mais nombre d'entreprises françaises travailleraient - souvent à leur insu - avec des hommes d'affaires liés ou appartenant à la mafia moscovite.

25 000 péripatéticiennes originaires des pays de l'Est, exercent sur le sol allemand. Le marché financier allemand le blanchiment de l'argent sale en provenance des mafias des pays d'Europe orientale. Selon une estimation d'Interpol, 1,3 milliard de dollars seraient blanchis chaque année en Allemagne, et de 20 à 30% du crédit annuel de l'Etat fédéral proviendrait du crime organisé. Très vite, après la chute du Mur, l'Allemagne s'est retrouvée en première ligne, avec l'arrivée de 200 à 300 bandes rivales en provenance des pays de l'ex-bloc soviétique. Il y aurait actuellement 15 parrains sévissant dans son pays : trafic de voitures volées, criminalité économique, drogue. La police de Berlin recensait 350 firmes, tenues par des Russes ou assimilés dans la capitale allemande, qu'elle estime pour le moins douteuses. L'Autriche n'est pas épargnée par l'argent sale. Une grande société russe de Moscou, dont le siège se trouve à Vienne et qui emploie 8 000 personnes, serait en fait une pure entreprise de la mafia. Exerçant dans les secteurs de la banque, du pétrole, de l'énergie et des télécommunications, cette entreprise compte deux filiales, à Düsseldorf et à Berlin.(3)

En Espagne, Marbella joue un peu le rôle qu'avait auparavant Yalta, station balnéaire pour criminels slaves enrichis. A Moscou, des agents spécialisés facilitent les démarches aux Russes qui veulent acquérir des propriétés en Espagne.La bande mafieuse de Morozov, ancien député enrichi dans le trafic de la vodka , qui a sorti du pays quelque 25 millions de dollars, principalement recyclés dans l'immobilier en Espagne. A Marbella, les «narcoroubles» convertis en dollars ont pris la relève des capitaux britanniques et arabes. Grâce à eux, les résidences de vacances et les hôtels sont en plein boum. Les passagers des vols directs d'Aeroflot - cinq liaisons par semaine en haute saison entre Malaga et Moscou - n'arrivent pas les mains vides. Parfois, encombrés de vulgaires sacs en plastique bourrés de dollars, ils présentent aux douaniers espagnols un certificat (de complaisance) délivré par l'administration russe, qui les autorise à sortir des capitaux. D'autres, plus discrets, choisissent de créer en toute légalité une société anonyme dans le havre fiscal de Gibraltar, afin d'acheter, dans un second temps, des biens immobiliers sur la Péninsule au nom de cette société écran. (3)
Au plat pays

En Belgique, la criminalité Russe s'est notamment signalée par l'assassinat de Vladimir Missiourine, trader pétrolier (et mafieux),abattu à Uccle en décembre 1994. Côté stupéfiants, de 1990 à 1994, le trafic d'héroïne de Boris Nayfeld entre Bangkok et New York via Varsovie était orchestré à Anvers tout comme l'enquête concernant la tonne de cocaïne saisie à Vyborg (Russie) le 21 février 1993. Mais après dix années de développement, un relatif reflux se fait sentir : la "mafia russe" a officiellement perdu, en novembre 1996, la société d'import-export de spiritueux, Kremlyovskaya Group, qui lui servait de paravent principal, toujours à Anvers. Son dirigeant, le mafieux Riccardo Marian Fanchini, a fait l'objet de l'ouverture d'une instruction judiciaire pour blanchiment d'argent. L'argent sale de la mafia moscovite était supposé revenir à Anvers via Genève pour investissement dans l'immobilier résidentiel..(3)

Frank FURET

     
 

Biblio, sources...

Etat des luttes contre le crime organisé mafieux

Entretien exclusif avec le Professeur Umberto Santino, "Giuseppe Impastato", Palerme, réalisé par Chistian Pose, Tokyo/Palerme, 12 avril 2006

(1) La pire des mafias ?

(2)Center for Strategic & International Studies (CSIS), Russian Organized Crime. Washington D.C.: CSIS, 1997

(3) Géopolitique des drogues, rapport 1997

(4) L'Axe de la guerre des civilisations , sommet historique pour sceller l'Alliance des guerriers de Dieu

(5) Alain Lallemand : L'organistkaya

 
     

     
 
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