1. UNIVERSALITÃ? DE LA LANGUE ?
Parler une même langue fut lâ??ambition de lâ??espéranto, pour une volonté de langue internationale. Ce projet fut adopté par le défunt Etat neutre du Moresnet, qui fit de lâ??espéranto sa langue officielle. Le rêve de lâ??universalité fut défaillant. Lâ??espéranto ne pouvait obtenir lâ??adhésion des Etats et le projet fut abandonné. Néanmoins, certaines langues se sont imposées sur le monde et ont laissé une forte influence à une époque déterminée, en raison dâ??une position de puissance. Ce fut le cas du grec ancien, qui imprégna la culture occidentale, ainsi que du latin dans lâ??Empire romain. Plus tard, lâ??église de Rome porta la langue pour renforcer le lien des monarchies européennes. Lâ??arabe prospéra à une époque du haut moyen-âge (du VIIIe au XIIIe siècle), dans les sciences (médecine, philosophie, mathématique, astronomie, physique). Lâ??espagnol et le portugais se sont imposés dans les empires coloniaux dâ??Amérique (du XVIe au XVIIIe siècle) et restent influents à ce jour. La « lingua franca » eut une influence dans les contrées méditerranéennes (XIVe, XVe siècle), et disparut à la faveur de langues nationales, italienne, française, turque, arabe. Lâ??italien, influent dans lâ??art et la musique, sâ??imposa plus difficilement dans la péninsule italique où les dialectes variaient considérablement. Lâ??unité italienne au XIXe siècle imposa lâ??unité de la langue. Puis, la langue germanique dans lâ??unité allemande, le russe après la révolution bolchévique, ou lâ??arabe dans lâ??ambition du panarabisme, pour associer les patries à une nation (Ligue arabe). Actuellement, lâ??anglais sâ??affirme à tous, en raison du vaste empire colonial britannique et de la toute puissance économique des Etats-Unis. Le chinois ou mandarin sâ??impose par la force démographique et industrielle.
2. « TOUTE-PUISSANCE DE Lâ??ANGLAIS »
Les grandes puissances des Etats-Unis, du Japon, de Chine ou de France pratiquent un unilinguisme de principe et imposent une domination de leur langue. En raison de leur puissance, elles sâ??avèrent moins disposées à apprendre celle des autres, obligeant à une maîtrise les langues dominantes. Certains pays sâ??attachent sans complexe au plurilinguisme, comme le Luxembourg, la Suisse ou le Liban, qui portent trois systèmes linguistiques dominants. La Belgique reconnaît trois langues officielles, avec une excellence de lâ??anglais.
Les réalisations de la science, de lâ??économie, du commerce, de la culture ou de la politique sâ??incarnent dans quelques langues dominantes. Lâ??enjeu social est dans la participation aux règles du système dominant, pour accéder à la connaissance et sâ??intégrer au monde. Le progrès socioéconomique impose lâ??apprentissage des langues dominantes pour accéder à la connaissance et la richesse, lâ??activité économique et la carrière professionnelle. Tous les systèmes éducatifs sâ??y accordent. Dès la prime enfance, lâ??étude dâ??une deuxième langue est imposée par le cadre social et scolaire. La quasi-totalité des adolescents du monde apprennent lâ??anglais. Une troisième langue est enseignée au secondaire. Le français, lâ??allemand, lâ??espagnol y sont principalement représentés.
La langue anglaise a une domination incontestable. Il serait superflu de la nier, ou de croire à un progrès dans lâ??égalité. Elle est outil de progrès et dâ??influence, inévitable dans la promotion scientifique, informatique, technologique, commercialeâ?¦ Une grande partie de lâ??innovation, de la recherche scientifique, des productions culturelles (livres, tv, radioâ?¦) est promue en anglais. Les scientifiques les mieux réputés doivent publier dans la langue de Shakespeare pour gagner un entendement mondial. Même banal, un clip musical a de meilleures chances dâ??appréciation par la planète, sâ??il est interprété en anglais ! On évoque la douceur des sons, la facilité de compréhension et, sans doute, une familiarité à la langue. Câ??est injuste, mais câ??est une réalité. Lâ??élitisme se pare dâ??excellence de lâ??anglais pour accéder aux lieux de pouvoir et réseaux influents. Au sein des organisations internationales, lâ??anglais indispensable est outil de travail, de service, dâ??intérêt, de communication. Á la Commission européenne, 73% des textes primaires ont été rédigés en anglais (2008) alors que le Royaume-Uni ne représente que 10% de la population. Lâ??actualité du Brexit interroge sur lâ??influence future de la langue. Le retrait britannique de lâ??Union européenne en 2016 diminuera-t-il lâ??influence de lâ??anglais au sein de la Commission européenne? Certainement pas à court terme... probablement, à moyen terme, malgré des doutes.
