FINANCES PUBLIQUES Le vieillissement de la population, incitant pour une meilleure gestion

Banc Public n° 222 , Octobre 2013 , Christophe MAGDALIJNS



Le vieillissement de la population est un phénomène social, pas un problème. Il est le reflet d’une maturité grandissante de nos sociétés aux sens propre et figuré. C’est le signe du progrès, d’un développement plus abouti où celles et ceux qui ont travaillé de quelque façon que ce soit peuvent jouir d’une véritable « troisième » vie où l’on passe du statut de « principal producteur » au statut de « principal consommateur ».

En juillet de cette année, le Comité d’Étude sur le Vieillissement (CEV) publiait son rapport annuel faisant le point sur les conséquences budgétaires et sociales du vieillissement. Cette démarche a été instituée par la loi du 5 septembre 2001 portant garantie d’une réduction continue de la dette publique et création du Fonds de vieillissement. Il s’agit d’évaluer l’impact du vieillissement avéré de la population qui affecte négativement notre système de sécurité sociale en accroissant ses dépenses et en réduisant ses recettes. Allons-y pour un rapide coup d’œil sur les données fournies par le CEV.

 

Le CEV prévoit un taux de fécondité global à 1,81 en 2060, bien en-deçà du seuil de renouvellement des générations qui est au minimum de 2,05 enfants par femme, soit 205 enfants pour 100 femmes. Aujourd’hui, nous connaissons le même taux, ce qui inscrit dans la durée la faible fécondité en Belgique.

 

Dès lors, le renouvellement de la population passe par un solde migratoire positif si tant est que l’on considère essentiel ledit renouvellement. En 2012, le solde migratoire était d’environ 56.000 personnes. Le CEV le prédit à 19.000 personnes en 2060, soit un solde en forte diminution. Ceci ne devrait pas entraver la progression de notre population qui a aujourd’hui franchi la barre des 11 millions d’habitants et qui devrait avoisiner les 12,75 millions en 2060.

 

Parallèlement, les plus de 65 ans passeront de 1,3 million à plus de 3,2 millions de personnes. En 2060, il y aura 49 personnes de plus de 65 ans pour 100 personnes ayant de 20 à 64 ans. Et les indicateurs montrent que la place des personnes âgées inactives ira grandissante.

 

L’espérance de vie continue elle aussi sa progression , si bien que les plus de 80 ans vont passer de 580.000 personnes en 2012 à 1,32 million en 2060, intensifiant du même coup le taux de dépendance des plus âgés.

 

Tous les indicateurs du CEV démontrent une intensification de la dépendance par rapport aux projections antérieures. En résumé, l’impact budgétaire et social du vieillissement sera plus difficile encore à supporter que prévu par la collectivité. Ce constat se fait à l’analyse du coût budgétaire du vieillissement. Celui-ci représente la variation des dépenses sociales en pourcentage du PIB pour une période déterminée. À noter que les dépenses sociales ne se limitent pas aux dépenses sociales spécifiquement liées au vieillissement, mais comprennent toutes les dépenses de nature sociale.

 

Vous l’imaginez, le coût budgétaire du vieillissement n’a pas de quoi nous rassurer. Surtout si l’on se réfère aux mesures préventives adoptées pour anticiper ce coût budgétaire, sujet que nous aborderons dans une contribution ultérieure.

 

A l’heure d’écrire ces lignes, le coût budgétaire du vieillissement est de 25,8% du PIB. Il sera de 31,2% en 2060. Soit une différence de 5,4% du PIB à absorber en 48 ans. Sauf que la progression du coût du vieillissement va se précipiter à plus brève échéance, puisque les 5,4% de PIB devront déjà être pris en charge d’ici à 2050 et que l’effort se concentrera sur les années nous séparant de 2030 avec un impact de 3,3% du PIB, à savoir plus de 12,3 milliards d’euros.

 

Enfin, et pour finir de vous rassurer, si la progression de notre productivité fléchit, scénario qui semble se profiler, le coût budgétaire du vieillissement  pourra atteindre 6,4% du PIB (24 milliards) en 2060.

