Europe: les interstices du centrosome

Banc Public n° 105 , Décembre 2001 , Frank FURET



La présidence Belge de l’Union Européenne s’achève calmement et culminera lors du sommet de Laeken du 13 au 15 décembre ; une occasion comme une autre de se rafraîchir la mémoire, d’évoquer ce qui fait problème et de questionner transversalement, ce mastodonte somme toute discret. D’après l’UNICE, la confédération patronale Europénnne, 60 % des nouvelles lois des pays membres sont décidées au niveau de l’Union Européenne, 70% de ces réglementations, directives, décisions et recommandations affectant l’activité économique au sens large. Licenciements, flexibilité, travail de nuit, menaces sur les pensions, dérégulation, affaiblissement ou privatisation des services publics, marchandisation de l’enseignement et de la recherche, contraction de la sécurité sociale, la même litanie ressort : le Politique national et local n’y pourrait rien; fort commodément, les ordres viennent d’en haut, c’est à dire de l’Union Européenne. Question: aux ordres de qui est-elle?

Les nouveaux mages

Le système technocratique est un système qui utilise plus la technique (en particulier la technique économique) et le discours technique pour légitimer les choix politiques et sociaux que le débat dans l’espace public; le rôle du technocrate est souvent plus tenu pour celui d’un grand prêtre de l’ordre établi que pour celui d’un technicien au service de la collectivité. La société entière a besoin de légitimité technique et de discours technique, leur allure sérieuse, scientifique, rassurant quant à la rationnalité des choix, au mérite et à la compétence des décideurs.

Aucune adminstration n’est aussi opaque que l’Union Européenne: commission, conseil Européen, conseil des ministres, comité des représentants permanents : on est en présence d’un pouvoir quasi- autocratique. Une telle construction favorise le lobbying discret et exclut la participation démocratique des citoyens: rien n’est prévu pour corriger cette occulation bureaucratique, le parlement, pratiquement sans pouvoir n’y pouvant rien. Diplomatie secrète, lobbying subtil, leurres et stratégies en tout genre, mécanismes non transparents, dépendance vis à vis des élites financières, industrielles et marchandes, opacité, influences discrètes, impalpables: les normes juridiques qui encadrent les activités économiques et l’encadrement de plus en plus généralisé de toutes les activités par les concepts de l’économie néo-classique échappent à tout contrôle citoyen.

L’immensité des ressources des multinatinales (2), leur permet le jeu du pouvoir sur tous les tableaux, l’usage de tous les outils pour assouvir leurs ambitions: de l’industrie des relations publiques (les professionnels de l’influence) aux officines douteuses où se mêlent le « privé » et le « public », en passant par les Think tanks, les colloques, les médias, les livres, les sites internet etc… : tout est à la portée des Global Leaders et subtilement convoqué, cultivé, exploité afin d’altérer nos perceptions et reconstruire la réalité conformément à la mythologie du marché.
Derrière le matraquage incessant en faveur des droits fondamentaux de l’individu se cache une attaque en règle contre les droits collectifs, estime ATTAC (3) et contre la démocratie: C’est toute la politique des dirigeants Européens: cacher derrière quelques concessions de façade de véritables transformations en profondeur du paysage social qui interrogent quant à l’Américanisation des structures des états Européens.
Plus les entreprises supranationales s’affirment, plus la mondialisation avance, plus la démocratie se réduit: la plupart des textes et règlements sont mis au point par des bureaux et offcines à la merci des lobbys supranationaux, les parlementaires nationaux estimant souvent ne plus décider de grand chose ( 60 % des textes nationaux sont repris de directives Européennes, qu’ils ont pourtant contribué à mettre en place): l’occasion est trop belle de laisser assumer les tendances lourdes du décisonnel à des entités opaques…

 

Pour se restructurer autour de leurs valeurs financières et occuper plus encore le pouvoir, les détenteurs de capitaux ont du se libérer des contraintes institutionnelles et sociales en affaiblissant tous les contrôles qui pouvaient peser sur eux (4), affirmant sa nouvelle hégémonie sociale par le biais d’une direction technocratique rééduquée selon leurs désidératas. L’affaiblissement institutionnel des parlements Européens et nationaux s’est conjugué avec un discours antiparlementaire, ceux-ci voyant leurs capacités d’actions de plus en plus réduites par le développement de l’indépendance financière (stocks options, off shore, fluidité et opacité des mouvements de capitaux au sein de l' ‘Europe); au prétexte d’affaiblir un état présenté comme envahissant et inefficace ou un parlement décrété incompétent, l’objectif était surtout de rétablir l’arbitraire, l’absence de contrôle sur les nouvelles aristocraties financières et d’imposer mondialement le jeu et les nouvelles règles du jeu auxquelles tous étaient dorénavant sommés de jouer..

Néo-Hypnoses

Assoupissement généralisé dans le tintamare et le ronron audio-visuel, frénésie aveugle de la nouveauté, les valeurs démocratiques au nom desquelles l’Occident donne des leçons au monde voire engage des opérations militaires, sont malmenées, dévoyées, remises en cause et il s’agit plus que d’une simple crise, selon Bellon et Robert (4) : on assiste à une véritable mutation culturelle et historique ; Michael Walzer, philosophe Américain juge quant à lui que « la culture démocratique a du mal à se maintenir même dans les pays où ses pratiques sont les mieux enracinées »; si dans certains milieux progressistes, on cherche à réactiver les espaces de citoyenneté, en d"autres lieux,on théorise une démocratie sans citoyens ou on se contente de jouer les syndics de faillite avec ce laconisme confortable qui est l’apanage les gens bien installés. Les aveux répétés d"impuissance des politiques, la dépossession croissante des pouvoirs de l"état au profit des marchés ou d"instances internationales chargées d"assurer son développement appuient cette réduction de l"espace démocratique. Et les nouvelles panacées proposées à des citoyens privés de grille de lecture, continuent Bellon et Robert (4), localisme, cyberdémocratie, communautarisme, souverainisme, société civile, même si certaines sont porteuses de vrais espaces de démocratie, sont souvent l"alibi de la confiscation réelle du pouvoir opérée au sein du corps social : les assemblées représentatives sont réduites à des chambres d"enregistrement , la notion d"intérêt général s"efface au profit du cas par cas des revendications sociales, les questions relatives aux fondements de l’état social étant exclues du débat public, ces problèmes fondamentaux étant réduits à leurs aspects les plus anecdotiques.

