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Banc Public n° 150 , Mai 2006 , Catherine VAN NYPELSEER



Depuis le 1er janvier 2006, il est interdit de fumer sur les lieux de travail. L’employeur doit faire respecter cette interdiction, qui vise à protéger la santé des travailleurs en leur procurant un lieu de travail exempt de fumée de tabac.

 


L’interdiction vaut pour tous les locaux, ouverts ou fermés, y compris les véhicules de service, mais à l’exception des espaces à ciel ouvert, comme par exemple une cour intérieure.
Par dérogation , l’employeur peut aménager un local en fumoir, c’est-à-dire un «local où il est autorisé de fumer et qui est exclusivement destiné à cet effet». Mais il n’y a pas de droit pour les fumeurs à pouvoir disposer d’un tel local : «l'éventualité d'un fumoir ne crée pas un droit à de tels locaux» .

Voilà pourquoi, depuis le 2 janvier, dans certaines entreprises et administrations, on peut arriver à son lieu de travail sous le regard parfois vaguement goguenard d’un comité d’accueil formé par un groupe de fumeurs de composition variable, en nombre plus important quand il fait beau qu’en plein hiver. Les fumeurs sont rejetés hors des locaux de travail, et s’il n’y a ni fumoir, ni cour intérieure, ils n’ont pas d’autre solution pour en griller une que de s’installer dehors, devant la porte d’entrée.

Cette interdiction, parfaitement louable, procure pourtant en pratique un certain malaise. Oui, les fumeurs nous emmerdent; en plus de mettre leur propre santé en danger, ils nuisent à des «innocents», qui subissent les inconvénients  du tabac sans l’avoir choisi, et sans pouvoir bénéficier du plaisir qu’il est censé procurer. Mais si le tabac est une drogue dont leur corps a besoin, ce sont d’une certaine manière des malades, et il est tout de même un peu gênant de mettre des malades «à la porte».

Pourtant, on ne voit pas pour l’instant de meilleure solution à ce problème que celle-là. L’aménagement de locaux en fumoirs est une forme d’encouragement à une assuétude potentiellement mortelle, tandis que la situation précédente avec les collègues non-fumeurs enfumés était évidemment bien pire. Et d’ailleurs, les fumeurs «exclus» que nous avons interrogés au passage ne se plaignent pas de ce qu’on les envoie prendre l’air...

L’épisode des fumeurs priés de sortir de leur lieu de travail sera sans doute une page de transition dans la brève histoire du tabac dans l’humanité, histoire qui pourrait être en voie de se terminer, en tout cas pour ce qui concerne sa consommation massive par des personnes agissant par mimétisme et sans être conscientes du danger qu’elles faisaient courir à leur santé.

Une dernière remarque: tous les travailleurs ne bénéficient pas d’un lieu de travail exempt de fumées du tabac, puisque le secteur de l’Horeca est actuellement en dehors du champ d’application de l’arrêté. De nombreuses personnes continueront donc à hésiter à fréquenter les cafés et restaurants dans lesquels les exploitants réservent souvent les meilleurs emplacements aux fumeurs, souvent meilleurs consommateurs de bons repas et de boissons alcoolisées.
D’autres milieux professionnels - dans lesquels des personnes n’ont pas le droit ou la possibilité de se rendreéchappent également pour l’instant à l’interdiction du tabac, comme les maisons de repos, les établissements de soins ou les prisons. L’avenir du tabagisme?

 

Catherine VAN NYPELSEER

     
 

Biblio, sources...

1. Arrêté Royal du 19 janvier 2005 relatif à la protection des travailleurs contre la fumée de tabac.


2.  Article 5 § 2.


3.  Rapport au Roi de l’AR du 19 janvier 2005.
Le tabac est apparu dans nos régions suite à la découverte de l’Amérique à la fin du XVe siècle.

 

 
     

     
   
   


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