Le long des chemins, on trouve régulièrement des bancs publics, parfois situés en des endroits pittoresques. Ils permettent d’entrecouper la marche de haltes, avant lesquelles on ressent le petit suspense de savoir si le banc sera libre…
Disparition
L’an passé, en arrivant à notre premier banc favori, non loin d’un pont voûté enjambant un petit canal, nous avons eu la désagréable surprise de constater que ce banc n’était pas occupé… puisqu’il avait disparu !
Un agent de l’IBGE rencontré un peu plus loin nous informa que ce banc, que nous avions vu en parfait état la semaine précédente, avait été enlevé car il était brisé, tout comme plusieurs autres du même parc ( Roi Baudouin I ).
Ces bancs n’avaient donc pas été supprimés par les gestionnaires du parc, mais mettraient selon lui beaucoup de
temps à être replacés, la procédure étant très longue.
Au printemps 2025, un des bancs, situé près d’un étang où nichent des oies est réapparu brièvement… pour repartir la semaine suivante : il n’en reste plus que les attaches servant à le fixer au sol de son emplacement pavé, sous un grand magnolia.
Choc !
La situation m’était devenue habituelle, jusqu’à cette semaine : en
arrivant au « banc des lapins » situé bien plus loin, entre la voie ferrée et
un pré où l’on peut observer des lapins en liberté et des moutons, j’ai constaté
qu’il était entouré de bandelettes de plastique blanc et rouge signalant une zone dangereuse.
Son dossier et ses accoudoirs étaient brisés !
Le spectacle de ce banc cassé était différent d’une simple disparition, et, sous le choc, j’ai commencé à vouloir du mal ? m’interroger : qu’arrive-t-il à ces bancs, qui peut leur
Certains psychologues conseillent de se réjouir des petits plaisirs de la vie ; les bancs publics situés dans la nature et les conversations qu’ils permettent en font partie.
Il est humain de s’interroger sur qui vous en prive, et pour quelle raison !
Interrogations…
En continuant ma ballade, trois hypothèses me sont venues à l’esprit :
- du simple vandalisme.
Comme jadis certains s’amusaient à casser les vitres en verre dépoli des abribus ( qui éclataient en mille morceaux), on pouvait éventuellement imaginer qu’il y eût un plaisir morbide à démolir ces gros bancs en bois, pour quelqu’un ayant besoin de se défouler.
- un amoureux éconduit…
Plus romantique, j’ai ensuite trouvé l’hypothèse d’un amoureux qui aurait vécu toute une histoire d’amour sur ce banc, puis aurait été délaissé.
Ne supportant plus la vue de ce meuble témoin voire complice de son histoire d’amour avortée, ou redoutant d’y trouver sa dulcinée en compagnie d’un autre, il s’en serait pris au bien commun, proclamant son désespoir et sa rage aux yeux de tous les promeneurs.
- une lutte de territoires entre bandes de dealers ?
Plus criminelle, c’est l’idée que ces bancs innocents pourraient servir de lieux de rendez-vous pratiques pour
des échanges illicites, donnant lieu à une compétition entre bandes rivales.
Apercevant un jeune homme assis sur un banc intact, je décidai de tester mes hypothèses.
Quand je lui expliquai le problème, sa première réaction fut la stupéfaction.
Il me demanda : « Exprès ? ».
Ensuite il écouta poliment mes trois hypothèses. Celle des amoureux parut l’intéresser ; quant à la drogue, il me répliqua par un « Ici ? » sans ambiguïté.
Finalement, il m’a peut-être donné la solution, une hypothèse à laquelle je n’avais pas pensé : suite à ma contrariété, je n’avais envisagé que des hypothèses d’actes intentionnels.
Il est possible au contraire que la destruction des bancs en bois soit simplement le résultat de la maladresse ou d’usages inappropriés, comme quand des jeunes s’y entassent à 4 ou 5, ou s’assoient sur le dossier…
Remplacement.
Quoi qu’il en soit, il serait utile que l’IBGE s’inspire des procédures en vigueur dans les transports en commun pour limiter le vandalisme et le sentiment d’insécurité : réparer rapidement les dégâts.
Un banc public ne coûte pas cher et n’est pas compliqué à replacer. Il fait
le bonheur des promeneurs ; certains plus fragiles en ont besoin pour reprendre des forces en cours de route.
Et, qui sait, un de ces bancs pourrait abriter discrètement la négociation décisive qui permettra de doter enfin la Région bruxelloise d’un gouvernement.
Les élections ont eu lieu il y a un an, le 9 juin 2024 !