Brèves

Banc Public n° 60 , Mai 1997 , Isa LAFLEAU



BREVES

Tout est bien qui finit bien.

«La violence ne se justifie jamais, elle ne peut jamais être un argument», «le terrorisme sous toutes ses formes est un fléau qui nuit aux causes mêmes qu’il prétend servir», «où il est démontré encore une fois que le recours à la violence ne paie pas», «la paix et l’ordre ont triomphé», «Vive le Pérou!»... Les éditorialistes des journaux du monde entier avaient fort bonne conscience en louant avec une vertueuse unanimité le règlement efficace et propre de la longue prise d’otages de Lima et l’attitude ferme du président Fujimori, qui a fait passer ses principes avant son frère, et est sorti vainqueur. Il est facile d’être politiquement correct du fond d’un bureau confortable, surtout quand ça ne dérange personne et que ça épargne de réfléchir.

La raison du plus fort...


Les journalistes du monde libre auraient pourtant mieux à faire que de défendre les intérêts américano-japonais dans leurs républiques bananières. Mais les sondages révélaient un sérieux désintérêt des populations occidentales pour les guérilleros du MRTA et les causes qu’ils défendent, alors pourquoi se fatiguer... Alors qu’importe si ces causes sont peut-être justes, qu’importe s’ils ne demandaient ni argent ni rien d’extravagant, seulement qu’on libère des prisonniers politiques torturés au fond de geôles sans nom, qu’importe s’ils ont bien traité leurs otages, libérant le personnel de l’ambassade, les femmes et les enfants, pour ne garder que ceux qui étaient effectivement impliqué dans le gouvernement du Pérou, qu’importe s’ils n’ont tué personne et si plusieurs d’entre eux ont été abattus alors qu’ils se rendaient - qu’importe, on n’aura pas cédé à la violence et au chantage, on n’aura pas donné la parole à ceux qui veulent s’en emparer par la force. On peut bien s’autocongratuler un peu.

...est toujours la meilleure.


Cela me rappelle un certain chômeur de Vielsalm qui, il y a quelques années, avait été assez désespéré pour prendre en otage un bus rempli d’enfants, exigeant pour les laisser partir qu’on lui donne accès à un studio de la RTBF d’où il pourrait parler sur antenne. Là non plus, on n’a pas cédé: on l’a envoyé croupir en prison, et personne n’a jamais su ce qu’il avait à dire.

Et à propos de chômeurs


Miet Smet, célébrissime ministresse de la baignoire à bulles (voir Diagnostic), a eu une idée le mois passé et est même passée à la télé pour l’annoncer. Aïe. Heureusement que ça n’arrive pas tous les jours.
Pourquoi ne remettrait-on pas des gens pour servir à la pompe comme dans le bon vieux temps, ou pour aider les gens à porter leurs bacs de bière dans les supermarchés ? C’est tellement plus convivial, semble dire son regard brillant et son expression contente (après tout, ne vient-elle pas de régler le problème du chômage). «On fait bien ça dans le Tiers-monde», ajoute-t-elle.
On assemble aussi des Renault dans le Tiers-Monde, et à moindre coût qu’ici, Miet. Et on n’a pas encore trouvé mieux que les guerres et les catastrophes naturelles pour faire baisser rapidement le nombre de chômeurs, d’ailleurs. Le Tiers-Monde a sûrement beaucoup de choses à nous apprendre.
En tout cas cette nouvelle mouture de la conception des petits boulots qui a donné naissance aux A.L.E. est plus étonnante encore que l’ancienne, dans la mesure où la question de savoir qui paiera ces petits travaux inutiles ne semble plus désormais poser aucun problème: c’est tout bêtement l’argent des allocations de chômage qui sera «réactivé», nouveau concept («tout c’qui est dégueulasse porte un joli nom», dit la chanson), c’est-à-dire que cette cotisation de solidarité qui constitue un revenu minimum de survie pour les chômeurs ne leur sera plus payée qu’à condition qu’ils travaillent (d’ailleurs en-dessous du salaire minimum, puisqu’il ne s’agit pas d’un «vrai» travail. On fait bien ça dans le Tiers-Monde).

A.L.(L)E.z-y gaiement!


Le principe des A.L.E. donc, mais sans intervention financière de l’extérieur, et sans accroissement d’un franc des montants versés aux chômeurs, un vrai petit miracle... D’autant que le financement des A.L.E. elles-mêmes a un petit je-ne-sais-quoi de bizarre, voyez plutôt: la personne qui emploie un chômeur le paie avec des chèques horaires qu’elle achète 200 à 300 F (ce n’est pas exactement bon marché, et on peut difficilement parler de service rendu à la population) le chômeur encaisse ces chèques à concurrence de 45 par mois (les chèques supplémentaires ne sont pas honorés) et touche 150 F par chèque! La substantielle différence tombe dans l’escarcelle de... Multiservice-Chèque, la société qui édite les chèques; laquelle, après s’être servie pour rembourser ses frais, versera 80% du reste à l’Onem et 20% à l’A.L.E. 1. Voilà en tout cas ce qu’on pourrait appeler de l’argent réactivé.

Statut des artistes


Une pétition (émanant du magazine C4, qui porte désormais un nom imprononçable)2 circule en ce moment pour réclamer une clarification légale et une reconnaissance sociale du statut des artistes, et pour protester contre les sanctions prises par l’Onem à l’encontre du couple d’artistes Guido’Lu (deux fois 6 semaines d’allocations de chômage à rembourser, parce que leurs oeuvres ont été exposées 6 semaines durant au Cirque Divers, soit environ 75.000 F, et une pénalisation de deux fois 4 semaines d’exclusion, soit 44.000 F qu’ils ne toucheront pas): «le crime: être chômeur et exposer ses oeuvres»! Le Soir du 17 mai donne encore plusieurs exemples navrants d’artistes éjectés du chômage et/ou condamnés à rembourser de fortes sommes pour avoir cédé à leurs pulsions créatrices, souvent d’ailleurs peu lucratives. Ce détail intéresse peu l’Onem, qui prend en compte non l’argent gagné mais les heures supposées prestées qui, les artistes ne comptabilisant généralement pas leurs heures de travail, sont évaluées dans l’arbitraire le plus total. Ainsi, une femme dénoncée à l’Onem comme l’auteur d’un roman s’est vue condamnée à 4 semaines de suspension et à rembourser 15 mois d’allocations, durée estimée de son roman (qu’elle avait écrit en fait en trois mois, et durant une interruption de chômage). Il s’avère, renseignements pris, qu’elle aurait dû noircir les cases de sa carte de pointage chaque jour où elle écrivait, et communiquer à son bureau de chômage qu’elle écrivait, même si elle ne publiait rien. Chômeurs qui tenez des journaux intimes, faites seulement bien attention !

Isa LAFLEAU

     
 

Biblio, sources...

(1) Cf Le Soir du 17 janvier 97.
(2) Renseignements: Guido’Lu, c/o C4

 
     

     
 
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