3. LANGUE NATIONALE
Les langues sont vivantes. Elles héritent dâ??une mémoire, façonnent la pensée, véhiculent des valeurs, portent une identité. Fruits des influences historiques, elles évoluent, se modifient rapidement, et disparaissent si elles ne sont pas structurées avec un alphabet, une conjugaison, une grammaire, et le soutien dâ??une Académie.
Le français fut porté par une volonté politique de François Ier qui décida en 1539 de choisir le français de lâ??Ã?tat aux dépens du latin de lâ??Ã?glise. Malgré lâ??excellence de la langue, il convient de rappeler lâ??engagement cruel des maîtres dâ??école, face à la diversité des langues romanes, germaniques et celtiques. Le gouvernement français fit une douce guerre pour imposer lâ??unité de la langue. Le danger était de perdre ou de morceler des fragments de territoires à la faveur dâ??identités culturelles pour un Ã?tat britannique, allemand, italien ou néerlandais. Jusquâ??au XXe siècle, les breton, flamand, wallon, alsacien, basque, créole, occitan, ont fait de la résistance, soutenus parfois par des mouvements politiques régionaux, ou indépendantistes. La tolérance régionale est acceptée dès lors que lâ??unité de lâ??Hexagone nâ??est pas remise en question. Certains ont gagné un statut de « langue régionale », représenté dans lâ??identité et la vie culturelle. Néanmoins, la langue française est toujours objet de débat avec le travail de la prestigieuse Académie et du ministère de lâ??Ã?ducation, pour des réformes de lâ??orthographe, la féminisation des noms de métier ou de fonction, la création de mots, etc.
Certains pays ont composé lâ??unité de leur langue nationale comme le luxembourgeois ou le coréen. Lâ??objectif suppose une volonté politique, et un investissement public pour structurer lâ??homogénéité linguistique et diffuser la connaissance. Cette épreuve nâ??est pas des moindres. En Afrique du Nord, la langue berbère nâ??a pas été adoptée, faute dâ??homogénéité et de volonté politique pour édifier une langue nationale autonome, à lâ??instar du maltais, du croate, du turc ou du hongrois. En Tunisie, la langue des autochtones de la plus vieille tradition a quasi disparu. Le dialecte a perdu sa source originelle et ses caractéristiques linguistiques. Il sâ??est fortement arabisé, particulièrement chez les lettrés. Les dérivés berbères du kabyle, tamazigh, chilha, hassanye et lybique sont pratiqués, à ce jour, en Algérie, Maroc, Mauritanie et Libye. Ces dialectes finiront par disparaître sâ??ils ne sont pas fixés et enseignés. Récemment, les Algériens ont obtenu que lâ??Amazigh fut déclaré langue officielle (2006). Cependant, la structuration et la diffusion seront une autre étape, non des moindres. Les dialectes nord-africains étaient proches des anciens parlers méditerranéen, de la « lingua franca » et du maltais. Cervantès à Alger décrivait une langue originale non arabe et non-espagnole, facilement compréhensible. Les gouvernements du Maghreb ont intégré lâ??ambition panarabe et i) rejeté le dialecte local, ii) adopté lâ??arabe officiel, iii) tenté de reléguer le français.
Dâ??autres pays ont officiellement adopté la langue dominante. Ce choix considérait les avantages de coûts et les contraintes, liés aux diversités culturelles et linguistiques, à lâ??investissement de compétence et la diffusion des savoirsâ?¦ Lâ??Inde, les pays dâ??Afrique sub-saharienne, le Brésil ou lâ??Amérique latine ont adopté respectivement lâ??anglais, le français, lâ??espagnol ou le portugais pour contribuer à lâ??unité nationale, favoriser la communication et, sans doute, mieux participer à lâ??évolution du monde. Lâ??Inde est parvenue à apporter une belle contribution aux sciences et à lâ??économie mondialisée grâce à la maîtrise de la langue anglaise. Le Brésil est la grande puissance lusophone. Le français en Afrique de lâ??Ouest permet de favoriser les échanges, au sein dâ??une communauté de nations, réunie dans une union monétaire du franc CFA.
