?> ISRAEL PALESTINE: Aux sources de la paix… la révolution laïque
ISRAEL PALESTINE: Aux sources de la paix… la révolution laïque

Banc Public n° 191 , Juin 2010 , Kerim MAAMER



…changer le drapeau national, définir une constitution citoyenne, établir un Etat fédéral en Palestine, avec trois territoires; tel est le propos d'intérêt d'une révolution laïque, pour permettre à ces peuples de construire un avenir paisible.

Plus de 60 ans de guerres, de souffrances, de misères que ces «sémites» continuent à s'infliger au nom d'interprétations où se mêlent religion, mémoire et idéologie. Toutes les propositions de paix n'ont été que des modérations de tensions, tandis que la guerre et la haine sont toujours présentes. Les stratèges ont compris l'intérêt de négocier des propositions de paix, qui seraient rendues «caduques» et non applicables, dès qu'elles seraient proposées et non approuvées. Comment se sortir de là ?

SOLUTION INTERIEURE

Les «juifs» ne voulaient pas d'un «paternalisme» arabe; les «palestiniens» ne voudraient pas d'un colonialisme israélien. La communauté internationale proposait la solution de deux Etats indépendants; se réjouissant d'une séparation des «peuples», vivant côte à côte, avec une capitale divisée… Un Etat palestinien à Gaza et en Cisjordanie serait invivable, tellement dépendant de l'extérieur, soumis à Israël, qui, au nom de sa sécurité, imposerait un strict contrôle par voies de mer, air ou terre. Les territoires n'ont de solution que de se rattacher. Le rattachement à l'Egypte ou à la Jordanie mettrait fin de l'idée nationale palestinienne. Le rattachement à Israël n'est pas accepté, en raison de la représentation de cet Etat pour les palestiniens, de l'idéologie communautariste qu'il véhicule, de la violence utilisée pour s'imposer, de la rancune qui hante les mémoires…

Et si la réponse passait par une solution intérieure, d'intégration. Où l'on renommerait le pays Palestine? Ce serait moins onéreux et tellement rentable, avec l'avantage de la cohérence avec l'héritage de l'histoire, de valorisation d'une «terre sainte» pour trois religions, d'intégration de populations titulaires d'une citoyenneté indépendante de leur religion; les difficultés de Gaza ou d'ailleurs deviendraient des problèmes intérieurs, à résoudre sous l'autorité de leurs élus et du parrainage international... Cette paix aurait des chances car la vie civile israélienne s'est laïcisée. Les droits citoyens pourraient s'étendre à l'ensemble des habitants, pour qu'ils deviennent tous des «palestiniens» d'Israël, de Gaza ou de Cisjordanie.

INTEGRATION REGIONALE

Le problème «israélo-palestinien» a dépassé le cadre local, pour prendre une dimension passionnelle, avec des implications qui déchaînent des déflagrations internationales...  «Un cancer au c½ur du monde arabe» avait dit l'ancien président algérien. L'expression n'est pas un extrémisme d'opinion mais l'imagerie d'un corps greffé, qui ne parvient pas à s'intégrer, qui provoque du mal dans son voisinage direct, qui affecte de nombreux pays arabes, avec le risque de s'étendre à l'ensemble du monde musulman, voire, des pays tiers monde. L'imagerie est acceptée dans le but de justifier que même le «cancer» le plus pénible pourrait se soigner, par un remède de «laïcité», pour renfermer au fond des c½urs croyances et religions.

A quelques exceptions, les pays arabes n'entretiennent pas de relations diplomatiques avec Israël. L'Etat hébreu s'accommode de ce rejet, pour justifier sa participation dans le groupe Europe… Toutefois, la situation n'est pas favorable à l'environnement géographique, pour construire un avenir de paix, de coopération et de progrès. Les murs se renforcent entre les peuples; le fossé économique se creuse ; la haine nourrit une jalousie revancharde et implique des violences sordides... Pour se dégager de ce n½ud, il faut entendre le point de vue «arabe».

POIDS DE LA MEMOIRE

Les «Etats arabes» s'alignent sur la position des Palestiniens. Ils ont du mal à reconnaître Israël, en raison des mythes fondateurs, constitués d'une idéologie véhiculant l'idée de «terre promise», pour un peuple «victime», à la recherche d'un «foyer légitime», où «les israélites du monde» se retrouveraient, sur la terre de « leurs ancêtres », avec «Jérusalem» pour «capitale éternelle», et comme la Palestine convenait à ce projet, on la renomma Israël, et on donna à «ce peuple sans terre», une « terre sans peuple »; pour y loger des habitants de n'importe quel pays, pourvu qu'ils soient «juifs» !... Le projet paraîtrait aberrant, raciste, tant il se construit sur le mythe, se revendique de l'histoire, se fonde sur l'appartenance religieuse. Il ne considère pas l'exil des populations locales, condamnées à l'errance, tout comme les premiers «juifs de l'exode». L'histoire se répète au nom du sionisme dont l'idéologue «se retournerait dans sa tombe» d'apprendre que sa volonté sincère de protéger les siens, se traduisit par l'oppression et l'exclusion de populations locales.

