Disparitions

Banc Public n° 193 , Octobre 2010 , Catherine VAN NYPELSEER



Dans notre pays, plus de mille personnes disparaissent de façon inquiétante chaque année, soit environ trois par jour. Pendant l'affaire Dutroux, en septembre 1995, une structure spécialisée fut créée au sein de la gendarmerie de l'époque. D'abord nommée «Cellule nationale des disparitions», elle deviendra la «Cellule des personnes disparues» en 2001 et a depuis été intégrée à la police judiciaire fédérale dans la division «Agression», qui comporte une autre cellule, la cellule «Violence contre les personnes» et constitue l'un des quatre services de la division «Lutte contre la criminalité contre les personnes» de la PJ, avec les services «Traite et trafic d'êtres humains», «Drogues», «Terrorisme et sectes».

Statistiques

Parmi l'ensemble des disparitions, celles qui sont liées à un acte de violence – enlèvement, meurtre, viol – ne représentent que 0,9% de l'ensemble des disparitions traitées par la cellule. La plus grande partie est constituée de fugues de mineurs, de personnes âgées démentes qui s'égarent, de suicides, d'accidents, de départs en vacances, et également de nombreux malentendus.
Depuis 1995, 16.510 dossiers ont été ouverts dans la Cellule des personnes disparues, dont 777 n'ont pas été clôturés. Les dossiers de disparitions de mineurs représentent environ un tiers de l'ensemble (5.619 cas), et 8% impliquent des enfants de moins de treize ans. Il y a donc en moyenne une disparition inquiétante de mineur par jour en Belgique, mais il faut noter que les disparitions de mineurs sont plus vite jugées inquiétantes et les dossiers sont par conséquent ouverts plus facilement que pour des adultes.

La répartition par sexe varie selon l'âge: les garçons sont majoritaires parmi les disparus de moins de treize ans (716 garçons et 560 filles), mais, pour les disparus âgés de 13 à 18 ans les filles représentent le double des garçons (2900 filles et 1443 garçons). Parmi les majeurs, les disparus sont en majorité des hommes (6.487 hommes et 4.404 femmes).

Les statistiques sur les causes de disparition, dans les dossiers clôturés, sont également intéressantes:
sur les 15.733 dossiers clôturés, la personne disparue a été retrouvée décédée dans 1.843 cas, ce qui
représente 11%, un peu plus d'un dossier sur 10.

Le décès est dû dans 65% des cas à un suicide, 17% à un accident, 8,5% à un acte de violence, 6,5% à une mort naturelle et 3% des cas à une mort suspecte, c'est-à-dire dont la cause est douteuse: suicide, accident ou meurtre?

Les autres disparitions sont en majorité des fugues de mineurs ou des disparitions de personnes âgées souffrant de démence. Les autres cas sont des personnes qui ont été victimes d'un accident ou d'un malaise mais n'ont pas été retrouvées tout de suite, des malentendus ou des personnes égarées, des personnes qui ont eu un trou de mémoire et ont passé un certain temps loin de chez elles, des personnes ayant séjourné temporairement dans un poste de police ou un hôpital, des enfants enlevés par l'un des deux parents dans le cadre d'un divorce conflictuel, etc.

Rôle

La cellule des personnes disparues a deux rôles essentiels: la coordination et le soutien.

La coordination suppose la communication avec d'autres
partenaires comme Child Focus ou les polices locales, ainsi que l'organisation et la direction de recherches de grande envergure.

Le soutien consiste à donner des conseils aux services locaux confrontés directement à une disparition, à leur fournir des moyens qui leur font défaut comme un
hélicoptère, des plongeurs, des chiens pisteurs, etc., ainsi qu'à assurer les contacts pour la diffusion des avis de recherche dans les médias.

Profil

La première action de la cellule dans le cadre d'un dossier de personne disparue est de dresser le profil du disparu.
Celui-ci est constitué de son âge et de son aspect physique, mais aussi de son état physique et psychique au moment de sa disparition (la personne a-t-elle des problèmes de couple, des soucis financiers, est-elle dépressive, souffre-t-elle de la maladie d'Alzheimer?) ainsi que de ses habitudes de vie.