Néo-illusionisme

Bellon et Robert (4) pensent aussi repérer dans le disours de la communication sociale le désir d’occulter les rapports d’autorité et les différences de statuts sociaux en créant par le dialogue l’illusion d’un groupe où chacun est à égalité. La figure du citoyen libre autonome, rationnel et solidaire s’est effacée au profit de celle du consommateur débonnaire et sympa, élément basique de la tribu planétaire (4). Tout est marchandise. La réalité devient insaisissable, reste l’implicite médiatique:marchandisation et privatsiation riment avce modernité, le service collectif n’est plus qu’une vieille chose ringarde, une erreur de l’histoire. Pas un mot sur les causes de l’ampleur du sinistre Japonais depuis la libéraliation totale des mouvements de capitaux à savoir le passage à un système ouvert entendant maximiser le profit des fonds investis ayant entraïné recul de la consommation, augmenation des crimes, vols, et suicides pour raison économique, baisses d’impôts a peu près égales aux baisses de salaires. Et puisqu’on en est à ne plus vouloir rien voir, pourquoi poser la question de fond: celle de l’appropriation mondiale des économies, des savoirs et des activités par les plus puissants détenteurs de capitaux fort commodément libérés. L’ampleur des mécanismes de confiscation du pouvoir, la puissance actuelle du déterminisme social, baignent l’idée que la société libérale est la forme achevée de la démocratie, que l’histoire et terminée et qu’il inutile et impossible d’en dépasser les acquis. Après avoir longtemps ressassé « les idéologues c"est les autres », le néo-libéralisme triomphant s’affirme sous l’apparence de l’objectivité et de la scientificité, revendiquant pragmatisme et réalisme. L’oeil fixé sur sa carrière, le politique cherche à ne pas troubler.

Pas vu à la télé : l’ERT

Un peu d’histoire? Début des 80ies, (années Reagan-Thaetcher), mondialisation et concurrence à outrance battent leur plein ; le congrès Américain légifère très vite, les lobbies comme la Business Roundtable, une des plus anciennes et plus efficaces organisations politiques des USA, regroupant 200 PDG et autres chefs d’entreprsie et incluant les 42 plus grandes sociétés transnationales des USA (5), le BCNI, regroupement exclusif de PDG de 140 entreprises comme Alacan, Macmillan Bloedel, IBM, Shell, Texaco et Ford. Depuis longtemps, selon Gerard de Selys (6), ils ont leurs bureaux au sein même des immeubles du Congrès qui élabore des lois favorisant les exportateurs du cru et défavorisant leurs concurrents étrangers et ont adopté de fructueuses tactiques comme la mise sur pied de « centres de recherches » , de coalitions d"entreprises comme l"Alliance for Trade and Job Opportunities, la publicité politique, les dons aux partis politques etc…; au Canada, le Canadian Business Council on National Issues chargé de persuader les gouvernements d"adopter son programme néolibéral ; au Japon, le MITI , super ministère de l’industrie et du commerce légifère de la même manière. En Europe, alors, rien, sinon des parlements nationaux divisés et un grand nombre de gouvernements qui n’ont alors pas toujours conscience de l’âpreté de la guerre concurentielle. C’est la ‘’crise’’, l’argent est rare, il faut trouver de nouveaux gisements financiers: les ressources financières des états et des services publics semblent tout indiqués (6).

Au printemps 1983, à l’initiative de Pehr Gyllenhammer, président de Volvo, de Umberto Agnelli ( celui de Fiat), de Wisse Decker( celui de Philips) soutenus par les 47 plus grands industriels Européens - (Etienne Davignon (Société Générale), Daniel Janssen (Solvay), André Leyssen (Gevaert), Jerôme Monod (Suez) Louis Schweitzer (Renauult) Alain Joly (Air liquide) Jean-René Fourtou (Rhone-Poulenc), Bayer, British pPetroleeum, Daimler Benz, Ericsson, Nestlé, Statoil, Siemens, Unilever, qui réalisent alors 950 milliards de chiffre d’affaire dans 17 pays et emploient 4 millions de personnes - se crée l’Européan Round Table (E.R.T.) qui s’occupera des commissions dans les divers secteurs économiques.

L’E.R.T. pèsera lourdement sur l’élaboration de la loi Européenne, avec ou pour la Commission, qui la fera imposer aux états membres; les Tablerondiers feront nommer - selon Gerard De Selys (6) - Jacques Delors à la présidence de la commission et lui dicteront son idée du grand marché; en économie concurrentielle, la rapidité est primordiale, et cette année là, la table ronde organise une vaste campagne de propagande, vue d’aboutir le plus rapidement possible à une privatisation généralisée de tous les services publics rentables. Des coupes sombres sont alors opérées dans les secteurs de la santé, de la sécurité sociale, des pensions et de l’enseignement. Le plus juteux et le plus prometteur, le secteur des télécommunications, sera vendu à bas prix au privé. Marché unique, nouvelles infrastructures, TGV, investissements dans les autoroutes, union monétaire, livre blanc de Jacques Delors sur la compétitivité internationale, déréglementation accrue, relèvent tous d’une étroite collaboration entre l’ERT et la commission, juge le rapport du Gresea, (7), qui constate l’étonnante uniformité des plaidoyers des dossiers de la commission et de ceux de l’ERT, analogies auxquelles Gerard de Selys ajoute les propositions Onkelinkx sur l’enseignement.

