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Adrian Zenz et la démographie ouïghoure

Banc Public n° 291 , Mai 2021 , Frank Furet



Adrian Zenz, un anthropologue allemand travaillant aux Etats-Unis, a été, en février 2018, un des premiers chercheurs à effectuer des études sur le dispositif des camps d'internement du Xinjiang. En mai 2018, il estimait que les camps accueillent 5 % à 10 % de la population ouïghoure des villes et de 10 % à 20 % de la population des campagnes. Adrian Zenz évoque la transformation des Ouïghours par l’éducation, qui relève selon lui du « lavage de cerveau, du nettoyage des cœurs et de l’élimination des idées diaboliques ».


À la suite de son rapport sur la stérilisation forcée des femmes ouïghoures, Adrian Zenz fait l'objet de dures critiques de la part des autorités chinoises qui le décrivent comme un « catholique fondamentaliste d’extrême droite » qui se croit « guidé par Dieu ». Toujours selon ces autorités chinoises, il serait « membre d’une organisation d’extrême droite soutenue par l’administration américaine ».

 

En août 2018, un comité d'experts des Nations unies estimait qu'un million d'Ouïghours seraient détenus dans des camps d'internement et que deux millions d'entre eux le seraient dans des « camps politiques d'endoctrinement». D’après la Chine, des mesures de « rééducation » sont nécessaires pour prévenir la radicalisation et le terrorisme. Des chercheurs occidentaux pensent que le gouvernement craint plutôt une renaissance religieuse à laquelle il ne s’attendait pas.

 

Une campagne de stérilisation forcée des femmes en âge de procréer serait également appliquée, selon un rapport publié par Adrian Zenz. En avril 2017, le gouvernement chinois a interdit pour les nouveau-nés l'adoption de 29 prénoms musulmans, dont Mohammed, sous peine que les enfants concernés ne se voient refuser l'obtention du livret de famille.

Marc Julienne, chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI), interviewé par l’hebdomadaire Marianne le 22 juillet 2020, admet, bien qu’il accuse la Chine d’utiliser honteusement le fanatisme religieux de Zenz pour s’innocenter, que les données de Zenz sont hautement spéculatives,

 

L’accusation de génocide brandie par les Etats-Unis est fondée,  selon Julienne, sur ce dernier mensonge.

 

En 1949, les Han (l’ethnie chinoise majoritaire) représentaient 6% de la population totale du Xinjiang, ils sont aujourd’hui 42%. Pour certains, cette augmentation, en soi, ferait partie d’un génocide subi, selon Zenz, par les Ouïghours, mais aussi – dans des proportions moindres – par les autres minorités ethniques du Xinjiang, comme les Huis et les Kazakhs. Or, pour prouver un génocide, il ne suffit pas de montrer qu’une population « exogène » augmente. Il faut également démontrer une élimination physique imposée de force des autres populations.

 

Asatar Bair, qui enseigne l’économie à l’université de Riverside City (Canada), a fourni une analyse chirurgicale des allégations d’Adrian Zenz : la population ouïghoure a doublé au cours des quatre dernières décennies, de 1978 à 2015. La croissance démographique annuelle est de 1,94 %, ce qui est considéré comme extrêmement rapide.

 

Pour Asatar Bair, Zenz se sert des documents officiels qui analysent l’impact économique, social et sécuritaire de la croissance démographique, pour conclure sans la moindre preuve que la Chine aurait décidé à partir de 2015, année où elle lance sa lutte contre le terrorisme ouïghour, de réduire fortement la population ouïghoure.

 

Le Professeur Asatar Bair dénonce le procédé utilisé par Zenz : il construit son argumentation en gonflant et en manipulant à dessein des mesures ordinaires relevant du planning familial qui sont appliquées depuis longtemps par la Chine tant aux populations d’origine Han qu’à ses minorités , bien que de façon plus contraignante envers les Hans. Asatar Bair montre comment des statistiques, qui ne sont par ailleurs guère étonnantes, sont décrites par Zenz en des termes dramatiques tels que « déclin drastique » et « mesures draconiennes de contrôle des naissances », afin de conclure que « les perspectives futures semblent sombres ».

 

Zenz implique, sans le dire directement, qu’il s’agit de mesures racistes, alors qu’il s’agit clairement d’une question d’unité nationale, et non d’une idéologie de pureté raciale.

 

S’agit-il de renoncer à tout recours au planning familial, se demande Asatar Bair ? Au fur et à mesure que les pays augmentent leur richesse, ils traversent inévitablement une "transition démographique" où les taux de natalité baissent, et peuvent même devenir négatifs. Parfois, la situation est vue comme alarmante, mais c’est uniquement par ceux qui ont des visions très traditionalistes, qui veulent maintenir les femmes confinées à la maison, ou ceux qui ont une vision de suprémaciste blanc et qui dénoncent le fait que les populations "non blanches" ont des taux de reproduction plus rapides.

Frank Furet

     
 

Biblio, sources...

«Ouïghours: Adrian Zenz au service du China-bashing», Benjamin Bak, solidariteetprogres.fr, 6 avril 2021

 

«Un rapport réfute les erreurs d'Adrian Zenz liées au Xinjiang», french.xinhuanet.com, 30 avril 2021

 
     

     
   
   


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