Lobbying aux USA

Banc Public n° 205 , Décembre 2011 , Frank FURET



12.000 personnes travaillent dans le secteur du lobbying à Washington. Pour chaque représentant ou sénateur, on compterait plus d'un lobbyiste travaillant pour le secteur des industries fossiles, pour qui le Congrès américain est un terrain de bataille perpétuelle.

 

 

Le projet d'oléoduc Keystone XL, pipeline pouvant transporter environ un million de barils de pétrole brut par jour de l’Alberta au Canada vers les raffineries américaines dans le Golfe du Mexique, a  suscité la controverse quant à son impact environnemental. Un oléoduc similaire, Keystone I, a démontré son manque de fiabilité avec 12 déversements d'hydrocarbures en moins d'un an. Outre les risques de fuites, l'extraction du pétrole des sables bitumineux de l'Alberta est polluante (équivalent en rejets CO2 de six millions de voitures) et met sous tension les nappes phréatiques aux alentours: il faudrait trois barils d'eau pour chaque baril de pétrole.
Mais pour  l'industrie pétrolière et de nombreux syndicats d'ouvriers, Keystone XL est un moyen de réduire la  dépendance énergétique des USA tout en créant des emplois. 12 millions de dollars ont été dépensés  pour appuyer le passage d’une loi enjoignant le président américain à rapidement approuver le projet. Le puissant groupe d'intérêts American Petroleum Institute, ainsi que l'Association des oléoducs ou encore celle des industries pétrochimiques et de raffinage ont eu raison des parlementaires américains, qui ont voté en faveur de la loi cet été. Le lobbyiste au service du consortium derrière Keystone XL, TransCanada, se trouve de plus être un ancien conseiller de campagne d'Hillary Clinton, qui est à la tête du département d'Etat américain, un acteur-clef dans l'approbation ou le rejet du projet.

Le  Clean Water Act, loi-phare sur la protection de l'eau votée en 1972, établissait des standards fédéraux en matière de qualité des cours d'eau. Mais les républicains, majoritaires au Congrès, avec l'appui de lobbies représentant les secteurs de l’agriculture et de l'industrie minière, ont apporté leur soutien en juin à une loi déléguant aux Etats la responsabilité de réguler en la matière, barrant la route à l'agence gouvernementale EPA (Environmental Protection Agency). Pour l'ancien parlementaire Sherwood Boehlert, l’adoption de cette loi est une catastrophe environnementale, car «à l'échelle des Etats, les industries ont plus d'influence et peuvent menacer d'aller chez le voisin si les régulations ne leur plaisent pas».
Enfin, lors de la présentation de son budget pour 2012, Barack Obama, considérant «qu'elle se portait  très bien sans son aide» a émis l'hypothèse de mettre fin  aux exemptions fiscales concédées à l'industrie pétrolière, qui coûtent 3,6 milliards de dollars (2.6 milliards d'euros) par an à l'Etat. Mais le congrès a peu goûté à la plaisanterie. Ce qui n'est pas surprenant, selon Daniel Newman, le directeur de MapLight.org, une organisation indépendante exposant les liens entre argent et politique. «Dans un système où chaque parlementaire a constamment besoin d'argent pour financer sa campagne de réélection, les entreprises sortent leurs chéquiers et bénéficient en retour d’une attention toute particulière». Une situation problématique pour cet observateur, car «avec le système actuel, nous n'élisons pas les meilleurs leaders mais les meilleurs fundraisers».

L'industrie pétrolière est un acteur de poids lors des campagnes d'élection ou de réélection des parlementaires, qui ont lieu tous les deux ans. En 2008, le secteur a signé des chèques pour un total de 15 millions de dollars (10 millions d'euros) sous forme de donations de campagne. Mais 2012 promet d'exploser le compteur. Un nouvel arrêt de la Cour suprême américaine autorise les entreprises à dépenser autant qu'elles veulent en faveur ou contre un candidat. Leurs contributions passent par des organisations "écran", appelées "Super PACs", permettant aux entreprises de rester anonymes. Cet arrêt est «une arme nouvelle pour les lobbyistes», s'inquiète le New York Times dans un éditorial.

Frank FURET

     
 

Biblio, sources...

"Les puissants lobbyistes anti-environnement du Capitole", Cécile Gregoriades, Novethic, 14 novembre 2011

 

 
     

     
   
   


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