?> PAUVRE ECOLOGIE
PAUVRE ECOLOGIE

Banc Public n° 199 , Avril 2011 , Catherine VAN NYPELSEER



Dans un monde où les catastrophes écologiques majeures - la marée noire gigantesque causée par l’explosion de la plateforme pétrolière dans le golfe du Mexique aux Etats-Unis, le terrifiant accident nucléaire de Fukushima au Japon - se multiplient et devraient provoquer des réorientations fondamentales des politiques économiques mondiales, il est intéressant de se demander qui sont les acteurs de ce qui devrait être le contre-pouvoir écologique. En d’autres termes, le combat dont dépend l’avenir de notre planète est-il dans de bonnes mains ? C’est l’objet du livre de Fabrice Nicolino, qui s’est attaché à analyser la situation française, dont l’influence chez nous est patente.


Le Grenelle de l’environnement

Commençons par ce qui a vraisemblablement motivé sa volonté de scruter les organisations écologiques et les individus qui les animent: les résultats obtenus, dans le cadre du fameux «Grenelle de l’environnement» en 2007.

Déjà la liste des invités à cette grand messe de l’environnement pose question: les organisations les plus en pointe et les plus compétentes sur des sujets qui fâchent - pour la téléphonie mobile: Robin des toits et Priartem, pour la protection animale: l’ASPAS (association pour la protection des animaux sauvages) et le RAC (Rassemblement anti chasse), pour l’énergie nucléaire: le réseau Sortir du nucléaire qui rassemble plusieurs centaines de groupes et d’associations, pour les OGM: Inf’Ogm et Ogm Dangers - ne seront tout simplement pas invitées! C’est la conception du Prince qui aura décidé de tout dans un événement présenté pourtant comme un «triomphe démocratique et écologique» (p. 165).

Dans ces conditions, comment s’étonner de la pauvreté des résultats obtenus, qui ont été formalisés dans une loi votée par l’Assemblée nationale française en 2008 et 2009? Prenons par exemple le grand principe qui avait été énoncé par le Président Nicolas Sarkozy lors de la clôture des travaux du Grenelle de l’environ¬nement, le fait que «tous les grands projets publics (…) seront désormais arbitrés en intégrant leur coût pour le climat, leur ‘coût en carbone’» ainsi que leur coût sur la biodiversité», ce qui implique selon Fabrice Nicolino que,  «Très clairement, un projet dont le coût environnemental est trop lourd sera refusé» (p. 195).

Dans la loi qui sera finalement votée, ce principe est devenu «pour les décisions publiques susceptibles d’avoir une incidence significative sur l’environnement, les procédures de décision seront revisées pour
privilégier les solutions respectueuse de l’environnement, en apportant la preuve qu’une décision alternative plus favorable à l’environnement est impossible à un coût raisonnable». Ce qui, pour Fabrice Nicolino, «ne veut plus rien dire».
En matière de rénovation des logements pour diminuer le gaspillage énergétique, seuls des objectifs sont fixés, aucune mesure contraignante n’est prise. Et le seuil de 150 kilowattheures d’énergie primaire par mètre carré pris comme but à atteindre ne correspond même pas à l’état de la technique qui permet 80 kwh…
Et tout est à l’avenant.

Le WWF

Le WWF fait partie de la «bande des quatre» qui se sont laissé abuser par les ruses de l’Etat français dans le cadre du Grenelle de l’environnement. C’est l’organisation la plus gravement mise en cause dans ce livre. D’abord, au niveau de son financement, qui comporte notamment depuis 1970 un ensemble de 1001 donateurs, contribuant chacun par un don de 10.000 dollars. La liste comporte notamment une soixantaine de membres Sud-Africains, dont des industriels faisant partie du Broederbond favorable à la politique d’appartheid, l’Américain Robert McNamara, responsable de tion de l’agent orange lors de la guerre du Vietnam, le Français Charles de Chambrun, qui «a joué un rôle considérable dans l’implantation de Disneyland à Marne-la-Vallée»(p. 66).

Ceci explique peut-être ce qui va suivre, à savoir le rôle actif joué par le WWF dans la destruction des écosystèmes par le biais de la présidence de tables rondes comme la table ronde du soja responsable, qui permet aux multinationales de l’industrie des OGM de pouvoir continuer à en planter et à en vendre massivement, avec la caution de la prestigieuse organisation non gouvernementale. Ce succès a mené à la constitution sur le même modèle de tables rondes sur l’huile de palme – qui a permis la destruction de magnifiques forêts pluviales en Indonésie – sur les biocarburants, dont le principe est «criminel» puisqu’il consiste à remplacer des cultures vivrières par des productions de carburant pour les automobiles, sur la canne à sucre, une monoculture dont la production est destinée à l’exportation vers les pays «solvables».