Pas vu à la télé non plus: le TABD

Autre indice entérinant la thèse qui estime que l’Union Européenne n’est qu’ un relais de l’Américanisation Globale: le TABD. Un peu d’histoire: après l’échec en 1994 du projet cher aux Britanniques et Américains de dissoudre l’Union Européenne dans une zone de libre échange avec les USA, l’avortement d’un bébé éprouvette en Mars 1998, sous l’étiquette de NTM (Nouveau Marché Transatlantique), et celui de l’AMI (Accord Multlatéral sur l’Investissment consacrant la subordination des états à l’expansion des multinationales (8), les milieux d"affaires et technocratiques décident d"enfanter un clone sous des enseignes du Partenariat Economique Transatlantique (PET) et le Cycle du Millénaire de l"Organsiation mondiale du Commerce(OMC), plus propices à dissuader les éventuels curieux. Sous couvert de lever les obstacles techniques aux échanges, parmi lesquelles les règles de protection sociales, sanitaires ou environnementales, il s"agit de parvenir à un engagement général en faveur de l"accès inconditionnel au marché dans tous les secteurs et pour tous ; l"objectif est de créer des réglementations minimales conjointes sur bases recommandations de entreprises en vue de créer de nouveaux débouchés. Les multinationales des 2 rives de l’Atlantique Nord ont puissamment influencé les travaux du PET grâce à un puissant lobby intitutionnalisé depuis 1995, le TABD(Transtlantic Business Dialogue) « plate forme de discussion » créée conjointement par la commission europénnne et par le ministère Américain du commerce; il réunit quelques 150 PDG des plus grandes entreprises de part et d’autre de l’Atlantique et formule des propositions pour accélerer la libéralisation des échanges; les protestations anti-mondialsation s’élèvent généralement contre l’OMC ou l’OCDE; le TABD jouit lui d’un quasi anonymat dans la société, ce qui renforce son efficacité auprès des décideurs publics (9). Au plan bilatéral, le TABD contribue à créer une zone de libre échange entre l’Europe et les USA qui permette aux marchandises, services et capitaux de traverser plus facilement l’Atlantique; il est surtout une interface de poids entre les gouvernements et les organisations multilatérales comme l’OMC. Il a mandat du gouvernement des USA, de la Commsissionn européenne et des 150 grandes sociétés qui le composent pour identifier les barrières au commerce Transatlantique, c’est à dire n ‘importe quelle proposition de règlement ou politique n’adaptant pas les ordres du jour des lobbies de chaque côté de l ’Atlantique; selon le CEO (10), l’implication active de fonctionnaires des niveaux les plus élevés du gouvernement des States et de l’Union Européenne en font une organisation bien plus dangereuse qu’un simple groupe de lobbying: le TABD brouille lui aussi la distinction traditionnelle entre gouvernement privé et public, le monde des affaires négociant pertinemment dans les forums quadrilatéraux à côté de leurs contreparties gouvernementales et montre la fusion qui existe pratiquement entre le mode politique et celui des affaires. Les contrôlés contrôlant les contrôleurs, on peut raisonnablement prévoir qu’il va de moins en moins être difficile de dénicher des appelés à être contrôlés rechigner au contrôle. Le TABD a oeuvré comme partie intégrée du processus de négociation Europe –USA sur les politiques commerciales: il a formé les ordres du jour, participé aux négociations officielles et contribué à maintenir les gouvernements responsables de la mise en place des accords. Ces réunions ont lieu derrière des portes fermées, beaucoup de documents essenteils n’étant pa s rendus disponibles au public, malgré la transparence récemment revendiquée parl’Union Européenne; les recommandations sur 2 du TABD a été mis internationalement en application. On doit par exemple, au TABD le renvoi de l’interdiction jusqu’en 2002 de l’interdiction de lancer sur lemarché Européen des cosmétiques testés sur des animaux hors de l’Union, la rédaction finale d’un projet de directive sur lematériel électrique et électronique et le projet de réduction de la portée des interdictions des matériaux toxiques, de la réduction de la responsabilité de leurs producteurs et de la libéralité concernant la réutilisation des sus-dits matériaux.

Le TABD n’est pas une organisation officielle: il s’agit d’un groupe informel composé de patrons qui gèrent les groupes de travail sur les points où ils veulent obtenir des résultats dans le commerce; toutes les tentatives pour ouvrir les marchés entre les States et l’Union Européenne ont été suggéréres par le TABD, qui se considère néanmoins comme une ONG. Jerôme Monod revendiquait d’ailleurs fièrement que le TABS était l’organisation qui avait le plus grand accès aux institutions politiques des deux côtés de l’Atlantique, les contacts avec les fonctionnaires Européens étant presque quotidiens, la commission Européenne étant « très coopérative » ; la commission a établi un document périodique , « les tables du TABD » destiné à juger si les exigences du TABD ont été remplies et s’enquérant du pourquoi au cas où elles ne le sont pas.
Et quand d’autres dialogues sectoriels translatlantiques se mettent sur pied, sur le travail (TALD), l’environnement ( TAED) ou la consommation ( TACD), le TABD reste incontournable ; il exerce aussi une veille active sur les discussions et décisions prises à l’OMC et à l’OCDE, le volet multilatéral de son action se concentrant sur la préparation et les objectifs du nouveau round de négociations à l’OMC, dont le TABD est un grand défenseur, en tout cas sous sa forme actuelle.

Donner le change

Pour donner le change et apaiser les milieux syndicaux, des consommateurs et écologistes, ces milieux se sont employés à bâcler (5) la constitution d’un Transatlantic Consumer Dialogue, d’un Transatlantic Labour Dialogue et d’un Transatlantic Environment Dialogue; produits industriels, services, marchés publics, propriété intellectuelle: dans une douzaine de domaines, ces ARM (accords de reconnaissance mutuelle) d’apparence technique mais en réalité politiques visent à aligner les normes et les exigences réglementaires avec pour résultat de démanteler les protections dont l’Europe s’est dotée. Il s’agit d’imposer aussi un condominium USA - UE en mesure d’imposer sa volonté au reste du monde et en particuler aux « pays du Sud »; la guerre pour la domination des marchés mondiaux à laquelle se livrent les multinationales des 2 côtés de l’Atlantique, soutenues par leurs gouvernements, et de plus en plus sauvage et ne s’embarrasse pas de légalité : lois extraterritoriales Américaines Helms Burton et D’amato Giman, contraires au droit international, guerre de la Banane perdue par l’UE aux mépris des accords de Lomé : le patronat Américain de l’alimentation a décidé de s’attaquer aux directives Européennes sur l’étiquetage écologique et à d’autres lois protectrices des consommateurs qui sont des « valeurs locales » et sont discriminatoires en ce qui concerne la concurrence internationale ; propriété intellectuelle et agriculture, droits des brevets et des semences, limitation au droit de constituer des stocks pour parer les risques de famine, marchés publics (clause du traitement national aux firmes étrangères), concurrence (levée du contrôle de l"état sur les OPA et les fusions d"entrepriies, les multinationales comptent forcer toutes les décisions grâce au lobbying du TABD, de l"ERT et du BIN (Business Investment Network).

