?> Les contradictions de la mondialisation: et si Marx avait raison (1)
Les contradictions de la mondialisation: et si Marx avait raison (1)

Banc Public n° 171 , Juin 2008 , Kerim Maamer



Aux confluents des sciences humaines, la figure de Karl Marx est incontournable, en philosophie, en sociologie, en économie politique ou en histoire. Dans ce XIXème siècle imprégné du rationalisme des Lumières, il tente d’élaborer une théorie qui se base sur des faits, décrivant l’organi­sation sociale et l’évolution de la société. En analysant le capita­lisme régnant à son époque, il en démonte les contradictions des oppositions entre forces produc­tives et rapports de production, la lutte des classes… Il en conclut que ne saurait durer un système aussi intenable. Il prône la fin du capitalisme et son remplacement «intermédiaire» par le socialisme, avant l’avène­ment d’un commu­nisme, destin ultime d’une communauté. L’auteur se propose d’évoquer, dans  plusieurs parties, Marx et les concepts marxistes, puis, les contradictions de la mondialisation vues sous l’angle des concepts marxistes.


Chef de famille tranquille

Marx n’est pas un agitateur. C’est un homme tranquille, avec une vie familiale comblée, sur le modèle bourgeois du 19ème siècle: époux modèle de Jenny von Westphalen, une amie d’enfance, dame de l’aristocratie prussienne qui renonça à son milieu pour aimer cet homme, intellectuel­lement brillant, pétri de grandes qualités humaines et qui l’accompagna dans tous ses exils. Père de trois filles avec lesquelles il partageait une grande attention et de grandes complicités. Une fidèle gouvernante Helène Lenchen, qui partageait leur vie et qui sera enterrée dans le caveau familial.  Un très grand ami Friedrich Engels, solidaire de la famille pour combler les difficultés financières de Karl Marx ou pour reconnaître l’enfant illégitime dont on dit qu’il serait de Karl… La satisfaction de vie familiale n’est pas à sous estimer, car elle procure à Marx les bases d’un équilibre lui permettant de s’intéresser aux affaires de l’intelligence et de «s’occuper de l’humanité».

Lorsqu’il fut ébranlé par le décès de son épouse, en décembre 1881, la santé de Karl déclina. Il entreprit un grand voyage en direction d’Alger, dans l’espoir de se remettre psycholo­giquement et physiquement. Durant cette période, il se montre soucieux du travail qu’il doit finaliser mais oisif. Son état ne s’arrangea pas avec les vents du sud. Lorsqu’une fois encore la mort vint prendre sa fille Eleonor en janvier 1883,  il ne put le supporter. Marx meurt en mars 1883. Enterré au cimetière des indigents de Highgate, une douzaine de personnes sont présentes mais les télégrammes affluent du monde entier… Lors de cette cérémonie d’enterrement, son ami Engels, qui est le mieux conscient du génie de Marx affirme: «son nom et son ½uvre vivront dans les siècles».

A sa mort, les grandes ambitions et l’immense labeur de Marx ne sont pas achevés. C’est Friedrich Engels qui contribuera à finaliser et à publier les travaux qui feront connaître au monde les théories de Karl Marx.

Philosophie pratique

Marx a une formation universitaire en philosophie. Il s’intéresse à toutes les activités intellectuelles; débor­dant d’intérêts et de projets qu’il aimerait transcrire en livres: tout autant, pour les contes qu’il racontait à ses filles, son analyse sur la spéculation du jeu ou son projet d’ouvrage sur le calcul infinitésimal. Il a un intérêt et une admiration pour les mathématiques qui représentaient à ses yeux un exemple de rigueur scientifique dont il voudrait qu’il soit un modèle pour les consciences humaines.