Pour ce faire, différentes personnes sont interrogées: voisins, médecin de famille, facteur, agent de quartier. Par ailleurs, les enquêteurs visitent les lieux de vie de la personne disparue: son habitation et l'état de celle-ci, les endroits qu'elle fréquente, ils explorent son ordinateur, son éventuel journal intime…

Lors de la constitution de ce profil, la motivation de cette enquête doit être expliquée à la famille.
Si on a pu déterminer que la disparition est causée par un tiers, le profil de l'auteur des faits est également établi, incluant son état psychique et son comportement au moment des faits.

Caractère inquiétant

Ensuite la cellule évalue le caractère inquiétant de la disparition.
Une directive ministérielle en fixe les critères:
- âge, la personne disparue a-t-elle moins de treize ans;
- invalidité, la personne souffre-t-elle d'un handicap physique ou psychique;
- santé, la personne doit-elle prendre des médicaments;
- y a-t-il des indices qui montrent que la personne disparue se trouve dans une situation qui met sa vie en danger ou qu'elle peut être victime d'un acte criminel;
- la disparition est-elle complètement en contradiction avec le comportement normal de la personne disparue?
L'expérience des membres de la cellule joue évidemment également un grand rôle dans l'évaluation du caractère inquiétant de la disparition.

PLS

Le «Point Last Seen» (PLS) est le point où la personne disparue a été vue avec certitude pour la dernière fois, à ne pas confondre avec la «Last Known Position» qui est l'endroit où l'on suppose qu'elle s'est trouvée en dernier, sans en avoir la certitude par le témoignage d'un témoin oculaire.

Ces endroits sont soigneusement scrutés afin de déterminer si on y retrouve des objets appartenant à la personne disparue ou s'ils peuvent fournir des indices ou des pistes de recherche.

Ensuite, l'action de la cellule est, pour son chef Alain Remue, de «canaliser le flot des informations, relier entre eux tous les actes d'enquête, établir la liste des recherches potentielles à mener» (p. 47). Le cas échéant, une alerte internationale peu être lancée.

Les communications vers le portable du disparu peuvent être surveillées, et, si l'appareil n'est pas éteint, il peut être utilisé pour localiser la personne. Des recherches sur le terrain peuvent être organisées à l'aide de volontaires.

Si la personne disparue est un petit enfant, «nous recommandons notamment aux enquêteurs d'examiner les lieux avec les yeux d'un enfant. En se mettant à genoux en quelque sorte» pour trouver par exemple un passage qu'un adulte n'aurait pas songé à emprunter.

Apport de la Cellule

La cellule a «favorisé la centralisation, la concentration de toutes les expertises et de toutes les informations en une seule organisation» (p. 59).
Une telle organisation serait unique dans le monde, et la Belgique jouerait un rôle pionnier en la matière.
La cellule dispose d'une banque de données comprenant toutes les personnes disparues, les corps découverts, ainsi que tous les malfaiteurs de manière à pouvoir établir le lien entre les différentes affaires sans risquer de passer à côté du moindre petit élément susceptible de relier deux affaires.

Le caractère centralisateur de la cellule «permet de faire appel plus aisément et plus vite à différents services de secours technique et d'appui», comme le service d'appui canin de la police fédérale, la police montée, la police de la navigation, les plongeurs de la protection civile, la police des chemins de fer, les pompiers, la police de la route, la Federal Computer Crime Unit pour la criminalité informatique ou le déchiffrage des codes informatiques, le service d'identification des cadavres (DVI), Child Focus, etc.

Le responsable de la Cellule des personnes disparues souhaiterait que des structures comparables à son service soient créées dans chaque pays, et la Belgique va recommander, dans le cadre de l'Union européenne, la création d'une cellule des personnes disparues dans chaque pays. Le système belge est devenu une référence et constitue l'exemple à suivre. La Cellule assure des formations, organise des stages. Interpol qualifie cette organisation de «modèle belge».

Nous avons donc tiré du «bourbier Dutroux», des « enseignements utiles» (p. 62).

L'ouvrage d'Alain Remue (le chef de la Cellule) et Wim De Bock est d'une lecture aisée et agréable; néanmoins, relativement synthétique, il ne permet pas vraiment de se rendre compte du quotidien des personnes qui y travaillent.

Catherine VAN NYPELSEER

     
 

Biblio, sources...

Ne jamais dire jamais
15 ans de la Cellule des Personnes disparues
Alain Remue et Wim De Bock
Editions Renaissance du livre
171 p., 19 euros
Août 2010

 
     

     
 
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