« Transparence », déréglementation, libéralisation, ouverture des marché, bonne gouvernance ne concernent que les états et les citoyens, jamais les grandes entreprises: secrets des ententes et cartels, dumping et manipulation des prix, spéculation et délits d’initiés, criminalité financière, évasion fiscale blanchiment, espionnage et piratage, surveillance et exploitation des travailleurs, répression et discréditation des syndicats, pillage et appropriation privée des ressources collectives et du bien commun, corruption endémique des circuits économiques, des grands marchés et des appareils d’état: rien ne semble devoir arrêter les sociétés transnationales presque qu’exclusivement domicilées dans les pays du Nord les plus puissants (USA, Canada, Union Européenne, Japon), lancées dans une course accélérée de gigantesques fusions-concentrations bénéficiant pour la plupart de l’appui inconditionnel de gouvernements et instances internationales dévouées à leur cause et contrôlant de plus les moyens de communication, se livrant à une concurrence acharnée pour le contrôle monopolistique des marchés après avoir liquidé les services publics au nom de la Concurrence); elles ne rencontrent somme toute qu’une résistance localisée et sporadique. Tout ceci provoque de terribles ravages en toute impunité: paupiérisation accélérée, destruction des structures sociales de populations entières,effondrement des sociétés les plus faibles, écrasées par le poids des politiques d’ajustement structurel et de la dette, retour à la barbarie et aux conflits ethniques, multiplication des crises entraînant de brutales régressions du niveau de vie, explosion du chômage, accroîssement généralisé des inégalités et de la pauvreté y compis dans les pays les plus riches….

La propagande et ses outils

L’industrie des relations publiques est selon le rapport du GRESEA (7) un des outils cruciaux que les sociétés transnationales utilisent dans leurs efforts de lobbying; cette industrie aide les firmes à promouvoir leurs produits et à créer des images d’entreprsies commercialement séduisantes; et quand une firme ou un produit spécifique suscite la préoccupation du public, c’est à cette industrie des relations publiques qu’on fait appel pour gérer la crise, apaiser les inquiétudes, altérer la perception , récréer la réalité et fabriquer du consensus (11).
Aux USA, cette industrie s’est mise en place, selon le rapport du GRESEA (7), dès les années 70, quand le mouvement écologiste a pris l’initiative de faire appliquer une vague de nouveaux textes législatifs en matière d’environnement, textes considérés comme une menace pour les intérêts économiques de l’industrie américaine qui commença à adopter les mêmes stratégies que les militants de l’intérêt public avaient utilisé contre elles avec tant d’efficacité (12).
C’est à cette époque que fut créée des coalations d’industriels (l’US Business Roundtable par exemple), ayant pour objectif général de mettre fin à des réglementaions coûteuses et restrictives dont les écologistes étaient responsables, ou plus radicalement, comme le déclara un représentant de l’industrie pétrolière de « mettre hors d"état de nuire le lobby écologiste », l‘industrie des relations publiques enregsitra des résultats significatifs en utilisant des tactiques commme le sabotage d’initiatives progressistes liées à la santé et considérées comme hostile aux entreprises l’encouragement délibéré à la désinformation scientifique et le recours massif aux médias et aux leaders d’opinion.

Une myriades d’analystes et de producteurs d’information collaborent à la mission de brouiller les cartes et de lancer les curieux sur de fausses pistes. Les institutions de recherche et autres boîtes à idées préparent quantité d’études sur les questions juridiques sociales et économiques dans une perspective favorable aux milieux d’affaires qui sont par ailleurs leurs bailleurs de fond, ces travaux étant ensuite crédibilisés par les circuits d’information nationaux et locaux où ils ont leurs entrées, le financement de la quasi totalité des médias par ceux qui ont les moyens d’acheter de l’espace et du temps d’antenne garantissant un appauvrissement informationnel et culturel continu (13).

Une activité en pleine expansion

En 1999, aux USA,les firmes juridiques , de relations publiques et de lobbying qui assistent les entreprises dans la pouruite de leurs objectifs politiques constituaient un des secteurs qui enregistrait les taux de croissance les plus élevés (7). En Europe ces industries constituent un phénomène plus récent: l’appareil de relations publiques de Bruxelles s’est développé en réponse à l’émergence en Europe à partir des 90ies, de groupes de lobbying au service des entreprises.
La centralisation du pouvoir politique au sein des entreprises européennes offre des conditions de travail idéales (7) aux groupes de lobbying des entreprises et leur procure un avantage significatif sur les groupes de citoyens travaillant à l’échelon européen, organisés de manière bien moins efficace, selon le GRESEA, qui estime à 15000 les professionnels du lobbyng travaillant, en 1999, à Bruxelles(19).
Toujours selon le Gresea, bien que dans l’Union Européenne les pots de vin ne soient pas légaux, comme aux USA, des ‘’témoins bien placés’’ affirmeraient que de l’argent s‘échangerait sous les tables à Bruxelles. Ces consultances de lobbying aident leurs clients à nouer d’importantes connexions, à s’orienter au sein de l’appareil Bruxellois et à comprendre les « subtilités culturelles » au sein de l’Union Européenne.
Shadwick, par exemple, seconde entreprise mondiale en « relations publiques » a ouvert un « bureau d’affaires publiques » à Bruxelles ; Shadwick opère dans tous les principaux domaines couverts par l’Union europénnne et se targue d’une familiarité – nécessaire en termes de capacité à influencer - avec le monde médiatique Bruxellois (20).
Selon le rapport du GRESEA(7), toujours, « il fait peu de doutes que nous ne sommes qu"au début de l"ascension de firmes comme Shadwick qui introduiront de façon croissante les tactiques éprouvées auparavant aux USA » Les lobbystes sont donc quasiment intégrés aux strcutures de réflexions et de décision de l’appareil Bruxellois, et si l’activisme n’est pas répréhensible en soi, estime Susan Georges (21), la connivence est bien plus grave lorsqu’on connaît les liens personnels ambigus qui peuvent exister entre certains parlementaires ou commissaires et les grands groupes comme l’ERT ou le Comité de la Chambre de Commerce Américaine; mais, estime l’observatoire de l’Europe Industrielle, ce qui est beaucoup plus dangereux, c’est l’influence intellectuelle et institutionnelle des grands lobbies liés aux principales multinationales sur la politique même de Bruxelles. En dépit des intentions affichées de l’Union Europénne d’arriver à plus transparence (tous les documents seraint disponibles), le secret reste de mise, comme en témoigne la plainte déposée par le CEO(22) actuellement étudiée par l’Ombudsman Européen Jacob Söderman, concernant le refus de la commission Européenne de lui accorder l’accès aux documents principaux de la communauté Europénne au TABD.