La définition de la langue ne fut pas obligée dans la Constitution américaine. Face au melting-pot des Etats-Unis, lâ??anglais sâ??est imposé comme langue dâ??autorité par sa faveur véhiculaire et la puissance dâ??application, au sein dâ??une vaste diversité humaine. Cependant, il ne serait pas exclu de voir, un jour, une autre langue acquérir le statut principal, comme lâ??espagnol en Floride, ou, pourquoi pas, le français en Louisiane.
MULTILINGUE MULTIFRINGUES
Le multilinguisme porte différentes facettes de la personnalité, et de lâ??identité. Lâ??expression affirme diverses approches. Comment pourrions-nous grogner autrement quâ??en tunisien, rire en dialecte régional, débattre en français, entendre en arabe, lire en anglais, vendre en allemand ? Les tons, les sujets et les débats varient selon lâ??utilisation de la langue, ou du langage. Les systèmes linguistiques sont construits différemment. La traduction des langues nâ??est pas évidente. Elle doit sâ??imprégner dâ??un enracinement culturel dans les deux langues. Le mot à mot provoque des incohérences totales.
Lâ??exemple amusant est la traduction tunisienne de « je tâ??ai calculé homme, tu es monté en insuffisance». La réalité devait traduire « je te croyais loyal, tu tâ??es avéré décevant». Lâ??expression tunisienne montre une structure de la pensée où le mot « homme » est utilisé comme adjectif en dialecte. On pourrait donc dire dâ??une femme quâ??elle est «homme » (rajala), c-a-d « loyale, courageuse, de confiance ». Le «calcul » désigne une appréciation. En français, le calcul est une « préméditation rationnelle » ! Quant à « monter »â?¦ une échelle de valeurs où lâ??on sâ??améliore aussi en incompétence, au lieu de baisser de niveau. Prétendrions-nous que lâ??expression serait arabe ? Il sâ??agit dâ??une culture linguistique tunisienne que nous avons imposée à une langue arabe qui ne la reconnait pas. Les détenteurs de la parole officielle ne partageraient pas cette perception. En arabe classique, il est difficile de traduire le mot « déception ». La traduction littérale deviendrait « dhanitek wafyan, wafacat amli», quasi-charabia pour un Tunisien, quâ??il traduit en « je tâ??ai cru juste, tu as stoppé mon espoir ». La traduction doit percevoir la nuance culturelle de lâ??interprétation, ironique pour lâ??un, critique ou méprisante pour lâ??autre. Le système linguistique prendrait le risque dâ??une dénaturation de lâ??être tunisien et de son parler, pour une harmonisation de la langue à visée sociopolitique, à lâ??encontre de lâ??héritage humain et linguistique.
La perception des mots est objet de confusions multiples entre lâ??arabe et le français. Par exemple, le mot liberté a une forte valeur, assimilé à une ambition de lâ??Etat républicain ou de révolution démocratique. En dialecte tunisien, le mot horeya prend une valeur nouvelle, qui pourrait prêter à confusion dans un cadre intime ou familial. La « liberté » désigne un désintérêt pour les autres ! Si lâ??on disait à son parent, «je suis libre »â?¦ cela voudrait dire « libre de faire ce que je veux », signifiant une « non-considération pour lâ??autre », de cet «autre, qui mâ??est si cher » ! « Se dire libre » signifie donc un « égoïsme », de celui « qui ne se préoccupe pas dâ??autrui », particulièrement mal ressenti au sein dâ??un groupement solidaire, ou dâ??une collectivité.
