L'avenir de l'informatique, Excès technologiques

Banc Public n° 95 , Janvier 2001 , Catherine VAN NYPELSEER



Bruno Lussato - ce Français qui avait découvert le micro-ordinateur avant les Américains, mais fut moqué (et même boycotté) par les tenants de l'informatique centralisée - nous prédit maintenant l'avènement de l'ordinateur du troisième type: simple, bon marché, petit et nomade.
Cet ordinateur existe déjà, mais les auteurs, qui ont vécu l'épopée de l'informatique depuis ses débuts, ont cru nécessaire d'écrire tout un livre pour défendre cet outil précieux contre les coups-bas des génies du... commerce du style Bill Gates, le patron de Microsoft, et les résistances des milieux informatiques des entreprises, cherchant à défendre leur propre utilité et leur pouvoir.

François de Closets n'a besoin que de fonctionnalités très simples de son ordinateur: traitement de textes, tableur, pas d'images ni de son, il ne s'en sert pas pour monter des films. Ces fonctionnalités étaient rencontrées par le premier micro, l'Apple II. Il gère par exemple des fiches de préparation de ses émissions à la télévision; pendant des années, son système fonctionnait parfaitement, jusqu'à ce qu'on lui installe un PC sous Windows dernier cri, qui a calé sans sortir une seule fiche la veille de l'émission, sans que personne ne trouve cela anormal. Alors qu'il s'était toujours débrouillé seul, il devait faire appel aux spécialistes du service informatique. Où est le progrès? Et il estime que de nombreux utilisateurs sont dans le même cas que lui: ils traitent des textes, pas des images, de la musique, des vidéos...

Ils font à l'intention du grand public la complainte de l'utilisateur de PC sous Windows, obligé de racheter sans cesse de nouvelles versions de ses programmes, où les "bugs" des précédentes sont censés être corrigés, pour conserver la possibilité d'échanger leurs données avec les autres clients du fournisseur monopolistique de logiciels bureautiques, Microsoft.

Comment se fait-il que tout le monde - et spécialement ceux qui avaient connu les premiers micros-ordinateurs, bien plus simples et fiables - ait accepté de travailler avec des appareils aussi peu efficaces: plantages, pertes de données, attente devant le "sablier", multiples options inutiles alourdissant les écrans et nécessitant des heures de formation dans d'énormes manuels ?

Pendant la même période, le marché de l'automobile a réussi lui aussi a maintenir ses prix unitaires à un niveau constant, alors que l'évolution industrielle aurait dû entraîner une diminution des prix, mais, au contraire des ordinateurs personnels, avec une très importante amélioration technique répercutée chez l'utilisateur: fiabilité, sécurité, les standards sont bien plus élevés qu'il y a quelques années et il n'est plus question de prétexter une panne quand on arrive en retard à un rendez-vous.

Pour le comprendre, on revoit l'histoire de l'informatique: la création d'IBM, sa montée en puissance, son aveuglement par rapport aux ordinateurs de la deuxième génération, les micro-ordinateurs, et corrélativement la manière grandiose dont il s'est fait posséder (parce que le contrat en question ne paraissait pas important à Big Blue) par un petit étudiant nommé Bill Gates, à qui il commanda un système d'exploitation - le programme de base d'un ordinateur, qui coordonne ses différents composants -, le désormais célèbre MS-DOS, sans s'en réserver l'exclusivité, et en s'obligeant à informer son futur concurrent de ses projets!En contrepoint, ils nous présentent ce qui sera selon eux le système d'exploitation de demain: Epoc, notamment, un système léger et très fiable se logeant en carte mémoire "flash" (plus besoin de disque dur et de pièces mécaniques, les données se trouvent sur une carte amovible quasiment indestructible, facilement copiable), qui a été développé à l'économie - de place, de ressources - pour les agendas électroniques devenus ordinateurs de poche Psion, firme qui s'est ensuite associée pour être suffisament puissante avec de gros fabriquants de téléphone portables comme Nokia, Eriksson, Motorola.

David Potter, qui dirige Psion , se prédit un marché de 100 millions d'ordinateurs de poche pour tout de suite, un marché sans commune mesure avec celui détenu par Microsoft, qui tente d'éviter le déclin grâce à sa puissance financière en prenant des participations dans les nouvelles technologies (pas toujours avec clairvoyance puisqu'il avait investi notamment dans Leernout et Hauspie et n'avait d'autre part pas vu venir le succès d'Internet).

François de Closets et Bruno Lussato réfléchissent à l'évolution de l'informatique et tentent d'en deviner les prochaines étapes. C'est un exercice très difficile: L'histoire industrielle du XXe siècle regorge d'exemple de firmes qui ont démarré à partir d'une invention à laquelle personne ne croyait, qui ont connu un succès phénoménal, puis se sont sclérosées, n'ont pas su détecter les nouveautés porteuses de succès, malgré qu'ils aient parfois recruté des futurologues ou créé des laboratoires de recherche pour éviter cela, comme Xérox qui vendit pour une bouchée de pain le système de fenêtres développé dans son laboratoire de Palo Alto, qui allait donner naissance au Macintosh de Apple puis à Windows de Microsoft.

Ils voudraient que les utilisateurs de l'informatique soient plus exigeants et obtiennent des systèmes correspondant enfin aux possibilités techniques actuelles. Ils veulent des outils légers, bon marché, peu gourmands en énergie, dont la prise en mains ne dure qu'une demi-heure et la maîtrise une journée maximum. Ces ordinateurs pourraient enfin être utiles dans les pays en développement qui n'ont que faire des gadgets comme les jeux électroniques ou les options sophistiquées de mise en page dont personne ne se sert.

Pour eux, ces outils existent déjà: Psion, NetBook (un ordinateur de la taille d'un livre qui permet de se connecter à Internet), ce qu'ils appellent les ordinateurs nomades, au contraire des PC encombrants et - pour les portables - peu autonomes. Lors de démonstrations, les utilisateurs sont enthousiastes. Mais les auteurs ne croient pas que le marché choisisse nécessairement le meilleur. Trop d'intérêts financiers, trop de situations acquises, mais aussi le sentiment d'incompétence des utilisateurs, au contraire d'un marché comme celui de l'automobile, rend ce marché vulnérable aux manipulations. En fin de compte, nous aurons l'informatique que nous méritons...

Catherine VAN NYPELSEER

     
 

Biblio, sources...

L'imposture informatique, François DE CLOSETS et Bruno LUSSATO, éd. FAYARD, 314 p., 750FB.

 
     

     
   
   


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