La science est mon berger

Un des moyens de faire régner l’ordre dans les rangs est de s’assurer la maîtrise des définitions, de faire la police des idées, d’être capable de formuler et de diffuser la vision de la réalités qu’on veut promouvoir. Pour ce faire l’ensemble du dispositif éducatif doit être mis à contribution en même temps que les médias, l’industrie du diverstissement et les mécanismes politiques. Dans maints domaines, les USA se sont assurés le contrôle du vocabulaire des concepts et du sens; c’est que les States disposent de quantité d’institutions de recherche et de boîtes à idées auxquelles collaborent des milliers d’analystes et d’experts qui produisent de l’information sur des questions juridiques, sociales et économiques dans une perspective favorable aux thèses néolibérales, à la mondialisation néo-libérale et aux milieux d’affaires, et dont les travaux sont médiatisés et diffusés à l’échelle mondiale. On vu ainsi apparaître des experts rendus crédibles par les stratégies de légitimation drapant des savoirs administratifs, policiers ou économiques d’une parure savante donc neutre et apolitique, ces dicours s’imposant par leur omniprésence médiatique et leur entrée dans les cénacles universitaires, les collectivités locales, les milieux administratifs, syndicaux etc…(14). Le néo-libéralisme, resucée simpliste de doctrines du début du 19ème siècle doit plus sa conquête mondiale à l’intelligence stratégique de ses promoteurs et aux centaines de millions de $ injectés dans son édification idéologique qu’à son génie propre. Pour un néo-libéral, la liberté individuelle ne résulte nullement de la démocratie politque ou des droits garantis par l’état: c’est être libre de l’ingérence de l’état, celui-ci devant se limiter à fixer le cadre permettant le jeu du libre marché, qui répartira au mieux les ressources, l’investissement et les ressources, la charité et le volontariat privé étant chargés de remplacer les programmes publics destinés aux groupes socialement défavorisés. C’est pourquoi , à partir de 1945, le mouvement néo-libéral n’a cessé de recruter penseurs et bailleurs de fonds et de se doter de moyens financiers et instituonnels importants, son arsenal idéologique se composant de Boîtes à idées (Think tanks) dont les plus influentes se trouvent aux USA. Ainsi l’American Entreprise Institute a été mis sur pied en 1943 par des hommes d’affaires pour s’opposer à divers aspects du New Deal et s’est toujours distingué par son sens des relations publiques et intellectuelles, travaillant directement avec les membres du congrès, la bureaucratie fédérale et les médias. Dans les années 1980, l’AEI employait 150 personnnes dont une cinquantaine se consacrait exclusivement à la recherche et la production de livres, rapports et analyses ou recommandations politiques et économiques. La Hoover Foundation en activité, depuis 1973 dispose d’un budget de 25 millions de $ et produit quelques 200 documents par an; elle est particulièrement active auprès des médias. Susan Georges mentionne aussi , le Cato Institute, avocat du gouvernement minimaliste spécialisé dans les études sur la privatisation et le Manhattan Intitute for Policy Research fondé par William Casey, futur directeur de la CIA, dont la critique des programmes gouvernementaux de redistribution des revenus a été très influente. Ces deux boîtes à idées, financées par les milieux d’affaires, ont invariablement recommandé le marché comme solution à tous les problèmes sociaux.
Entre les think tanks et le gouvernement , il a toujours existé un système de vases communicants ( parachute en Belge) permettant aux anciens combattants de la présidence Nixon, par exemple, de trouver refuge pendant l’interrègne de Jimmy Carter, comme pour ceux de l’époque Reagan-Bush sous la présidence Clinton.

En Europe, le réseau d’institutions néo-libérales est selon Susan Georges (14), moins étoffé quoique le « centre for Policy Studies, l"Intitute of Econmics Affairs et surtoutl"Adam Smith intitute de Londres qui a fait plus »que n"importe quel autre pour promuvoir la doctrine de la privatisation dans le monde entier» (15). Et bien sûr la Société du Mont Pèlerin, qui s’est réunie à 26 reprises ntre 1947 et 1994 , à chaque fois dans une ville différente, qui compte 6 prix Nobel d’économie (qu’elle n’héiste pas à revendiquer, les Mont Pélerinistes souhaitant éviter la publicté et la médiatisation quant au reste de la liste ses membres.
Et de toute façon, vu les facilités de circulation des « savoirs » actuelles, il était beaucoup plus facile et économique pour l’Europe d’entériner la production idéologique Américaine .

Les économistes de la Banque mondiale des années 60 partageaient le même éthos réformiste que les administrations de Kennedy et Johnson, ses grands thèmes de développement étant l’allègement de la pauvreté, la croissance et la redistribution. Avec l’arrivée de Reagan et la crise de la dette en 1981, la banque Mondiale fut décrétée « bureaucratie dépensière désireuse de se substituer au secteur privé » , une enquête étant commandée par le secrétariat au trésor pour déterminer si elle avait des « tendances socialistes ». L’organisation du service fut drastique, 29 postes sur 37 étant liquidés et remplacés par des économistes néolibéraux, plus axés sur la formalisation mathématique que sur le développement ; un système de surveillance fut mis en place, destinés à ficher les économistes en fonction de leur appartenance aux diverses écoles de pensée, l’économie néo-classique pénétrant toutes les évaluations de projets.

En plus de financer à coups de centaines de millions de $ de cette industrie destinée à légitimer « scientifiquemnt » les intérêts privés, les grandes fortunes Américaines soutiennent aussi les revues et magazines qui diffusent ses idées: 4 magazines néo-libéraux parmi les plus importants recevaient en 1993 27 millions d $ de diverses sources alors que les 4 seules revues progressistes américaines d’audience nationale ne bénéficiait que 269.000$ en contributions charitables.
Sous couvert de recherches et de scientificité, des instituts cossus , financés par des entreprises croulant sous les profits ont voulu en finir avec le rôle de l’état (16), l’argent permettant d’organiser la notoriété et le « champ » dans lequel se déroulaient les débats créés de toutes pièces et de prendre le marché de l’opinion: la boucle idéologique est bouclée quand on arrive à occuper les pages de débats des grands quotidiens, les ondes et les débats: ce triomphe de l’idéologie néo-libérale a été pratiquement obtenu sans coup férir (14).

