Vers une féodalité par l’argent ?

Banc Public n° 209 , Avril 2012 , Frank FURET



Pour Paul Jorion,  l’allocation du capital aux facteurs de production est bien le point sur quoi la doxa économique d’aujourd’hui est en échec patent : la crise ravageuse que nous connaissons a son origine dans le processus de répartition de la richesse. La concentration du capital et la rémunération insuffisante du travail provoquent une distribution de revenus déséquilibrée par rapport à la consommation de biens et services et à la demande de bien-être.

 

Les pauvres versent une rente aux riches dont le taux devient supérieur à la croissance de la production globale. La dette s’accumule d’elle-même par le seul effet de l’intérêt qui plonge les plus pauvres dans une insolvabilité juridique.
Le « système capitaliste » est actuellement en survie artificielle par la politique monétaire des banques centrales. Le système financier affiche un capital qu’il n’a pas réellement, puisque la fraction des créances qui ne sont plus remboursables est selon toute vraisemblance très supérieure au capital nominal des banques, des fonds financiers et des assureurs.

Pour que le système survive par le soutien de ses principaux créanciers internationaux détenteurs des moyens de production réels, il « faut » désormais couper dans les dépenses et assurances publiques afin d’allouer les ressources fiscales au paiement des intérêts. Les États se sont substitués aux débiteurs privés, lesquels sont défaillants soit par disparition objective de la propriété, soit parce que la propriété est rendue insaisissable par la titrisation du capital domicilié dans les paradis fiscaux.

Pour préserver la liquidité nominale du marché mondial des capitaux, il faut désormais démanteler les États garants du droit qui donne contenu à la propriété. Le système financier s’autodétruit en produisant la pauvreté qui supprime toute légitimité à la propriété et aux institutions publiques qui la régulent. Il n’existe plus dans la mondialisation financière d’état de droit économique et juridique entre la propriété du capital et le crédit de cette propriété. Le chaos est certain tant que la règle de propriété ne comporte plus de garantie du crédit par un capital réel mesurable.

Le capitalisme financier est foncièrement abusif sans séparation de l’investissement dans le réel, du prêt et de l’emprunt en crédit et de la négociation du prix de l’objet. La propriété à terme par le titre dont l’objet n’est pas visible ni la prime de crédit réglée en monnaie dans un marché transparent, est, pour Pierre Sarton du Jonchay, une escroquerie, Et la légalisation de cette escroquerie financière remonte à la deuxième moitié du XIXe siècle par la « responsabilité limitée du capital » et l’abandon de l’arbitrage des marchés à terme par la puissance publique.

La crise des « subprimes » suivie de la crise des dettes publiques en euros est, pour Sarton du Jonchay,  la plongée finale dans la barbarie. Le pillage du travail et des ressources naturelles a entraîné le décrochage mondial de la croissance réelle. Et en tentant de s’approprier la totalité des ressources fiscales des États, la finance détruit les États de droit nationaux. Les riches exilés fiscaux en sont à chercher l’abolition de la propriété au profit d’une féodalité par l’argent.

Frank FURET

     
 

Biblio, sources...


La propriété anéantie par le capitalisme financier, par Pierre Sarton du Jonchay, site de Paul Jorion, 31 mars 2012

 
     

     
 
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