Il s´agit, rappelons-le, de remplacer la justice de paix par une façade de style brutaliste derrière laquelle seront hébergés l´extension du théâtre (privé) Le Public et un restaurant, détruisant au passage l´harmonie néoclassique du noyau villageois primitif et un cerisier du Japon
séculaire. Le cœur se brisait en admirant il y a quelques semaines, peut-être pour la dernière fois, sa couronne majestueuse de fleurs rouges et, à l´automne dernier, les dessins d´enfants accrochés aux grilles, protestation silencieuse mais si éloquente!
Entretemps, la Commission des Monuments et des Sites (CRMS), dont fait partie l´architecte auteur du projet, a rejeté, le 15 septembre 2023, la demande de classement de l´ensemble néoclassique de l´ancienne maison communale introduite par l´ASBL Association du patrimoine artistique, au motif que les différents remaniements en ont altéré l´intégrité et les caractéristiques. Cependant, la Commission attribue à ce bien "une importante valeur patrimoniale", estimant que "son intérêt réside essentiellement dans les qualités paysagère et urbanistique d´un ensemble plus large : l´ancienne maison communale, le jardin planté, un mur de clôture et la façade néoclassique qui entoure le jardin constituent le cadre immédiat de l´église et du presbytère classés; cet ensemble est complété par des maisons néoclassiques jouxtant le bien du côté du Parvis et du côté de la place Homère Goossens (...)
En outre, le bien présente un intérêt historique liée à une évolution morphologique et d´usage" (successivement école, maison communale, commissariat de police et justice de paix). La CRMS "plaide pour qu´une autre mesure soit prise, permettant de protéger et de valoriser les caractéristiques de l´ancien noyau villageois et d´en assurer une gestion adaptée... Elle recommande... d´examiner plusieurs pistes comme une protection comme ensemble ou comme site selon les dispositions du code bruxellois d´aménagement du territoire ou comme l´élaboration de prescriptions urbanistiques spécifiques (par ex., dans le cadre d´un règlement d´urbanisme zoné)".
Ces réserves circonstanciées sont cependant incompatibles avec le véritable coup de poing que constitue le parallélépipède de onze mètres de haut envisagé (voir photo). Cela n´a pas empêché la politique du fait accompli : le 26 mars 2024, la justice de paix a déménagé 29, place Jean Vander Elst, dans l´ancien hôtel communal (dont les bureaux ont été transférés 77, rue de Stalle); le 11 juin 2024, la Région bruxelloise a délivré le permis d´urbanisme, attaqué en annulation et en suspension par trois riverains pour le compte du comité de quartier "Uccle Centre-Parvis". Le Conseil d’État vient de rejeter la demande de suspension (L´Écho, 16 avril 2025), mais les requérants ont introduit une demande en continuation de la procédure en annulation, ce qui n´empêcherait pas, dit-on, le début des travaux en septembre, aux risques et périls du promoteur...
D´après le journaliste Nicolas KESZEI (nous n´avons pu consulter l´arrêt au moment d´écrire ces lignes), le Conseil d´État ne retient pas l´argument d´atteinte à la tranquillité des lieux, s´agissant d´un quartier commercial, mais écarte aussi l´objection beaucoup plus sérieuse des difficultés de circulation et de parcage , et dénie une quelconque valeur patrimoniale aux bâtiments qui seront détruits, ce qui témoignerait d´une lecture pour le moins superficielle de l´avis de la CRMS. Il s´agit, à ce stade, d´évaluer la gravité du préjudice encouru, davantage que d´examiner la légalité de l´acte administratif.
A suivre....