Le monde merveilleux du travail

IDT, Europe, Philips, Marks et Spencer, DuPont, Danone, Sabena: des milliers d’emplois sont régulièrement perdus; ce qui ne poserait pas de problèmes selon certains: ces travailleurs devraient facilement retrouver de l’emploi s’ils consentent à s’adapter, c’est à dire à accepter plus de flexibilité sur le plan des horaires, des connaissances, de l’expérience etc...(22).
Tous les acquis sont actuellement mis sur la sellette ;afin de garantir les bénéfices, le monde du travail doit renoncer à des droits pour lesquels il s’est durement battu dans le passé. Le bradage du secteur public rentable n’est qu’un exemple de l’offensive contre ces acquis, où on voit le capital privé prendre les commandes; démanteler l’emploi et les statuts du personnel des services publics constitue une priorité afin d’y injecter du capital privé dans le cadre d’une « politique active de l"emploi », la priorité de l"Europe étant de soulager les entreprises par les allègements fiscaux et toutes sortes de cadeaux sous forme de main d"oeuvre à bon marché (24), tout cela en vertu du libre marché des capitaux où la spéculation professionnelle gigantique (fonds de pension anglais et américains notamment) vont et viennent aux dépens des emplois stables, de la santé et de la sécurité de la population. Fusion géantes et donc suppression des emplois doubles, chasse aux employés permanents à remplacer par des contrats provisoires plus facilement révocables en cas de baisse d’activités, flexibilité totale: autant de recettes préconisées par les fonds d’investissement.
Les coups d’accordéon de personnel en fonction du niveau d’activité et des performances bourisères de la société sont la règle: le modèle américain a trouvé son équilibre dans son extrême mobilité; on peut perdre et retrouver un job du jour au lendemain; les compagnies n’éprouvent aucune réticence à virer, la procédure de licenciement étant très simple, les indemnités peu élevées, les salariés acceptant leur sort avec sérénité.
Il en va autrement en Europe,où les entreprises ont un problème avec leur législation beaucoup plus lourde et ont résolu la question en ayant recours aux contrats précaires: intérim et contrat à durée déterminée: 9 embauchs sur 10 se font désormais sous cette forme en France, ce qui entraîne une certaine aigreur ds employés, le mot flexibilité étant tabou: c’est pourquoi Jacques Chirac parle « d’employabilité » et François Hollande de « plus de liberté de choix pour le salarié»
Formidable hypocrisie: la flexibilité s’est développée avec le concours actif des pouvoirs publics; les gouvernements successifs ont élaboré des dizaines de contrats spécifiques, subventionnés, provisoires: contrats de qualification, d’apprentissage, d’accès à l’emploi, ACS, TCT, contrats initiative-emploi, destinés à contourner nos lourdes législations du travail: le catalogue d’aides à l’emploi tend avec les années vers l’encyclopédisme, l’état ayant considérablement élargi la gamme des contrats précaires en incitant financièrement les entrreprises à les utiliser ce qui a contribué à l’éclatement du marché du travail.
Nombre d’entreprises fonctionnent avec un stock régulièrement renouvelé de contrats en alternance, de stagiaires ou d’emplois jeunes: c’est le cas pour les postes qui ne nécessitent pas un long apprentissage, où les nouveaux venus peuvent être rapidement opérationnels sans que l’entreprise aie besoin de trop investir dans leur formation.

Des groupes en excellente santé annoncent la suppression de milliers de postes sous les vivats de la communauté financière qui les récompensent. La saignée n’intéresse les investisseurs que quand elle est pratiquée alors que l’entreprise est en pleine forme, le faire quand elle est en difficulté étant considéré comme relevant de l’imprévoyance et de la mauvaise gestion.
La fonction des plans sociaux a changé: aujourd’hui on licencie à titre préventif, pour améliorer d’avantage encore sa rentabilité et doper les dividendes des actionnaires. D’où la panoplie fournie de méthodes raffinées, perverses ou brutales développées par les entreprises pour se débarasser de leurs salariés.
Les plans sociaux sont souvent menés de façon routinière sans beaucoup de réflexion en amont ni de suivi en aval, souvent selon le même processus, des généraux aux adjudants: pression des actionnaires, PDG réclamant une hausse de productivité, directeur général traduisant la suppression des postes, directeur général des ressources humaines proposant un plan de suppressions, directeur de département recevant un quotas de postes à supprimer et chefs de service annonçant aux élus du dégraissage qu’ils posent un problème.
En amont de la chaîne de licenciements se trouvent les actionnaires, en particulier les plus puissants, les fonds de pension et d’investissement anglo-saxons: Fidelity Investment le numéro 1mondial gère un portefeuille de 24000 milliards de FB soit 2,5 le budget de la France ; Templeton, autre Titan, détient 6600 milliards de FB, Calpers, les fonds de retraite des fontionnaires Californeins 3990 millards de FB
De tels mastodontes n’ont qu’à poser la patte dans un petit pays pour que son paysage s’en trouve modifié: les fonds de pension Américains détiennent 51% d’ELF, 50 de Total, 45 de la société générale, 42% de Vivendi, 39% de Suez-Générale des eaux. Toutes ces opérations se traduisent par des réductions d’effectifs, devenues le moyen privlégié de créer de la valeur pour l’actionnaire et qui permet de diminuer les charges, de faire rapidement monter les bénéfices, le cours de la bourse et donc le gain des investisseurs.

De plus les investisseurs ont faite en sorte que les dirigeants soient rémunérés pour une bonne part de stock options qui permettent à son propriétaire de les acheter à un prix déteminé au moment de l’attribution et de les revendre au cours du marché : en liant la fortune des tops managers au cours boursier, les investisseurs s’assurent qu’ils partageront leur vison de l’entreprise; Claude Béabar, par exemple, président d’AXA, a reçu depuis 1990, 2millions de stock-options a des prix variant entre 780 et 2700 fb; depuis elles valent 4800 fb; bénéfice pour Bébéar: 9 milliards de fb.

Métaphysique du dégraissage

Ce sont toujours les mêmes méthodes qui sont recommandées par les investisseurs et les managers qui les appliquent avec zèle: fusions géantes, recentrages, dégraissages, cette pensée unique est en train de s’imposer: hommes et femmes ne sont plus que des unités de compte, des variables d’ajustement économiques.
Ceci dit des voix s’insurgent parfois: des études réalisées dans le secteur bancaire américain montrent, qu’à moyen terme, aucune fusion n’a débouché sur une augmentation significative de la rentabilité ni de la valeur de l’action; de même l’efficacité des saignées préventives est aujoud’hui mise en doute (24).
Les calculs sont faussés: l’emploi n’est considéré que comme un coût; or le salarié représente aussi un gain: expérience, savoir faire, compétence, idées, carnet d’adresse: exit la colonnne crédit du poste de travail: la suppression d’un employé permet d’économiser son salaire et les charges sociales afférentes, c’est tout.
Or un licenciement côute un an de salaire: indemnités, charges, mesures sociales,
Sans tenir compte des coûts indirects: détérioration de la qualité et augmentation des accidents dus à la surcharge de travail reportée sur ceux qui restent, recours accru à l’intérim, à la sous-traitance ou à des consutants pour compenser la saignée d’effectifs et les pertes de compétences…
Chaque échelon hiérarchique se contente de reproduire les ordres venus d’en haut, de fournir son quota licenciés et personne ne songe plus à s’interroger sur le bien fondé des suppressions.
Les saignées d’effectifs sont souvent exécutées de façon machinale, sans aucune réflexion; chaque échelon hiérachique se contente de reproduire les ordres venus d’en haut, de fournir son quota de licenciés et personne ne songe plus a s’interroger sur le bien fondé de la suppression de tel service, de tel poste, encore moins sur les alternatives possibles: on se contente de la gestion et de l’ enchaînement mécanique des décisions à partir d’une impulsion venue du sommet.

