Influences

Banc Public n° 291 , Mai 2021 , Frank Furet



 Comment expliquer la domination de l’extrême droite sur les réseaux sociaux, se demande Hind Fraihi, une journaliste d'investigation belge d'origine marocaine ? L’extrême droite utilise selon elle « les réseaux sociaux comme une chaire du haut de laquelle elle peut laisser libre cours à  ses récriminations contre la gauche et les "excès" de la société. 

 

Le grand nombre d’adeptes qu’elle séduit de cette manière montre que l’extrême droite est plus habile que ses détracteurs à exploiter les préoccupations des gens». Hind Fraihi estime que la gauche doit revoir son attitude sur les réseaux sociaux et exhorte les géants du Web à intervenir plus fermement.

 

Pour elle, le Vlaams Belang doit sa résurgence, au moins dans une certaine mesure, à la manière dont il a exploité les réseaux sociaux. Le parti d’extrême droite a en effet dépensé énormément en publicité sur Facebook.

 

Même sans orchestrer de vastes campagnes publicitaires, les partis, personnalités et idéologies de droite et d’extrême droite dominent les flux de Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux. Une étude consacrée aux débats sur Twitter en Flandre et aux Pays-Bas montre que cinquante et un des cent comptes les plus visibles sur le réseau de microblogage relèvent de la mouvance de droite ou d’extrême droite. Treize autres sont de tendance conservatrice et seuls quatre comptes défendent une vision du monde progressiste.

 

En Flandre, le député du Vlaams Belang Sam Van Rooy est le twitteur qui jouit de la plus grande visibilité; aux Pays-Bas, cet honneur échoit aux (ex-)journalistes Joost Niemöller et Wierd Duk.

 

La popularité de personnalités telles que Sam Van Rooy, Joost Niemöller, Dries Van Langenhove, Jan Dijkgraaf et Jan Roos tire son origine de leur prétention à « dire tout haut ce que les médias grand public pensent tout bas sans oser, vouloir ou pouvoir l’exprimer. Leur capacité à séduire un nombre impressionnant d’adeptes prouve qu’ils sont mieux à même que leurs détracteurs d’exploiter les sentiments de méfiance et de peur qui couvent dans de larges couches de la population. La confiance dans les pouvoirs publics, les médias et d’autres  institutions dignes de foi  a atteint un creux historique».

 

Selon l’association sceptique flamande SKEPP, la popularité des théories conspirationnistes ne cesse d’augmenter sous l’influence des réseaux sociaux.

 

Aujourd’hui, c’est la thèse dite du «grand remplacement» qui remporte le plus de suffrages. Elle s’inspire des idées du philosophe autrichien Richard Coudenhove-Kalergi. Sa citation la plus célèbre est sans doute la suivante: «L’humain du lointain futur sera un métis. Les races et les castes d’aujourd’hui seront victimes du dépassement toujours plus grand de l’espace, du temps et des préjugés. La race du futur, négroïdo-eurasienne, d’apparence semblable à celle de l’Égypte ancienne, remplacera la multiplicité des peuples par une multiplicité des personnalités».

 

Les tweets contiennent souvent des récriminations en apparence légitimes contre notre modèle social défaillant. Ils font référence à des questions qui accroissent le malaise causé par notre société multiculturelle: la population blanche indigène « se voit contrainte, par une bande politiquement correcte de jihadlovers imperméables à la réalité et adeptes du vélo cargo, de renoncer à une partie de "ses" normes et valeurs, de son histoire et de sa culture, si chères à son cœur. Jusqu’à être entièrement supplantée par l’infâme multiculturalisme».

 

«Même les gens en colère peuvent composer avec la démocratie, mais pas avec le mépris», écrivait Joost Niemöller en 2011 sur le site Internet de droite De Dagelijkse Standaard.

 

La gauche réagit grosso modo de deux façons à la domination de la droite et de l’extrême droite sur Twitter et Facebook. Certains s’enferment dans la tour d’ivoire de leur présomption. Ils se réunissent à huis clos pour s’épancher avec condescendance sur la «droite stupide», les «sentiments viscéraux des Flamands […] ou  contre des hordes de trolls conservateurs, de "fascistes" et d’autre "vermine brune"».

 

Ces deux façons de faire sont, pour Hind Fraihi, contre-productives. «S’exprimer de façon ouvertement méprisante ou hostile sur un adversaire n’a encore jamais fait changer l’opinion de qui que ce soit. Au contraire, cela ne fait que rehausser les barricades qui se dressent entre les deux camps. Et quitter les réseaux sociaux ne contribue pas à un meilleur équilibre».

 

Comme l’ont montré les récentes élections, «Twitter et Facebook sont désormais des terrains de conquête trop importants pour les laisser à l’abandon», conclut-elle : «l’électorat de la droite et de l’extrême droite en Flandre et aux Pays-Bas est constitué en grande partie de personnes inquiètes, qui voient leur quotidien, leur avenir et leurs certitudes menacés par un monde en perte de repères. Il faut prendre au sérieux leurs préoccupations, sans les diaboliser: ils ont besoin de compréhension, de dialogue et de personnes qui s’intéressent (de nouveau) à leurs problèmes».


Frank Furet

     
 

Biblio, sources...

«Comment expliquer la domination de l’extrême droite sur les réseaux sociaux?», Hind Fraihi, les platspays.com, 24 octobre 2019

 
     

     
 
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