La Fondation Nicolas Hulot

Le rôle de Nicolas Hulot dans «la diffusion d’idées réalistes sur l’état écologique du monde» (p. 112) n’est pas remis en question, au contraire. Ce qui fait problème dans son cas, c’est le manque de résultats en ce qui concerne les politiques à mener. L’animateur de l’émission Ushuaïa est devenu ami avec Jacques Chirac en 1995. Il a rencontré le président de la République des dizaines de fois à l’Elysée pour des entretiens en tête-à-tête. Mais pour quel résultat?

Lors du Grenelle de l’environnement, Nicolas Hulot avait déclaré au journal Libération: «le déterminant du Grenelle sera d’être capable de donner un prix au carbone», c’est-à-dire que le succès de la négociation sera acquis si une taxe permettant de limiter les rejets de CO2 est décidée. Or, les patrons français participant au Grenelle refusent une telle taxe. Le conflit est arbitré par le président Nicolas Sarkozy, qui s’en tire par une pirouette dans son discours de clôture: «Je m’engage à ce que la révision générale des prélèvements obligatoires se penche sur la création d’une taxe ‘climat-énergie’ en contrepartie d’un allègement de la taxation du travail pour préserver le pouvoir d’achat et la compétitivité». Pour Fabrice Nicolino, «C’est un doigt d’honneur, mais il est exprimé poliment». Ce qui n’empêchera pas Nicolas Hulot de considérer le Grenelle comme «un changement de civilisation»…

La restructuration du ministère de l’Ecologie

Juste après le Grenelle, à partir de décembre 2007, le ministre Jean-Louis Borloo réalise une réforme du ministère de l’Ecologie qui passera totalement inaperçue. En fait, la structure de l’ancien ministère de l’Environnement, créé en 1971, est totalement remaniée. Fabrice Nicolino parle de «coup d’Etat»(p. 232). On passe de trente-cinq à cinq directions. La direction de l’Eau et celle de la Nature et des paysages disparaissent. La mission transversale Effet de serre est supprimée, tout comme l’Institut français de l’environnement, l’Ifen, qui publiait des données de haute qualité sur l’état écologique de la France. Par contre, les grandes directions du ministère de l’équipe¬ment sont maintenues. En fait, pour l’ancienne ministre de l’environne¬ment Corine Lepage, «le ministère de l’équipement – et plus précisément le corps des Ponts et Chaussées – a réalisé le rêve qu’il poursuivait depuis toujours: absorber le ministère de l’Environnement»(p. 235).

Aucune des organisations écologistes de la «bande des quatre» mis en accusation dans l’ouvrage (WWF, Greenpeace, la Fondation Nicolas Hulot et France Nature Environnement) n’a réagi par rapport à cette réforme.

Les gaz de schiste

Dans un court chapitre intitulé «Postface indispensable», Fabrice Nicolino dénonce un nouveau problème écologique encore peu connu: celui des gaz de schiste. Il s’agit des extraordinaires réserves de gaz et de pétrole contenues dans ces roches argileuses, dont l’extraction nécessite des quantités énormes d’eau et de produits chimiques toxiques. Aux Etats-Unis, le tiers au moins de la production de gaz provient des gaz de schiste, via des centaines de milliers de puits. Il peut arriver que suite à cette exploitation, l’eau du robinet des riverains des puits prenne feu!

L’ex-ministre de l’Ecologie et de l’Energie Jean-Louis Borloo, qui pourrait être candidat à l’élection présidentielle française de 2012, a signé en toute discrétion des arrêtés permettant d’explorer 65.000 km2 soit 12% du territoire français. Or les conséquences négatives d’une éventuelle exploitation des gisements découverts seraient énormes:
- des territoires entiers comme les Causses ou les Cévennes seraient «dévastés par de nouvelles routes, de nouvelles installations industrielles, le passage de milliers de camions»;
- les eaux et les nappes phréatiques seraient «soumises à une pollution sans précédent depuis le triomphe de l’agriculture industrielle»;
- la production de gaz à effets de serre serait amplifiée.(p. 287)
Si l’on ajoute que, selon des estimations sérieuses, le bassin parisien contiendrait environ 120 années de la production annuelle de pétrole du Koweit, on voit qu’une nouvelle question écologique critique va vraisemblablement surgir dans les toutes prochaines années…

En conclusion, il est utile de s’interroger sur la combativité et l’efficacité de ceux en qui nous plaçons notre confiance et parfois une contribution financière pour défendre les grands enjeux écologiques. C’est un exercice salutaire mais un peu déprimant. Fabrice Nicolino souhaite que le mouvement écologique dans sa forme actuelle, composé d’ «écologistes de salon», disparaisse, dans la mesure où ses structures sont devenues des obstacles qui empêchent une nouvelle génération d’émerger.
Ce livre intéressera tous ceux qui sont sensibles à l’écologie et suivent tant soit peu la politque française.

Catherine VAN NYPELSEER

     
 

Biblio, sources...

Qui a tué l’écologie ?

par Fabrice Nicolino

Editions LLL les liens qui libèrent

Février 2011 297 p – 22,67 ¤

 
     

     
   
   


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