Baisse des coûts

Il peut arriver que science économique rime avec erreur, imposture, désinformation etc…Un exemple représentatif ? Le rapport Pisani-Ferry, en France, sur l’impact de la baisse des coûts du travail sur l’emploi a pris une de ces voies bizarres que la « science » économique emprunte à l’occasion. Ce rapport est Français mais concerne somme toute, tous les Européens.
Selon le rapport Pisani-Ferry, le débat sur l’efficacité de la baisse du coût du travail n’a plus lieu d’être; le consensus s’est réalisé (on vient de voir plus haut par quelles méthodes ce consensus a été acquis) au sein des administrations économiques pour évaluer l’impact des allègements de cotisations sur les bas salaires sur l’emploi créé à terme, en France. Selon ces estimations, une baisse de 10 % des coûts du travail permettrait une hausse de 6% du nombre d’emplois, ce qui est un fantasme intéressant, selon Nikonoff (17); mais le rapport Laroque et Salanié fait plus fort en annonçant à l’aide de son modèle (très contestable selon la fondation COPERNIC) que les allègements «bas salaire» amèneraient la création de 490000 emplois en France, toujours; la palme revint néanmoins à Laffargue du Cepremap, qui évalue, lui cet impact à 800000 emplois (18); la publication des travaux de Laroque et Salanié (25) a d’ailleurs fait l’objet de vives critiques.

Ce modèle prétend, selon Jacques Nikonoff, démontrer que le SMIC, en France, rend inemployables des personnes insuffisamment productives, résultat tautologique s’il en est, basé, estime la fondation COPERNIC (25), par le postulat non démontré que le non emploi des moins qualifiés s’explique par une productivité inférieure au SMIC: ces personnes seraient donc privés d’emplois par une législation qui empêcherait les employeurs de payer leur travail au prix très bas (inférieur au SMIC) que leur médiocres compétences leur permetttrait au maximum de revendiquer: Supprimer le SMIC, continue le rapport Pisani-Ferry, leur donnerait la chance de travailler et conduirait à 570000 emplois, chiffre critiqué par la fondation Copernic, qui estime qu’il ne résulte pas d’une modélisation rigoureuse et correspond simplement à l’effectif des chômeurs peu qualifiés.
Derrière ces évaluations, se cache une véritabe imposture, continuent Nikonoff et Cie(25): aucune évaluation ex-post n’a été réalisée; Laffargue et Salanié se sont bornés à des jeux d’équations purement mathématiques réflétant une vision purement libérale de l’économie comme une ensemble de marchés parfaits; elle est basée non sur des paramètres mesurés (analyse statistique et empirique), comme l’exige une démarche intellectuelle rigoureuse, mais sur les a-priori des auteurs.
La fondation Copernic, reconnaît néanmoins que ces exonérations ont eu un effet sur l’emploi à temps partiel, qui, si il a dégradé les contenus, a aussi accru leur nombre sans discussion possible; et c’est ce développement du temps partiel visant prioritairement les emplois féminins peu qualifiés qui explique en grande partie la part croissante des emplois peu qualifiés dans l’emploi total. Mais, il reste à démontrer que les exonérations sur « bas salaires » ont eu des effets sur la croissance du nombre global d’heures travaillées. Pour trancher ce débat, les maquettes théoriques et les arguments d’autorité n’ont aucune valeur: seules les études empiriques sont recevables, or il n’en existe aucune en France sur l’impact des exonérations « bas salaires »
Les affirmations péremptoires de Pisani-Ferry reflètent surtout un quasi-consensus actuel parmi les macros-économistes, mais semblent dénués de fondement solide; la fondation Copernic, estime que si on bien assisté a un « enrichissement de la croissance en emploi » depuis les années 80, il est aujourd’hui impossible de démontrer qu’il résulte significativement des allégements de cotisations sur les bas salaires.

Le rapport Pisani-Ferry postule aussi qu’il est possible de modifier le partage de la valeur ajoutée entre salaires et profits et que la seule répartition modifiable se situe au niveau de la masse salariale; or toutes les études montrent que depuis 20 ans, le partage de la valeur ajoutée s’est faite au détriment des salaires et à l’avantage des profits, réduction de la part salariale obtenue par augmentation du chômage et par stagnation ou progression à un rythme inférieur à celui de la croissance du PIB des salaires individuels. En Europe le coefficient de restitution des gains de productivité aux salariés a été réduit de 0, 75 (1961 à 1974) à 0,36 (1980-1998) ; en France la part de masse salariale a perdu 10% de pourcentage dans le PIB, passant de près de 70% à moins de 60%, alors que la productivité progressait de 26 %.

De 1981 à 1999, la part des marges des entreprises dans la valeur ajoutée a connu une progression permanente. Même s’il reconnaît ces chiffres, le choix du rapport Pisani-Ferry est de prôner la modération salariale et de considérer que la norme imposée par logique de rentabilité financière depuis 20 ans est désormais intangible. Mais qu’est ce qui l’autorise à considérer que 40% de la valeur ajoutée aillle au capital constitue une loi de nature? Une politique macro économique ne pourrait-elle oser différencier rentabilité financière et efficacité économique? Les profits records engrangés par les principaux groupes industriels et financiers n’autorisent-t’ils pas une redistribution plus équitable (réduction du temps de travail, hausse des salaires) des gains de productivité sans crainte pour la compétitivité des entreprises? Si ces gains de productivité ne peuvent être utilisés ni pour financer les futures retraites (nécessaires avec le vieillissement démographique), ni pour réduire le temps de travail en vue d’alléger la peine du monde du travail, de répartir l’emploi et améliorer la qualité de vie, ni pour amliorer la qualité de l’enseignement et de la culture, ni pour augmenter les salaires, nii pour financer de nouvelles dépenses collectives, ils ne leur reste évidemment plus qu’à gonfler les réserves des détenteurs de capitaux qui ont réussi à persuader tout le monde y compris eux même, que le mérite des réussites des pays du Nord leur revient.