Un autre exemple est le mot « esclave », quasi-proscrit en langues occidentales. En arabe, le mot abd est de la racine « humain - humanité». Il désigne, quoi que lâ??on dise, un lien dâ??amour, dâ??attachement, à un Dieu ou à un maître. Or, ce sens possessif, ou paternaliste, est désormais très mal entendu. De même, le mot « djihad », sans cesse martelé par les médias. Il signifie « engagement », « persévérance », « endurance »â?¦ La racine du mot permet diverses interprétations. Certains lâ??ont associé à moudjahed (combattant, soldat), traduit au sens de lâ??engagement guerrier pour une vérité sacralisée, de « guerre sainte »! Un linguisme simpliste exploite le mot dans un sens sacré, dâ??une manipulation à très mauvais escient. La langue arabe sâ??y prête parce que lâ??expression grammaticale se base sur la racine trisyllabique des verbes, à partir desquels se dégagent des mots (attitudes, objetsâ?¦). La transition entre deux systèmes linguistiques oblige à un enracinement dans les deux langues.
Les perceptions varient selon la langue utilisée. Lorsque lâ??on dit «musulman »â?¦ en français cela signifie « adepte dâ??une religion de lâ??Islam ». En arabe, la notion fait aussi référence à un adjectif qualificatif, « honorable, juste, objectif », de référence « dâ??éthique, dâ??esprit sain et de bonté», pour un intérêt de « paix », en quête de « bien-être ». La compréhension est donc très différente entre ceux qui percevraient une volonté de prosélytisme, là où les autres « aspirent à des hommes meilleurs » !
Parfois, le cheminement est inverse. Le dérivé en «isme » est forcé en arabe. Il y a en Islam : le musulman, le pieux (« moslem » et « moudayen »). La langue française ne sâ??accommode pas des détails. Elle peut aisément porter une opinion sur un courant de pensée. Elle mêle la confusion des mots autour de lâ??Islam, pour le croyant, le pratiquant, le dévot (islamique), le militant ou lâ??intégriste religieux (islamiste). Tous seraient des « istes » porteurs de la religion islamique, à divers degré de lâ??individu, de la collectivité ou de la totalité (lâ??intégrisme). Lâ??idéologie du mot est nouvelle en arabe. «Islamiste » devient alors « islaâ??mi » ou « islamiyeen ». Or, le sens littéral de lâ??expression signifie « paisible », «partisan de paix », « neutre », «désengagé », « quasi-résigné ». La transition des langues porte alors de nouvelles confusions où le musulman perçoit un aspect négatif, là où il aspire au positif ! Les partisans dâ??une idéologie de lâ??ordre religieux sont désignés par leur titre dâ??obédience religieuse de « Khouanji » (frères musulmans), de « kaizan», « salafistes » (puristes), « wahabistes », de quelconque adepte à lâ??Imam ou dâ??attachement à une lecture historique. Ces engagements se démarquent de la finalité humaine de «lâ??Islam », qui devrait être un objectif suprême de Paix.
Les confusions ne sont pas toujours heureuses. Les mots arabes sont basés sur la racine de verbes trisyllabiques. Ils peuvent dériver pour exprimer un objet, un verbe, un adjectif, un sentiment, une intention. Ce sens des mots évolue encore selon les perceptions, les interprétations, les régions, et les temps. Les confusions sont parfois fâcheuses entre nord-africains. Le mot arabe pour « pâtisserie » dérive du verbe moudre (ta-ha-na), lequel se rapproche de « copulation, prostitution » pour le Marocain, et de « lâcheté, traîtrise » pour lâ??Algérien.