 

Bref, une nouvelle consolidation budgétaire est à prévoir et elle viendra s’ajouter aux efforts importants que nous fournissons pour le moment.

 

Les perspectives sont donc alarmantes. Pas tant dans les agrégats qui nous sont fournis, car ceux-là sont somme toute prévisibles, mais dans la prise en charge de l’impact du vieillissement de la population sur les grands équilibres de nos finances publiques.

On peut légitimement se demander comment nous allons pouvoir surmonter l’impact du vieillissement lorsque celui-ci sera à son apogée sachant que nous n’avons plus de marge de manœuvre pour actionner le levier fiscal, la pression fiscale existante est oppressante, et que le recours à l’endettement nous est interdit étant donné les sommets atteints en la matière. Ne restent finalement que les réformes structurelles destinées à accroître le taux d’emploi et à réduire les dépenses publiques via des gains d’efficience et de productivité.

 

Restent aussi l’arbitrage entre les politiques publiques remisant au placard celles qui seraient jugées moins prioritaires, peu efficaces et/ou obsolètes. Au travers d’une analyse comparative des politiques, les pouvoirs publics doivent se discipliner au travers de la recherche systématique de « la voie du moindre coût » dans laquelle l’analyse coûts-bénéfices est un outil précieux. Il faut enfin, pour les politiques existantes et prorogées, s’attaquer aux coûts via ce que l’on appelle le « cost killing » (chasse aux coûts).

 

Au final, ce sont là des outils de gestion dont il faut se doter au travers, notamment, de la désignation de véritables « managers publics » qui, sans biaiser les fins, sauront limiter les moyens pour y parvenir.

 

Si les différentes crises traversées par nos pays depuis les premiers chocs pétroliers ne nous ont pas contraints à ces efforts drastiques et structurels de rationalisation, il semble bien que le choc budgétaire et social du vieillissement de la population va, lui, nous y obliger, car nous sortons laminés de la crise économique et financière. Autre incertitude typiquement belge, le « mal belge » qui pèsera sur notre capacité d’action vu le « saucissonnage » toujours plus incohérent de nos compétences entre nos différents niveaux de pouvoir, qui semblent succomber à la logique d’une concurrence interrégionale plutôt qu’à celle de la concertation.

 

A moins d’un séisme politique sans précédent en 2014, il semble peu probable que ce phénomène prenne fin à brève échéance puisque Nord et Sud continuent de s’opposer, les uns cherchant par une homogénéisation des compétences à rompre les liens d’unité et de solidarité, les autres cherchant à freiner la défédéralisation des compétences dans un jeu de sauve-qui-peut au nom, précisément, des liens d’unité et de solidarité.

 

Et le contexte macroéconomique de confirmer l’urgence à améliorer les performances de notre secteur public. Les dettes publiques européennes ont crû par à-coups au gré des interventions étatiques dans le secteur financier en pleine crise systémique des liquidités et de confiance. Au regard des critères de Maastricht fixant le seuil de dette tolérée à 60% du PIB, la zone euro est à la dérive avec un endettement moyen de près de 100%. C’est un stock de 3.000 milliards d’euro que les Européens doivent supporter au-delà du raisonnable. A cela s’ajoute la « dette cachée », c'est-à-dire la partie non financée du coût du vieillissement de la population, nos fameux 5,4 à 6,4% de PIB.

 

La prise en charge de la problématique du vieillissement de la population est de long terme. Une caractéristique qui suffit à mettre le monde politique en porte-à-faux, car ancré dans l’immédiat avenir qui le sépare de la prochaine élection.

 

Mais, rassurons-nous, l’expertise belge est reconnue en la matière. Ainsi, Alexander De Croo, notre ministre fédéral des Pensions, sera prochainement désigné vice-président d'un groupe de réflexion sur le vieillissement de la population, organisé dans le cadre du Forum économique mondial, organisateur du sommet de Davos, le bien nommé "Global Agenda Council on Ageing".

 

 

Christophe MAGDALIJNS

     
 

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