A la philosophie, il veut apporter une énergie pratique de «praxis», par une philosophie critique de la philoso­phie: « les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde… alors qu’il convient de le transformer». Au lieu d’une «quête d’interro­gation», il recherche une «quête de vérité», en tentant  d’établir les bases rationnel­les et scientifiques qui éclaireraient le mouvement social. Marx veut se mêler à la vie sociale, donnant ses opinions sur les engage­ments  sociaux et politiques de ses contemporains. Il ne cherche pas à se procurer un salaire. Il n’établit pas ses réflexions dans le cadre d’une recherche universitaire ou d’une respon­sabilité publique, au sein de l’appareil d’Etat, mais dans le cadre d’une activité de «libre esprit», qui trouvera sa rémunération dans la postérité. D’ailleurs, ses opinions catégoriques sur la religion, le pouvoir, l’action… allaient à l’encontre de l’ordre traditionnel et l’auraient privé d’une chaire à l’université.

L’esprit de Marx

Il s’appuie sur l’héritage philosophi­que de son époque qu’il transcende vers un renouveau intellectuel. Les influences de Ludwig Feuerbach sur la critique de la religion furent déterminantes dans sa pensée. Engels dira combien ces théories furent libératrices de la pensée: elles légitimaient non seulement la lutte contre les «institutions politiques» mais aussi contre «la théologie» et contre toute «métaphysique».

Marx reproche à «l’idéalis­me hégélien» de personnifier la réalité sous l’idée d’un créateur qui lie inévitablement à la religion. Il demeure donc métaphysique, inopé­rant, et ne permet pas de saisir la portée «révolutionnaire» de la réflexion. Il affirme le caractère primordial de la «nature» sur «l’esprit». Il rejette les «idéalismes de l’esprit» en faveur d’une «conception matérialiste» car les choses de la nature s’expliquent «dialectiquement» et non pas «métaphysiquement».

Il reconnaît dans la «dialectique hégélienne», les apports d’un processus de réflexion qui tente de dépasser les contradictions (thèse, antithèse, synthèse) afin de se rapprocher de l’objectivité et de côtoyer la vérité des sciences humaines. En écartant le subjecti­visme et l’interprétation, voire l’arbitraire des idées; en ramenant l’analyse aux conditions de produc­tion et d’existence; en déterminant l’ensemble des tendances contra­dictoires, Marx pense pouvoir tracer scientifiquement l’évolution de la société et intervenir pour améliorer la condition humaine. La dialectique n’est plus celle de «l’idée» mais celle de la «matière». Cette concep­tion matérialiste ainsi justifiée se confirmerait par les apports des sciences et du progrès.

L’être social

La «conscience humaine» n’est pas déterminée par «l’être», en tant qu’individu autonome, mais par «l’être social» et par ses «rapports sociaux». Dans les systèmes de la nature, l’Homme est le seul être organisé en société, avec l’établisse­ment d’un système de production pour subvenir à ses besoins de subsistance. Il a édifié un système de production suivant des forces productives et des rapports de production. Tout progrès dans les conditions de production entraîne des modifications dans le mode de vie et dans les rapports sociaux que les hommes entretiennent entre eux. Ainsi, la vie matérielle des hommes conditionne leurs rapports sociaux, qui à leur tour déterminent les concepts, les valeurs, l’ordre politi­que etc. Une logique matérialiste fait dépendre toute l’organisation de la société de ses conditions économiques de production.

Le matérialisme historique

Marx reprend l’intérêt «historiciste» de la doctrine hégélienne, qu’il applique au développement humain. Dans le «matérialisme historique», il cherche à établir un processus scientifique qui puisse décrire le système de production économique, définir les conditions de transformation sociale, donner des résultats objectifs, et appeler aux modifications nécessaires. Il pense qu’une étude de l’histoire et de l’économie politique permettrait d’observer les transformations et donneraient une base scientifique au mouvement politique.

Marx s’engage dans une ambitieuse volonté d’établir une théorie de l’évolution avec une description des modes de production (asiatique, antique, féodal et bourgeois). Il considère la base fondamentale du système de production dont les conditions détermineront non seulement les modes de vie, la vie sociale et les rapports sociaux mais aussi le système des valeurs, l’ordre politique, le droit, la vie culturelle, intellectuelle, artistique. Les «contra­dic­tions» mènent à des contestations ou à des conflits, plus ou moins conscients (expression philoso­phique, littéraire ou artistique), plus ou moins violents (réformes juridiques, politiques ou religieuses). Lorsque l’antagonisme des forces devient intenable, s’ouvre une époque de révolution sociale.

Kerim Maamer

     
 

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