La relation est compromise lorsque le sens des mots est intégré à lâ??idéologie, ou détourné en symbole dâ??appartenance, slogan, ou porte-drapeau religieux. Lâ??exemple est celui du hijab, cité dans la sourate coranique des « coalisés » (al-ahzab), verset 53, dont lâ??idée est : «il est recommandé aux invités du prophète ne pas essayer de se familiariser avec sa famille. Et que, sâ??ils devaient communiquer avec ses femmes ce serait au travers dâ??un rideau ». Le mot HIJAB a été traduit par« rideau », et ce nâ??est pas faux. Il pourrait être la paroi dâ??une tente, au travers de laquelle on sâ??adresserait aux femmes du prophète. Néanmoins, les arabisants utilisent aussi lâ??idée pour désigner une attitude de «zieuter ». Cette recommandation du hijab (rideau réel ou symbolique) est adressée aux hommes, leur signifiant une attitude de respect, établi en modèle de politesse, pour ne pas regarder les femmes et les gêner. Mettre le rideau est une manière de dire « baisser les voiles », signifiant couper le regard. Le mot regard est imagé par un « rideau ». Sâ??il nâ??est pas très diversifié en arabe, le vocabulaire en français permet de donner une expression ou une intention au regard, donnant des sens clairs et variés. Selon lâ??intention quâ??on lui porte un regard : « observe, voit, surveille, examine, analyse », ou encore, « lorgne, dévisage, menace, louche, mate, scrute, espionne », et encore « sâ??ingère, est attentif, curieux ou voyeur »... La perception des mots est inégale dans les systèmes linguistiques. Elle nous oblige à préciser le sens et les intentions du mot. En arabe, le hijab est à la fois objet, image (référence) et attitude. Il exprime la correction adressée aux hommes pour baisser les yeux afin de ne pas gêner la femme et la mettre mal à lâ??aise. Or, lâ??idée a été inversée dâ??une recommandation faite aux hommes, à une intention de recouvrir la femme au sens littéral du mot « objet », « pour lui parler au travers dâ??un rideau afin quâ??elle ne soit regardée ». Pourtant, elle demeure regardée malgré son enveloppe, fournissant une contradiction à dâ??autres préceptes coraniques qui appellent à la discrétion des femmes dans leur environnement pour ne pas attirer les regards. Le hijab a donné un sens différent dans le langage tunisien. Il désigne une « chose » (haja), entendu comme « vêtements » (hawayej). La perception oblige à une modification du langage, pour utiliser le mot arabe de « malabess », ou de « thiaâ??b ». En fin de compte, le hijab est-il un voile ou un vêtement ?
STRUCTURATION DE LA PENSÃ?E
La langue véhicule des perceptions du monde, avec une diversité de lâ??expression. Cette sensation puise les comportements dans lâ??expérience quasi-anthropologique, mêlée au sens inné de la vie pour lâ??orientation et la sécurité. Pendant longtemps, la perception de lâ??espace se faisait par rapport au ciel et aux points cardinaux, au milieu et à lâ??environnement. Á lâ??école, nous apprenions à déterminer la â??direction des lever et coucher de soleilâ?�, â??la référence à la Lune et à lâ??étoile polaireâ?�, â??la détermination des marées et des saisonsâ?�, â??la direction des vents et les positions des nuagesâ?�. Le sens de lâ??orientation était vital pour les bédouins dans le désert. Ils observaient le ciel et les étoiles pour déterminer leur position. La direction de prière du musulman est un reste de cette culture de lâ??orientation, pour « ne pas perdre la boussole ». En Australie, les aborigènes continuent à se référer aux points cardinaux pour désigner un lieu, ou un objet. Ils ne connaissent pas la droite et la gauche, mais ils repèrent lâ??objet par rapport à sa position. Le verre « à votre droite » devient « le verre à votre sud-ouest », en fonction de la position sur les points cardinaux. Ainsi, tous savent naturellement désigner le pôle que nos vies modernes ne sauraient définir. Les GPS sont là !
Les Pyrahas dâ??Amazonie ne comptent pas. Ils définissent des quantités, « un peu, beaucoup, et très beaucoup », et encore, la quantification est relative à la dimension de lâ??objet désigné. Pour les Aymara des Andes, le passé est « devant ». Il faut donc «regarder devant » parce que le «passé » est visible ! Le futur est «derrière », invisible. On ne le voit pas. Regarder devant, câ??est voir son passé, pour y puiser lâ??expérience des anciens. Cette construction de la pensée incarne de sérieuses réflexions sur lâ??évolution des sociétés. Longtemps, les civilisations se référaient à leur passé pour évoluer. Lâ??intérêt pour la conservation du passé est vif parce quâ??il représente une connaissance concrète tirée de lâ??expérience. Câ??est toujours le cas des courants politiques â??conservateursâ?�. En revanche, lâ??inventivité, lâ??initiative, la recherche, la découverteâ?¦ créent de nouvelles formes dâ??organisation sociale. Elles améliorent la condition de lâ??hommeâ?¦ autant quâ??elles détruisent la diversité et les patrimoines. Nos générations se réfèrent moins au passé, quâ??aux innovations qui changeraient lâ??organisation de nos vies.