UN PRIX EXEMPLAIRE ET PARADOXAL

Banc Public n° 56 , Janvier 1997 , Henri ROM



La Ligue belge des droits de l’homme vient de se signaler à l’attention de l’opinion publique par une initiative étonnante.

Cette vénérable institution avait décidé, lors de son assemblée générale du 30 mars 1996, de créer un prix au nom de l’un de ses «dirigeants historiques» Régine Orfinger-Karlin. C’est une opération classique, un hommage à un ancien.Résistante armée, militante féministe et antiraciste, cette avocate qui porte vigoureusement ses 85 ans, a consacré ses talents de juriste à la création et à l’organisation de groupes de pression comme «Salaire égal, travail égal», du Comité pour la dépénalisation de l’avortement dans les années ’70, de nombreuses associations progressistes d’avocats.

La Ligue a pourtant innové en remettant ce nouveau prix le 16 décembre 1996 à une jeune Marocaine, soeur d’un enfant disparu, Nabela Benaïssa, choisie «contre de nombreux projets d’associations, candidates à cette distinction plus honorifique que pécuniaire».Ce prix «classique» devient ainsi révélateur d’une évolution étonnante dans notre société civile et les associations qui prétendent la représenter.

La Ligue belge des Droits de l’Homme a gagné sa réputation en étant avant tout une organisation de juristes, d’observateurs «objectifs», de défenseurs de l’Etat de droit, face aux dictatures et aux déviations des démocraties. Elle s’est distinguée surtout par ses missions à l’étranger, au Chili comme en Turquie ou à Prague après 1968...Depuis quelques années, cette association a élargi son champ d’action, s’est intéressée de plus près à la société belge : prisons, respect du droit d’asile, drogue... La Ligue a organisé des Etats généraux recouvrant tout le social, faisant appel à tous les «acteurs» de terrain.

Ses dirigeants ne sont plus seulement des juristes, mais aussi des assistants sociaux, enseignants, philosophes...A-t-elle perdu en efficacité ce qu’elle a gagné en ouverture, en capacité critique? Le débat est ouvert et le prix remis à Nabela Benaïssa est aussi révélateur de cette évolution.Un prix au nom d’une militante laïque, progressiste, ayant travaillé comme juriste pour des associations sociales juives, est remis à une jeune fille de 18 ans, portant le voile, conciliant sa foi religieuse musulmane à un courage évident et à une intelligence politique aigüe de la complexe société belge.

Les esprits chagrins parleront d’opération médiatique de la Ligue, ce qui n’est certainement pas faux.Mais il faut se féliciter de cette initiative, car il est vrai que la jeune Benaïssa, a, à sa manière, plus fait pour la tolérance et la compréhension de cultures différentes que les paquets de déclarations officielles des notables.Elle a réussi à poser les bonnes questions sur les «dysfonctionnements» de la société belge, à pousser, comme les autres parents, les institutions publiques à se remettre en question.Et, en même temps, comme les parents Russo et Lejeune, elle a, jusqu’à présent en tout cas, réussi à endiguer les accès de poujadisme, les excès de populisme.C’est la fameuse scène devant le Palais de Justice, l’image révélatrice d’une jeune fille voilée, qui calme au haut-parleur les manifestants excités par la mise à l’écart du juge d’instruction Connerotte par la Cour de cassation.

Un prix révélateur, donc, mais avec nuances : il ne s’agit pas d’un prix «remis à une musulmane par une juive», comme l’a dit malheureusement un orateur... Ce sont simplement deux militantes, même si le mot est aujourd’hui galvaudé, avec des identités complexes, des cultures métissées qui, chacune à leur manière, à des époques différentes, ont pris et prennent le contrepied des pouvoirs établis, pour prouver que le vieil adage est toujours vrai : on a toujours raison de se révolter.

Henri ROM

     
 

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