La mémoire qui glorifie Israël est la même qui culpabilise et nourrit les rancunes pour de nouvelles victimes. Pour les «juifs», «le mythe a pris réalité»; pour les «arabes», une «foutaise, cause de nuisances» qu'ils s'acharnent à démentir, à contester ou à égaler…  Ce cycle «victimaire» est pernicieux. Peut être faudrait-il considérer «l'arnaque» réussie, et de la dépasser afin d'envisager des réponses mieux honnêtes pour l'avenir. L'intérêt est aussi à l'universalisme, de ne pas donner de nationalité à la victime et au bourreau. Car l'interprétation de la mémoire déconstruit la relation des hommes. Ce ne sont donc pas «six millions de juifs exterminés par les nazis» mais «six millions d'hommes tués par d'autres hommes, au nom de leur race, de leur couleur ou de leur religion».

FONDEMENT RELIGIEUX

Dans sa fondation, Israël mêla mysticisme religieux et idéalisme d'Etat… L'histoire universelle évoque divers récits de criminels - bagnards - prisonniers - puritains qui s'en sont allés constituer des Etats. Le mythe fondateur fut préservé, tandis que la racine «amère» porta de doux fruits; d'une société harmonieuse et organisée. Israël accoucha dans la douleur, entre autre, parce qu'on lui contestait le concept d'Etat « lieu de culte juif» «lieu de société juive». Le coup fatal lui fut porté par sa population, qui imposa les droits civils, avec une gestion d'intérêt public et une tolérance pour la diversit… dans laquelle, l'arabité des palestiniens devrait s'inscrire. Dans le même temps où la société israélienne se  laïcise», «s'internationalise», «se diversifie»… la société palestinienne se «fondamentalise», se «ghettoïse», «s'unilinguise ». Tandis que les premiers se démarquent du fondamen­talisme qui les a vu naître, les seconds font l'école du pouvoir religieux, d'où l'intérêt de l'intégration pour préserver et assurer la paix.

ETAT ECONOMIQUE

Israël s'est développé à l'équivalent d'une région économique très avancée. Dans ce système, les Palestiniens ne sont pas intégrés. Une stratégie s'applique à les évacuer. Comme un vil racisme, on voudrait se couper de tout contact avec les habitants de Gaza ou de Cisjordanie… L'histoire enseigne où mènent de telles conceptions. Les territoires occupés sont strictement contrôlés; un bouclage doublé de désintérêt pour les populations locales. A l'exception des questions de sécurité, aucun regard n'est tenu sur la gestion publique, les affaires socio-économiques, le devenir de cette région et de sa population. On y laisse le désordre et l'anarchie, sans participation, motivée par la paranoïa. La population vit en cage, creusant des tunnels pour se procurer les moyens de vivre. La situation humanitaire est catastrophique. Cet état déplorable trouve l'intérêt de pointer la responsabilité du mouvement HAMAS. Le système économique local est poreux: d'une faible productivité, soumis à un impératif de survie, dépendant de solidarité et de l'aide extérieure; organisé autour de sentiments de l'orgueil, du martyr, de la dénonciation… La société survit de fatalisme, de philosophie religieuse, de justice divine… et elle va droit au mur. C'est une «non assistance à peuple en danger», une culpabilité de conquérir un territoire sans l'administrer; de bloquer une région au risque d'asphyxier sa population; de laisser se développer la haine aux détriments de l'échange et de la responsabilité.

Aux sources de la paix en Palestine, reconditionner la mémoire, recompo­ser l'idéologie, redéfinir le territoire, les bases d'une autorit… dans le but de servir la paix durable d'une Palestine, intégrée dans son environ­nement arabe, active dans le bassin méditerranéen, présente dans la coopération internationale, modèle pour l'humanité.

Le drame des Palestiniens fut de croire que faute de solutionner le problème par la force,
ils y parviendraient par l'intervention extérieure.

Pour les juifs orientaux, nous remarquons combien les opinions ont changé en moins d'une génération. En exemple, les âgés se retrouvaient «Faubourg Montmartre» pour recomposer leur cosmopolitisme d'autrefois, tandis que leurs descendants se méconnaissent et défendent l'ultra. Beaucoup d'entre eux nient leur origine et rejettent leur culture, dans le but de mieux adhérer à un nouvel idéal. La mémoire ainsi détournée sert les intérêts d'un «communautarisme religieux», aux dépens d'un «communautarisme citoyen».

C'est une politique poursuivie par Ariel Sharon qui préféra vider Gaza de sa population juive, détruire les constructions israéliennes, déraciner les arbres et ne laisser que de la terre brûlée à «ces arabes»; plutôt que de garder une présence, marquer sur la roche, le génie de la construction et de l'aménagement, qui aurait donné un exemple de gestion publique, qui inspirerait les Palestiniens et qui les aspirerait à la vie.

Parce qu'il les a exclu de leur pays, ils comptent sur le «religieux» pour retrouver leur souveraineté. Serions-nous partis pour une guerre millénaire ?

Kerim MAAMER

     
 

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