Quand on sait qui finance la science économique, le consensus qui règne actuellement chez les macros-économistes concernant les vertus illimitées de la baisse du coût du travail étonne moins; la prégnance du modèle élémentaire de détermination de la demande de travail et la domination de l’imaginaire libéral sont un élément important de l ‘explication, estime la fondation Copernic (25); mais la crédibilité politique des allègements de cotisations sociales reposent sans doute sur leur capacité à créer un consensus de politique économique entre économistes néo-keynésiens soucieux de préserver des outils de cohésion sociale et les libéraux désireux de réduire à tout prix le coût du travail et d’accroître la rentabilité du capital ; de la même façon, les partisans de l’impôt négatif rassemblent aujourd’hui des sociaux-libéraux soucieux d’accroître le pouvoir d’achat des salariés au bas de l’échelle sans augmenter les coûts des entreprises, et des libéraux, qui y voient le cheval de troie de la déréglementation complète du marché du travail.

Toujours est–il que ce genre de travaux, encensés par le Medef (Mouvement des Entreprises de France) et labellisés Insee (Institut Natioanl des Statistiques et des Etudes Economiques ) font autorité en dépit de leur faiblesse scientifique: ils présentent en effet l’avantage de conforter le discours selon lequel le chômage serait avant tout le résultat d’une grande exigence des travailleurs, d’un SMIC et d’un RMI trop élevé, démonstration qui va à l’encontre de l’évidence de ces dernières années et implique, juge la fondation COPERNIC d’un avilissement de la démarche scientifique en économie.

Baisse des coups

Emilio Gabaglio, secrétaire general de la Confédération Européenne des Syndicats, osait remarquer récemment (28), que les droits syndicaux sont formulés de telle façon que leur portée s’en trouve amoindrie, aucune perspective n’étant donnée aux chartes pour lui donner une légitimité contraignante dans chaque pays et chaque entreprise: qu’importe le statut du texte, pourvu que tous en veuillent bien, telles sont les sirènes fatalistes qui baignent les politiques. Il ne faudrait donc pas se faire d’illusions quant aux édifications actuelles d’une fausse fenêtre sociale constituée de vagues recommandations sans caractère contraignant.

La mise en place de structures syndicales de dimension Européenne est pourtant aussi vieille que la construction Européenne; mais la déchirure de la guerre froide a frappé de plein fouet les syndicats, les dirigeants syndicaux communistes percevant l’Europe fondée sur l’aide Américaine du plan Marschall comme une agression politique et économique envers l’Union Soviétique (29). Les 2 courants syndicaux sociaux-démocrates et sociaux-chrétiens constitueront certes une structure de réprésentation auprès de chaque institution à dimension extra-nationale ou Européenne (Bénélux, OECE, Agence Européenne de productivité, Communauté Europénne du charbon et de l’acier, …) mais un autre état d’esprit va s’installer: la majorité de la classe Européenne ne les considère pas comme des interlocuteurs privilégiés et ils vont de voir endurer une marginalisation croissante au sein du système décisionnel communautaire. En 1973, se crée la Confédération Européenne des Syndicats (la CES, regroupant tous les syndicats sociaux démocrates de l ‘Europe de l’Ouest s’ouvrant rapidement à leurs homologues communistes, au fur et à mesure qu’ils prennent leurs distances avce Moscou, et sociaux chrétiens. Depuis, la CES regroupe 74 confédérations nationales provenant de 34 pays et représente 60 millions de syndiqués. Mais ce regroupement n’a toujours pas permis de créer un rapport de forces favorable au sein de l’Union européenne. C’est, explique Corinne Gobin,chercheuse à l’Institut d’Etudes Européennes (29), quel le syndicalisme pratiqué au niveau communautaire reste l’affaire d’experts et de dirigeants, « la mobilisation de la base restant du domaine du virtuel faute de tentative sérieuse de la déclencher ».
Le syndicalisme Européen a seulement pris la forme de mini-ambassades de réprésentation auprès des institutions de la CEE puis de l’union. L’osmose s’est très prévisiblement installée avec le milieu ambiant, le mode technocratique de pouvoir imposant de ne traiter qu’avec des chefs et des experts, d’où l’absence d’articulation entre les niveaux nationaux et communautaires et le développement d’une conscience militante Européenne dans le chef des militants. Coupés de leurs bases et sans points de repères transnationaux, les représentants du salariat ont assimilé de façon plus ou moins marquée, estime Corinne Gobin, l’idéologie Eurocratique, ce ralliement s’accentuant avec les très fortes pénétrations des idées néolibréales au sein des partis sociaux démocrates et démo-chrétiens; à ceci s’est ajouté durant les années 1980, l’accroissement de la dépendance financière du syndicalisme Européen à l’égard des institutions Européennes, Jacques Delors jouant un rôle clé dans cette évolution. Le « dialogue social Européen » cher à Jacques Delors, a surtout servi en 10 ans à faire accepter et intérioser les politiques d’austérité, de compétitivité, de privatisation et de flexibilité. Dans le cadre technocratique Européen, on tente d’éviter tout conflit à travers une gestion administrative de la chose publique, ce qui présente l’avantage de réserver à priori le débat aux experts choisis: la norme technique prend la place du débat d’idées, tenu a priori pour irréaliste ou utopiste, et de toute façon mal vu jusque dans les cénacles nationaux ; tout ceci affaiblit ou neutralise tous les lieux d’expression de conflictualité et de créativité sociales. La reconnaissance des syndicats comme partenaires de la commission est très ambigüe: ils sont de plus en plus consultés comme des experts du social et non comme les porteurs d’une revendication sociale et politique; et les mauvais pensants de se demander si le double objectif de leur « participation » n’est pas d’entrenir le fatalisme de leur base quant à la mondialisation et ce qu’il en decoule et de donner une allure, un vernis consensuel aux choix et aux décisions de l’UE. Les méthodes de consultation des syndicats au niveau Européen visent essentiellement à leur enseigner à « penser juste » continue Corinne Gobin (29), qui, si elle constate qu’une forte réduction collective du temps de travail sans perte de salaire (ce qui se justifie par le principe – décrété démodé par tous les évéchés de la néo-économie - de la redistribution des gains de productivité) fait officiellement partie du catéchisme des revendications centrales de la CES depuis 1976, remarque que nous sommes encore très loin de l’avoir mis en branle et conclut qu’il serait naïf de penser qu’une petite oasis sociale pourrait un jour émerger d’un espace régi par le culte du marché et du libre échange.
Dans les prochains numéros: l’Europe, l’enseignement, l’Américanisation de la recherche, la pensée, la fiscalité Européenne,les services publics, la santé, la culture....

Frank FURET

     
 

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